Campagne électorale 2012

Classique mais abondamment commentée

Catherine B. Côté...

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Catherine B. Côté

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Ève Bonin

La campagne en cours suit le scénario classique, mais présente tout de même quelques nouveautés au niveau de l'approche des politiciens et des moyens de diffusion employés. C'est du moins l'avis de Catherine B. Côté, auteure et professeure agréée à l'école de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke, qui analyse les campagnes électorales depuis 1993 du point de vue de la communication politique et de l'opinion publique.

La différence majeure se situerait au niveau de l'utilisation des médias sociaux comme tribune d'expression. «Il y a bien sûr beaucoup d'éléments qui se ressemblent d'une élection à l'autre. Mais il y a comme une seconde campagne dans les réseaux sociaux, une campagne sous-jacente, qui n'existait pas de manière si importante, si imposante auparavant.»

Catherine B. Côté s'intéresse au phénomène d'un point de vue sociologique, mais est loin d'être convaincue que cela aura un impact le jour du scrutin. «C'est plutôt ambigu. Les gens vont avoir tendance à être encore plus polarisés sur les médias sociaux. Ils vont un peu «s'auto-convaincre». Je ne pense pas que ça va faire une grosse différence sur les votes.»

Autre particularité de cette campagne: l'abondance de commentateurs. «Les débats sont toujours un point tournant dans une campagne. Là ce n'est pas tant les débats eux-mêmes que l'analyse après-débat. On n'a jamais eu autant de commentateurs. On commente sur le commentaire, on est rendus là. Peu de gens vont avoir vraiment écouté les débats, mais tout le monde va s'être fait une opinion à cause de cette analyse.»

Bien que certains thèmes, comme l'économie, soient davantage abordés, elle croit que de toute façon les électeurs font leur choix selon d'autres critères. «On va souvent retenir: Untel a été combatif, l'autre a été agressif. Parce qu'essentiellement, la politique c'est une question de confiance. Est-ce que je vais faire confiance à cette personne? D'ailleurs on le voit, certains politiciens parlaient d'être fiable ou pas fiable... C'est ce que les gens retiennent, et pas tant les éléments de programme.»

Le web en général et les médias sociaux en particulier étant devenus des espaces de discussion citoyenne, est-ce que le débat des chefs va avoir eu le même impact sur le vote que dans les campagnes précédentes? Dans la perspective où on en apprend plus sur certains partis, elle croit que oui.

«Par exemple, plusieurs personnes n'avaient aucune idée d'où se situait François Legault. Est-ce qu'il était plutôt à gauche ou à droite, fédéraliste ou souverainiste? Là il est mieux campé, on comprend que pour lui ce qui est important c'est beaucoup d'anciennes questions de l'ADQ qu'il reprend à son compte. C'est normal, il y a une bonne partie de son équipe qui vient de là. Suite au débat on comprend un peu mieux sa démarche.»

La politique autrement?

Si les partis continuent d'inonder le paysage de pancartes et de faire du pointage téléphonique pour mesurer les appuis potentiels, certaines façons de faire ont été délaissées. «Ce qui a évolué avec le temps, c'est le fait qu'il y a moins d'affiliation partisane, les partis ont moins de membres. Il faut dire que c'est beaucoup plus difficile de solliciter de l'argent. Et mine de rien, les gens sont très occupés.»

À cet égard, les assemblées de cuisine, fort populaires dans les années 70 et 80, où citoyens et candidats échangeaient beignets et préoccupations politiques, ont presque disparu de la pratique électorale.

«Il n'y en a que très peu de nos jours, alors que c'était normal de faire ça pendant une campagne. On réussissait à avoir davantage d'information, on avait un contact direct avec le politicien.»

L'échange avec les électeurs se fait désormais principalement par le biais des médias ou des relations publiques, ce qui n'est pas toujours avantageux pour les partis. «On trouve que les politiciens utilisent trop les relations publiques, mais en même temps ils n'ont pas le choix pour faire passer leur message. Tout ça fait en sorte que les gens se méfient beaucoup des politiciens.»

Cette méfiance tombe, cependant, au contact des candidats. «Il y a un phénomène très étrange. On est tellement habitués à apposer une étiquette aux politiciens, on les trouve loin, on a une image très négative d'eux. Ce qui fait que souvent, quand les gens voient un politicien en personne, ils le trouvent bien sympathique! Ils sont même surpris!»

Selon Catherine B. Côté, les candidats ont tout à gagner à rétablir ce contact. «L''image des politiciens passe souvent par les médias et de manière négative, on les voit en position conflictuelle. De voir un politicien en personne, ça manque beaucoup, parce qu'essentiellement un politicien est là pour changer les choses pour les gens. Ils ont besoin de ces citoyens-là.»

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