« Pour bien vivre, il faut apprendre à mourir »

Le professeur de philosophie à la retraite Alain... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

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Le professeur de philosophie à la retraite Alain Chevrette a longtemps enseigné un très populaire cours intitulé Réflexions sur la mort, au Cégep de Sherbrooke.

IMACOM, JESSICA GARNEAU

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Noémie Verhoef

«Pour bien vivre, il faut apprendre à mourir.» Ce petit adage, les philosophes se le transmettent depuis les Grecs de l'Antiquité. Alain Chevrette, professeur de philosophie au Cégep de Sherbrooke, est l'un des derniers passeurs de cette sagesse de vie dans l'acceptation de la mort et est devenu une figure de proue du sujet à Sherbrooke.

C'est d'ailleurs par compassion pour les vivants que M. Chevrette s'est fait penseur de la mort, car il s'est rendu à l'évidence que tôt ou tard, toute personne aura à y faire face.

« J'ai constaté les ravages que fait la mort d'un proche pour la première fois quand ma grand-mère est décédée, en 1962. Mon père était dévasté, c'était évident, mais personne ne savait l'aider. Lui-même ne voulait pas trop en parler », se rappelle-t-il.

C'est toutefois après la mort de son père en 1990 que l'enseignant s'est lancé dans la préparation d'un cours qui serait entièrement dédié à la mort. Un processus qu'il décrit comme étant salutaire pour comprendre son propre deuil, mais aussi pour tendre la main vers les autres.

La condition mortelle, condition de vie

Si l'épreuve de la mort est inéluctable, les non-dits qui l'entourent ne le sont pas. S'ouvrir sur la possibilité de la mort - la nôtre et celle de nos êtres chers - est la meilleure façon de se préparer à celle-ci et n'implique aucune forme de défaitisme ou de négativisme, selon le philosophe.

« Penser la mort, continue M. Chevrette, ce n'est pas abandonner la vie, au contraire. C'est de comprendre l'importance du moment présent et gagner en perspective sur nos choix de vie. Je commençais souvent mon cours par une question toute simple : « Si vous saviez que vous alliez mourir dans 24 heures, combien d'entre vous resteraient dans le cours? » Le simple fait de poser des questions comme celles-là et d'en discuter est non seulement la meilleure préparation à la mort, mais aussi une excellente façon d'apprendre à savourer la vie. »

Ainsi, même si tout un chacun a déjà entendu de belles pensées comme « il faut vivre chaque jour comme s'il était le dernier » ou encore l'éternel « carpe diem », peu réalisent tout ce que l'application réelle de telles maximes implique, c'est-à-dire d'accepter sereinement que d'un moment à un autre, tout ce qui a été gagné peut aussi être perdu.

La parole en action

« Plus facile à dire qu'à faire », serez-vous tenté de rétorquer. Et si, parfois, le fait de prendre la parole est la seule chose à faire?

« Ce qui fait le plus mal dans la mort, ce sont les tabous, les malaises; le sentiment généralisé d'être seul. Lorsqu'on articule notre pensée sur un sujet comme celui-ci, on se prépare inévitablement à y faire face, même si personne ne pourra jamais avoir suffisamment imaginé la mort d'un proche pour être complètement serein lorsqu'elle surviendra » nuance le professeur.

À preuve, M. Chevrette, qui a passé la majeure partie des dix dernières années à parler de la mort avec des jeunes de 17 ans, se fait régulièrement apostropher dans les endroits publics par des anciens étudiants qui le remercient de son précieux legs.

« Ils me racontent qu'ils viennent de perdre quelqu'un, ou qu'un proche est malade, et ils sont surpris de se remémorer aussi facilement de ce qui s'est dit dans le cours. De savoir que mon enseignement les a marqués et que ça les aide encore, des années plus tard, c'est le plus beau cadeau qu'on puisse me faire », dit-il en souriant.

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