Les bibliothécaires, à votre service

Sylvie Fournier et Marie-Ève Cloutier représentent deux générations... (IMACOM, JOCELYN RIENDEAU)

Agrandir

Sylvie Fournier et Marie-Ève Cloutier représentent deux générations de bibliothécaires unies par le même désir de servir le citoyen.

IMACOM, JOCELYN RIENDEAU

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Parce que du 18 au 25 octobre, c'est la Semaine des bibliothèques publiques, et parce qu'on ne dira jamais assez à quel point il fait bon se réfugier du tapage urbain et de la course effrénée de nos jours échevelés dans ces rares enclaves de silence, La Nouvelle explore de fond en comble ces institutions de littérature, de culture et de savoir que sont nos bibliothèques. Et parce qu'elles s'effondreraient carrément sans bibliothécaire, rencontre avec deux de ces irremplaçables passeuses culturelles.

Qui rédige les descriptions qui apparaissent à l'écran lorsque vous cherchez un document dans la base de données d'une bibliothèque? Des bibliothécaires. Qui sélectionne les romans, essais et bandes dessinées que garniront les rayons? Des bibliothécaires. Qui déplace mer et monde pour dénicher le livre qui répondra à votre question pointue sur l'ornithologie, la numismatique, l'informatique, l'économie? Plus souvent qu'autrement, des bibliothécaires.

«Il faut aimer l'humain pour travailler dans une bibliothèque publique», note Sylvie Fournier, chef de section de la bibliothèque municipale Éva-Senécal et bibliothécaire depuis plus de 25 ans. Sa jeune collègue Marie-Ève Cloutier, qui a décroché son diplôme de maîtrise en bibliothéconomie il y a tout juste un an, opine du chef. «Il faut aimer servir les usagers», précise-t-elle.

Et non seulement aimer servir les usagers, mais aimer servir des usagers en tous genres: des bambins en qui la bibliothèque pourra faire fleurir le goût de la lecture, des nouveaux arrivants qui souhaitent avoir accès à des livres dans leur langue maternelle, des cinéphiles qui désirent visionner des films de répertoire de plus en plus difficiles à dénicher, etc.. La bibliothèque Éva-Senécal demeure d'ailleurs un des rares lieux en région où mettre la main sur des copies DVD des chefs-d'oeuvre de Truffaut, Bergman et Fellini.

«La bibliothèque est un complément d'information citoyenne, mais sert aussi le divertissement, sert à faire plaisir à notre esprit avec des romans, de la musique, du cinéma», pense Sylvie Fournier.

Les bibliothécaires mettent donc des documents à la disposition du citoyen, ça va de soi, incarnent cet essentiel maillon entre un livre et ceux qui le liront. Elles doivent aussi de plus en plus repenser la bibliothèque en lieu de pédagogie et de développement de la littératie informationnelle. À l'heure où ne pas savoir utiliser un ordinateur peut être assimilé à une forme d'analphabétisme technologique, la bibliothèque publique tend une précieuse perche à un segment largement négligé de la population, à qui l'on demande d'emboîter le pas à l'ère numérique sans prendre soin de l'accompagner dans ce passage. «On aide beaucoup des gens avec nos formations sur l'ABC de l'Internet ou du courriel, des outils de plus en plus nécessaires à maîtriser pour avoir accès à des services gouvernementaux. La fonction sociale de la bibliothèque est en ce sens très importante.»

Sortir la bibliothèque de la bibliothèque

Pour Marie-Ève Cloutier, la bibliothèque publique devra au cours des prochaines années se réinventer afin de répondre aux exigences de l'usager qui désire de plus en plus être autonome (exemple: les guichets d'emprunt libre-service). Il faudra aussi cesser d'envisager la bibliothèque comme une simple collection de livres stockés sous un même toit. «La phrase qui me vient en tête, c'est sortir la bibliothèque de la bibliothèque, être présent partout dans la ville, pouvoir servir la clientèle à l'extérieur d'un lieu physique.»

Sylvie Fournier évoque les lots de romans que la bibliothèque Éva-Senécal prête à des résidences pour personnes âgées, une franche de la population moins mobile qui ne cessera de gagner en importance au fur et à mesure que nos sociétés vieilliront. Elle aimerait aussi mettre en place un système qui permettrait aux abonnés de soumettre leurs questions à des bibliothécaires par le biais d'un courriel ou d'un appel téléphonique, questions auxquelles ils recevraient une réponse dans un très court délai.

Le livre numérique, bientôt à Éva-Senécal

Bien que la bibliothèque publique soit appelée à se transformer sous l'influence de la dématérialisation des contenus, le rôle de la bibliothécaire dans la sélection de ces contenus demeurera essentiel. Que le livre soit composé de feuilles de papier ou de mégaoctets, il faudra toujours qu'une personne dûment formée choisisse d'en faire ou pas l'acquisition.

«La principale différence, estime Sylvie Fournier, c'est que lorsqu'on achetait un livre physique, on pouvait le garder pendant 25, voire 30 ans, même plus. Maintenant, on achète pendant une certaine période de temps l'accès à un fichier, qui se trouve sur un agrégateur. L'éditeur rend un fichier disponible, il nous ouvre une petite porte, mais on ne sait pas ce qui peut arriver dans l'avenir.» Difficile de ne pas songer à la faillite d'un fleuron de la littérature jeunesse québécoise comme La courte échelle, survenue la semaine dernière.

La bibliothèque Éva-Senécal rendra d'ailleurs disponible pour le prêt ses premiers livres numériques cet automne. Au moment de notre visite, ses employés venaient tout juste de recevoir une formation sur le sujet.

Douloureux élagage

Le quotidien des bibliothécaires ne serait ainsi que plaisir de servir et bonheur de la connaissance partagée? Presque, si du moins on fait abstraction de ces douloureuses journées où nos passeuses culturelles doivent procéder à l'élagage des collections et se résoudre à se débarrasser de certains documents afin que la bibliothèque ne se transforme pas en capharnaüm. La plus difficile des tâches pour ces éternelles amies du livre.

«Il faudrait logiquement se départir du même nombre de documents qu'on se procure, pour que les étagères ne débordent pas, mais c'est toujours la dernière chose qu'on veut faire.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer