Abolition de l'aide aux devoirs

Recul à prévoir pour les populations vulnérables

En septembre dernier, la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

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IMACOM, JESSICA GARNEAU

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Camélia Handfield

En septembre dernier, la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke adoptait un plan de redressement de 3 millions de dollars qui a signé la fin de l'allocation de l'aide aux devoirs. «Un exercice extrêmement difficile à faire, rapportait alors Michel Bernard, directeur général de la CSRS. Il faut cesser de penser que cela n'aura pas d'impact sur les services aux élèves.»

Les coupures de la CSRS ne sont pas les seules à affecter l'aide aux devoirs, entre autres services. «Comme l'abolition des mesures d'aide aux devoirs s'inscrit dans les effets généraux des mesures de compressions budgétaires amorcées sous le Parti Québécois en 2012 et amplifiées par l'actuel gouvernement, cette abolition s'accompagne de la disparition ou de l'affaiblissement de plusieurs autres mesures complémentaires tant par les commissions scolaires que par le secteur communautaire ou le réseau des affaires sociales», souligne François Larose, professeur à la Faculté d'éducation de l'Université de Sherbrooke.

«La synergie des effets des compressions risque de nous ramener cinq à dix ans en arrière sur le plan des impacts positifs de la lutte contre les effets de la défavorisation socioéconomique sur l'apprentissage scolaire, la diplomation des jeunes et leur intégration sociale ou à la probabilité qu'ils aient accès aux études collégiales ou universitaires», prévient-il.

Puisque certaines recherches remettent en question l'efficacité des devoirs mêmes, on pourrait s'interroger sur la gravité réelle des conséquences de l'abolition du programme d'aide aux devoirs.

« La question de la pertinence des devoirs fait l'objet de multiples études et de débats, la qualité des recherches soutenant les résultats étant assez variable», admet François Larose.

«Les analyses méthodologiquement solides constatent des effets positifs de la réalisation de devoirs, lorsque ceux-ci demandent un temps de travail raisonnable, qu'ils sont méthodiquement préparés par l'enseignante ou l'enseignant, en lien direct avec les contenus d'apprentissage récemment explorés et qu'ils impliquent une rétroaction systématique et relativement immédiate de la part des enseignants», ajoute-t-il.

Le contexte d'enseignement et l'encadrement des élèves influenceraient grandement l'impact des devoirs sur la performance académique des enfants. Et c'est justement ce qui justifie les programmes d'aide aux devoirs.

«L'aide aux devoirs est issue de la volonté de compenser la faible capacité parentale à soutenir les tâches scolaires, en particulier au secondaire, mais déjà au primaire.»

Les programmes d'aide aux devoirs sont donc mis en place pour répondre aux besoins de populations vulnérables, comme les élèves issus d'une immigration récente ou de milieux socioéconomiquement défavorisés. «Il s'agit essentiellement de mesures développées dans une perspective d'intervention préventive, précoce, du risque de cumul rapide de retard scolaire, de démotivation des élèves et de décrochage scolaire précoce.»

Et dans cette perspective, ces mesures s'avèrent généralement efficaces, selon la recherche récente.

« Plusieurs études menées dans les quinze dernières années, notamment au Québec, démontrent que les devoirs et l'aide aux devoirs, surtout si on soutient aussi les parents et que ceux-ci sont impliqués dans le processus de soutien et d'encadrement des devoirs, notamment en milieux socioéconomiquement faibles, représente une mesure parmi d'autres qui peut s'avérer efficace.»

Quand les devoirs sont aussi conçus et expliqués de façon appropriée dans la classe, il va de soi.

Yasmine Abdelfadel, attachée de presse du ministre de l'Éducation, déclarait en octobre à La Tribune qu'elle jugeait inacceptable d'abolir l'allocation de l'aide aux devoirs et invitait la CSRS à revoir leur plan. Aucune commission scolaire n'est à l'abri d'un mandat de vérification à l'instar de la Commission scolaire des Patriotes de la Rive-Sud de Montréal, rappelait-elle.

En attendant la suite des événements, reste Allô Prof qui offre gratuitement des ressources de soutien téléphonique et en ligne. Les recours à l'organisme seraient «en pleine explosion» depuis l'affaiblissement des services publics. «Soit de façon massive depuis quatre ans et de façon récurrente depuis près d'une décennie maintenant», remarque le professeur.

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