LA RUE QUI PARLE

Parlant de rue

Michel Craig, alias Snoute, fin observateur de la... (Photo Philippe Fortier-Charette)

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Michel Craig, alias Snoute, fin observateur de la vie sherbrookoise au centre-ville.

Photo Philippe Fortier-Charette

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La rue. Au-delà de l'asphalte, du béton, de l'alignement des commerces, des sens uniques et des bornes de stationnement, il y a le monde. Tout un monde. Celui de la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue et de ses intervenants, celui de ceux et celles vers qui ils se tournent. La Nouvelle partage ici quelques-unes de leurs histoires.

J'ai arpenté la rue en regardant le comportement des gens. Donc, le visuel fait partie intégrante de ma propre évolution; et j'en serais noble et fier, car aujourd'hui, je suis vieux mais combien reconnaissant à la vie.

Je sais bien, je ne suis qu'un simple quidam qui parle, jase, écoute et regarde le quotidien se déferler calmement, sans éclats, doucement, avec complaisance, me sentant protégé et enveloppé de tendresses et confidences.

Bien sûr, pas un regard ne porte vers les agissements et comportements du monde qui s'active autour de moi; j'ai entrevu toute la panoplie de la faune humaine; soit ceux qui vivent, travaillent sur cette artère qui génère tant de mouvements et d'émotions!

Durant le parcours de ce passage sur terre, on en rencontre de tout acabit. Tels les parvenus qui te chient dessus au passage. C es comiques ont oublié une chose importante, ce à quoi était leur avant! Du jugement dans l'oeil, très utile les pompons? Imbus d'eux-mêmes -vue leur réussite monétaire-, mais ils ne disent pas combien de personnes ils ont «crossées» pour en arriver là!

Si je me permets de regarder autour, il y a ceux qui pensent que la terre, cette superbe planète, ne peut pas tourner sans eux, malgré des milliards d'années de tournage. Ceux là, bof!

Être un patron qui engage, c'est sûr que je me priverais des services de celui qui travaille le plus vite possible, le nerveux qui a peur de ne pas être payé; faut qu'il prouve qu'il est efficace, celui-là, j'aurais peur qu'il se blesse. J'ai en mémoire ceux qui se sont mutilés, juste!

Au printemps, les arbres regorgent de bourgeons, ravissement des oiseaux, la nature reprend le dessus, le vert revient comme une caresse; les filles sont écourtées, les seins se pointent sous des décolletés profonds, c'est merveilleux d'avoir l'opportunité de vivre cette mutation.

En passant, il y a des gens qui font un travail fort remarquable et surtout bienfaiteur; ce sont les travailleurs de rue. Ils sont «blindés» à subir n'importe quoi. Ces personnes sont sûrement les plus productives que je connaisse. Ils sont équipés pour donner de l'information, et surtout pour aider. J'en lève mon chapeau!

Geste déplorable, les importants qui achètent à l'Armée du Salut à faible prix et qui se permettent de revendre dans leur boutique. Je trouve qu'ils font pitié, et surtout que c'est «crosser» ouvertement; eux, s'en foutent, ils font «runner» leur commerce, au détriment des démunis; quelle bravoure, je les plains. Comme ils n'ont pas de conscience, ils écoeurent outrageusement, pis ça a l'air correct!

Si tu observes les mouvements des humanoïdes, c'est parfois pénible de côtoyer ceux qui se parlent seuls en se répondant; faut souffrir de solitude chronique...

Parfois il y a du monde qui font des travaux compensatoires, voulant se sortir du marasme, oeuvrent de façon intelligente; l'on ressent leur volonté de se réintégrer, ceux-là. Être du côté du patronat, je les prendrais à mon service.

Que dire du petit couple, beaux personnages qui ramènent à la mémoire le temps d'antan. Eux sont d'une beauté noble. Ils se bécotent, vivant dans leur petit monde, sans contrainte et c'est tant mieux; merci pour la continuité de tant de naïveté, enfin!

Il existe des erreurs de nature, soit les sans sourires, renfrognés, chialeux, les inutiles et le pire, c'est que papa paie; il doit être impatient de voir sa chose sacrer son camp. Car ça colle, pas à peu près!

Il y a ceux qui de toute la journée me parlent que de température. Je peux comprendre que ce puisse être une porte d'entrée pour la conversation, mais en permanence, cela devient ténébreux.

Les coupons rabais peuvent être très rentables, mais ces gens ont oublié que pour en profiter, il faut acheter!

Pour bien paraître, les endettés qui clament à tout le monde que tout va bien, même au-delà des espérances, ça doit être dur de se mentir à soi-même, car ils savent qu'ils sont sur le bord de la faillite. Ce doit être très pénible à vivre!

Par hasard, les blasés ont tout vu, connu; tu leur parles de n'importe quoi, ils savent. Ça ressemble étrangement aux français pédants qui sont les seuls à posséder la connaissance absolue, soit l'omniscience, ouf!

Les artistes de la rue, il en existe de très bons, mais aussi des poches. Tous se font arrêter par la force répressionnaire, avec des tickets salés.

De se promener sur la rue Wellington, Freud aurait plus que du plaisir; ce qui l'aurait probablement touché le plus, c'est la rencontre de ceux qui font tout pour ne pas se faire remarquer. Ceux qui vivent selon les standards établis, car il ne faut pas qu'ils dérogent; que vont dire les autres?

Les propriétaires de commerce sont pour la plupart sympathiques. Malgré l'incertitude économique, on sent qu'ils sont confiants, disant qu'ils espèrent encore!

Le premier du mois, tu rencontres les monseigneurs qui payent la traite à tout venant, après ils s'endettent pour le mois prochain. Entre-temps, ils essaient de rencontrer ceux à qui ils ont offert drogue, bières, etc. Comme de raison, ça ne marche pas. Ils ne comprennent pas et ça recommencent!

La rue est imberbe de «butch» de cigarettes; pour cause, il y en a une dizaine qui ramassent, chacun disant que ça dépend de la température et de l'heure; chose certaine, la rue est presque propre. Il ne faut pas oublier les ramasseurs de bouteilles vides, donc les poubelles sont outrageusement visitées; ce qui nous ramène à la pauvreté environnante.

Pour moi, un plaisir sincère, c'est de déploguer ceux qui portent des écouteurs qui sont sur le iPod. Mais ils ne comprennent absolument pas que quelqu'un leur parle de vive voix; et de suite, la bouche ouverte, repartent dans leur bulle, outrés d'avoir été dérangés.

Le plus drôle, c'est de rencontrer les illuminés, ceux que la religion a sauvés; ceux-là sont plates à mort. Deux ans après, tu les rencontres, juste genre déconfits. C'est de valeur, ils étaient presque beaux.

Eh bien, il y a ceux qui font des graffitis à leur frais. Je crois qu'ils perdent temps et argent. Si au moins c'était un lettrage compréhensible; entre eux, ils se comprennent, mais tout de même, c'est très limité et parfois inutile; que de gaspillage!

Sur la rue, les gens sont souriants, dévêtus de l'attirail d'hiver. Et que dire des plantes vivaces qui se redonnent un second souffle; chacun à sa manière s'acharne à rendre leur terrain plus attrayant, tout pour complaire aux regards, afin de se permettre d'égayer les saisons à venir. Les rues sont propres, les plates-bandes et les bacs à fleurs renaissent; les chiens dans les parcs jouent et surtout prennent leur temps. En somme, on peut dire encore un recommencement. Ah, pis le printemps est assis sur ma berceuse. Les gens en profitent pour se trouver des activités extérieures à faire et c'est tant mieux...

Facilement, je pourrais me permettre d'ajouter une multitude de faits vécus et de personnages! Faute d'un manque flagrant d'espace, je me limiterai à cet écrit, en espérant au plus profond de moi, qu'à date, le tout à su vous plaire! Je sais fort bien que ces quelques mots ne sont qu'un bref regard sur ce qui se passe au quotidien sur la rue.

Ce qui me donne envie de me complaire à analyser les autres; ce qui est très agréable et surtout surprenant. En bref, voilà une partie de ce que j'ai perçu, et vlan...

Snoute (Michel Craig)

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