Où s'en va l'économie?

Compressions sous conditions

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Le premier ministre Philippe Couillard a fait du retour à l'équilibre budgétaire la priorité de son gouvernement.

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Pierre-Luc Trudel

Compressions, coupures budgétaires, révisions de programmes; le Québec est secoué de toutes parts. Comment? Pourquoi? Peut-on faire autrement? Notre dossier de la semaine...

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Professeur à l'Université de Sherbrooke, Luc Savard juge la situation économique du Québec inquiétante, mais pas catastrophique.

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Après des années de budgets déficitaires sous fond de crise économique, le gouvernement Couillard a fait du retour à l'équilibre budgétaire dès 2015-2016 son principal cheval de bataille. Mais au-delà des pertes d'emplois et de la réorganisation des services et des programmes, c'est tout l'environnement économique du Québec qui peut être affecté par des compressions budgétaires majeures.

À l'image de bien des économistes de la province, le professeur Luc Savard du Département d'économique de l'Université de Sherbrooke juge la situation économique du Québec inquiétante, mais pas catastrophique.

« À la base, les dettes sont saines pour l'économie, car elles permettent d'étaler le financement de grandes infrastructures sur plusieurs générations, ce qui est beaucoup plus équitable. La situation est plus problématique lorsqu'un gouvernement commence à emprunter pour payer ses fonctionnaires et financer ses programmes », explique-t-il.

S'il est vrai que la dette québécoise a gonflé de façon importante au cours de la dernière décennie, le ratio dette-PIB est lui demeuré plutôt stable, autour de 54 %. Mais encore là, tout dépend de la manière dont est calculée la dette.

« Certaines méthodes de calculs incluent des éléments qui la font augmenter artificiellement et d'autres ne prennent pas en considération les actifs de l'État, comme Hydro-Québec, ce qui n'est pas réaliste », soutient le professeur Savard.

Depuis le début de la crise de la dette dans la zone euro, les notes de solvabilité financière accordées aux États par les grandes agences de notation telles que Standard & Poor's, Moody's et Fitch semblent plus que jamais influencer les décisions économiques mondiales. À tel point que le scénario d'une éventuelle décote est devenu le cauchemar de bien des chefs d'État. Une peur justifiée?

« L'objectif des agences de notation est de fournir une information aux investisseurs. On doit s'en préoccuper, mais pas en faire une phobie. Par exemple, quand la note de la France a été abaissée, les taux d'intérêt n'ont pas explosé pour autant », illustre Luc Savard.

Gare à la récession

Dans un environnement économique extrêmement complexe, on peut se demander si les décisions gouvernementales ont réellement un impact sur la croissance.

« Certaines mesures fiscales peuvent favoriser un environnement d'affaires, mais à l'inverse, une réduction trop importante des dépenses peut aussi freiner la croissance. En Europe, ils ont été tellement loin dans les coupures que l'économie n'arrive pas à se régénérer », indique M. Savard. « Le milieu financier réagit généralement bien quand un gouvernement annonce qu'il fera des compressions pour atteindre l'équilibre budgétaire, mais pas si ces mesures mènent tout droit à une récession. »

Car pour prospérer à long terme, les entreprises ont besoin d'une main-d'oeuvre qualifiée formée par un système d'éducation efficace, d'un système judiciaire performant pour régler leurs litiges commerciaux et d'une foule d'autres services financés par l'État.

« Des coupes à long terme dans des domaines comme l'éducation ont des impacts négatifs sur la productivité et l'innovation, ce qui nuit à la croissance. »

Même si Luc Savard croit que le gouvernement à la responsabilité de créer un climat d'affaires favorable, il affirme que certains programmes de subventions aux entreprises devraient être revus.

« On peut se demander la pertinence de subventionner certains projets de développement régional, comme l'ouverture d'usines dont la rentabilité à long terme est loin d'être démontrée. Et il ne faut pas oublier que ces subventions publiques sont accompagnées d'investissements privés qui pourraient être bien plus efficaces ailleurs », mentionne-t-il.

Plus de revenus ou moins de dépenses?

De nombreux groupes sociaux soutiennent que le gouvernement du Québec pourrait augmenter ses revenus de plusieurs milliards de dollars annuellement par le biais de réformes fiscales plutôt que de sabrer les dépenses. Un postulat déconnecté de la réalité selon Luc Savard.

« Le Québec n'a vraiment pas une grosse marge de manoeuvre en terme de revenus. Ces gens pensent qu'on pourrait aller chercher beaucoup d'argent dans les poches des riches et des entreprises, mais ce n'est pas si simple que ça. Il faut s'assurer de ne pas avoir un écart trop important des taux d'imposition avec les législations voisines si on ne veut pas assister à une importante fuite des capitaux », croit-il.

« Le capital est mobile. Les entreprises qui ont leur siège social au Québec ont déjà des bureaux à Toronto ou dans des villes américaines. C'est facile pour eux de déménager. Même chose pour les riches. Des villes belges se développent à vue d'oeil depuis la réforme fiscale en France », ajoute-t-il.

Il croit tout de même que certains gains pourraient être réalisés en ajustant certains tarifs publics, avec une hausse raisonnée des tarifs d'électricité et la modulation des tarifs de garderie selon le revenu des parents, par exemple.

D'autres pistes de solutions sont à l'étude à la Commission d'examen sur la fiscalité québécoise, présidée par Luc Godbout, de l'Université de Sherbrooke, qui formulera des recommandations au gouvernement sur la fiscalité des particuliers et des entreprises. Son objectif financier est de récupérer 800 M$ d'ici 2016.

« Si on réussit à aller chercher 500 M$ de revenus supplémentaires, ce serait déjà très bon. On n'a pas le choix de diminuer les dépenses, mais il n'y a pas d'urgence non plus à atteindre le déficit zéro dès l'an prochain. Tout est une question d'équilibre. »

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