Il faut sauver le Tremplin 16-30

Le photographe Guy Tremblay a sollicité le peintre... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

Agrandir

Le photographe Guy Tremblay a sollicité le peintre Marc Séguin afin de réaliser une série d'oeuvres mises en vente pour venir en aide au Tremplin 16-30.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Parce que le Tremplin 16-30 ne pourra pleinement remplir sa mission si personne ne lui tend une bouée de sauvetage, le photographe Guy Tremblay s'associe au peintre Marc Séguin à l'occasion de l'Opération Coup de pouce.

Pont entre l'itinérance et l'autonomie complète, filet de sûreté cueillant des gars et des filles de 16 à 30 ans avant qu'ils n'atterrissent dans la rue, sas de décompression; le Tremplin 16-30 occupe, avec ses 23 logements où habitent des poqués en tous genres déjà rudement malmenés par l'existence malgré leur jeune âge, une place entre l'aide de première ligne et la réinsertion sociale que peu d'organismes de lutte à l'itinérance occupent. Grâce à sa salle de spectacles et à ses multiples partenariats avec le milieu des arts, le Tremplin 16-30 incarne aussi une vision de la reconstruction de soi où la création tient souvent de planche de salut.

Mais les finances du Tremplin 16-30 ne respirent pas la santé. L'organisme situé sur Wellington Sud, oasis d'espoir au coeur de la grisaille qui y règne encore largement, encaissait de lourdes compressions budgétaires de 200 000$, le contraignant à rogner sur ses services et à passer à la trappe de nombreux programmes de retour à l'emploi. L'Opération Coup de pouce, et le traditionnel coquetel-bénéfice que tient chaque année l'organisme afin d'oxygéner son compte en banque, prennent cette année les allures d'un véritable sauvetage. On espère recueillir 50 000$ d'ici la fin de l'année.

Pour Guy Tremblay, il fallait s'en mêler. Le réputé photographe estrien sollicitait il y a quelques mois le peintre Marc Séguin. L'artiste d'envergure internationale avait déjà, l'an dernier, posé son inimitable patte, à la fois tendre et sauvage, sur une série de 25 portraits croqués par Tremblay, tous mis en vente pour venir en aide au Tremplin et à la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue.

Cette année, Séguin est intervenu de manière différente sur 25 tirages de la même photo d'un paysage réalisé par Tremblay. Vingt-cinq oeuvres forcément uniques, donc, dont vingt ont déjà trouvé preneurs. Cinq autres seront soumises à un encan silencieux pendant le coquetel-bénéfice du 22 octobre, lors duquel David Goudreault, Francine Ruel, Liva et Bet.e monteront sur scène.

On ne peut s'empêcher de voir dans le choix de cette photo d'une grappe d'arbres dénudés au milieu d'un champ une métaphore du sort qui attendrait bien des jeunes sans le Tremplin.

Comme une échappatoire

Guy Tremblay connaît bien les jeunes de la rue. Sa série de photos Ton visage me dit quelque chose mettait côté à côté en 2011 des portraits de travailleurs de rue et de gens de la rue, manière de dire que bien peu de choses distinguent ceux qui aident de ceux qui doivent être aidés.

«Quand tu sors de ta zone de confort, c'est là qu'il se passe quelque chose», explique-t-il en évoquant ce que lui apportaient personnellement les cours de photo qu'il offrait à des résidents du Tremplin (cours eux aussi suspendus à cause des compressions). «Quand tu côtoies une autre situation, tu peux mieux comprendre la tienne. Si tu vis dans ta bulle, tu ne sais pas toujours à quel point tu es bien.»

«Les jeunes ont quelque chose à dire, ils ont de l'énergie, mais ils ne savent pas où la mettre, poursuit-il. Moi, tout ce que je faisais, c'est leur fournir un outil. Comme je ne suis pas un intervenant social, on parlait photo pendant deux heures, pas de leurs problèmes. Les deux heures qu'il passait avec moi, c'était comme une échappatoire. Il y a même une élève qui est devenue photographe professionnelle....»

Mettre un plaster

Cette photographe professionnelle, c'est Monique Petitclerc, une de ces filles qui rendent impossible l'ébauche d'un profil type du résident du Tremplin. On ne le répètera jamais assez: la détresse ne connaît pas de profil type. «J'ai eu une enfance que n'importe quel enfant aurait souhaité avoir, assure-t-elle. Ma famille habitait sur une belle grande terre, mes soeurs et moi avons eu une très bonne éducation. Mon père et ma mère nous ont inculqué des belles valeurs pour réussir dans la vie et être ouvert d'esprit.»

Le souvenir douloureux du divorce de ses parents, un diagnostic de déficit d'attention et son rang au sein d'une famille nombreuse «m'ont longtemps empêché de prendre et assumer ma place», dit-elle. La jeune femme entrera dans l'âge adulte comme on encaisse une longue suite de petites défaites. Elle décide à 25 ans de solliciter l'aide du Tremplin 16-30, où elle trouvera refuge, puis s'initie à la photo grâce au programme Art Explo! de la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue.

«Art Explo! m'a permis de connaître la vraie personne que j'étais et d'envisager ce que j'avais envie de faire de ma vie. Le Tremplin a eu un peu le même rôle qu'Art Explo!, mais m'a aussi aidé à développer mon autonomie pour être capable d'organiser ma vie, de mettre un plaster sur des erreurs et des blessures du passé.»

Elle suivra éventuellement les cours qu'offraient Guy Tremblay au Tremplin. «Guy a marqué ma vie, insiste-t-elle aujourd'hui à 34 ans. La photographie a pris une ampleur considérable dans mon existence, au point où c'est aujourd'hui un carburant qui me permet d'avancer et de continuer de grandir. J'aimerais un jour pouvoir comme lui devenir une inspiration pour tous les gens qui croiseront mon chemin.» C'est déjà un peu fait.

À retenir

Coquetel-bénéfice Coup de pouce

Mercredi 22 octobre à 17h

Salle Le Tremplin (95, rue Wellington Sud)

Information: www.operationcoupdepouce.com

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer