FÊTE DES MÈRES

Fête des Mères, confettis et crottes de nez

Véronique Grenier et FiFille.... (PHOTO COURTOISIE)

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Véronique Grenier et FiFille.

PHOTO COURTOISIE

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Véronique Grenier

Véronique Grenier est enseignante, mère d'un duo attachant et blogueuse de grandes vérités maternelles. À l'approche de la fête des Mères, elle a accepté l'invitation de La Nouvelle afin d'aborder la question. Pour plus d'aventures, on visite le http://biberonscoucheguiliguili.blogspot.ca/

C'est ma cinquième fête des Mères en tant qu'objet de l'événement. Je ne suis pas très fête, dans la vie. Un peu plus depuis que les enfants sont là, magie oblige, y paraît [soupir et yeux en l'air]. Décorations, manger assorti à la chose fêtée, je me soumets à toute la panoplie, j'arrive même à sourire au travers du certain désespoir qui m'habite de me plier à un cirque, quasi mensuellement.

Ça revient souvent, me semble, ces affaires-là. Je voudrais bien avoir l'esprit du confetti, mais ça m'échappe. Mais bon, le sourire me prend, quand même et nécessairement, quand Fils et Fille regardent mes efforts esthétiques - habituellement un peu laids, je l'avoue, je n'ai pas cette fibre pour l'agencement des guirlandes et l'équilibre dans la répartition des boules de Nowel dans le sapin - et que leurs yeux brillent. Ça les rend plein de joie, tout ça. Donc ça vaut la peine. En fait, toute y vaut la peine parce qu'ils sont là. Même si, parfois, certains éléments du toute me sont contre nature.

Entendons-nous: la maternité, et la parentalité, c'est une pas pire boîte à surprises. En effet, tu le sais pas, ou plutôt jamais tu n'aurais pu imaginer, que tu vas ramasser les crottes de nez du Fils, avec tes propres doigts, plusieurs fois par jour; que tu vas passer plus d'une heure de ta vie à chercher des boulettes, semées par ta fille qui se travaille le propre, dans ton appartement; que tu ne dormiras pas pendant deux ans, littéralement, là; qu'en l'espace de deux mois, tu te feras vomir dessus par ton Fils, une bonne dizaine de fois, et que tu vas comprendre le rassurant qu'il trouve à te choisir au lieu du bol que tu lui tiens devant la bouche; que tu vas toucher des vers de terre parce que ton Fils te le demande, -infliger du dégueulasse, ça l'émeut ben gros; que tu vas paniquer et angoisser (avec symptômes corporels, oui, oui) en pensant au guide alimentaire canadien, à chaque repas, au lien d'attachement, aux pratiques éducatives, au temps passé devant la télé, à leurs-derrière-d'oreilles-sont-tu-assez-propres; et que ton rapport au silence, parce que la chose la plus souhaitée et la plus crainte, deviendra tellement ambiguë.

Ils vont s'égratigner des bouts de corps, cet été, en tombant du bicycle ou juste parce qu'ils sont pas encore habiles et ça te fait déjà de la peine, tu y penses même depuis qu'ils sont nés, en fait, à toutes les douleurs qu'ils auront. Non, tu ne sais pas tout ça. Ni à quel point ça va te mobiliser l'esprit, à peu près tout le temps. Comme tu ne sais pas l'odeur qu'ils ont dedans leurs joues et dedans leur cou, ni que tu voudrais qu'ils aient un piton repeat pour quand ils rient à gorge déployée comme des petites souris, ni que le jour où ton Fils te fait son premier high five, tu vas pleurer un peu ta vie de joie.

Nah, tu ne le sais pas et ça pop par-ci, par-là. Ça te meut, ça te désespère, ça te toute. C'est ça, la maternité, du plein.

Faque pour la fête des Mères, cette année, je romps avec mon léger cynisme. On va s'habiller cute, j'aurai le goût d'aller bruncher, tradition oblige et, celle-là, elle me plaît, mais je vais me souvenir que les petits vont être eux-mêmes et l'envie va me passer et ce sera une bonne idée de rester chenous.

Alors, on va boire un smootie, assis par terre, dans le milieu de la cuisine, dans un verre fancy. Front à front. On va faire du bruit avec nos pailles quand on va avoir toute aspiré. Ils vont rire, moi aussi. Du vrai gros fun.

Quand ils vont se lever pour manifester leurs terribles petites personnes dans l'existence en y gambadant, je vais les suivre, pas à pas, pour les empêcher de se tuer - sont bons là-dedans, le frôlage de la mort par plans fouarreux -, pour jouer aussi, pour les entendre se parler, pour juste les voir être, ça m'arrive d'être prise par le mou.

En me levant, je vais voir la poussière, confettis des existences ordinaires, la vaisselle sur le comptoir, les jouets juste partout. Je vais me dire que ça pourrait être mieux, mais je vais me raviser. C'pas toute parfait, c'est un peu chaotique et c'est justement là, que toute, au fond, il est beau.

Je vais embrasser le désordre, fermer les yeux et faire tourner ma robe cute. Et c'est ce que je te souhaite, maman qui me lit, de prendre deux secondes, pour faire ça: enfiler le collier en macaroni, gossé et emballé par la progéniture, et faire tourner ta robe. Prendre le temps de respirer les fleu-fleurs reçues en cadeau, boire le café chaud. Maman, tu le mérites en ta'.

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