Les Nations-Unies de l'école Jean XXIII

À l'école Jean XXIII où se côtoient les... (Imacom Jessica Garneau)

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À l'école Jean XXIII où se côtoient les enfants de 24 pays et 18 langues, la directrice Pascale Bilodeau compare tout sourire sa rentrée scolaire à celle de l'assemblée des Nations-Unies.

Imacom Jessica Garneau

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Ève Bonin

Pascale Bilodeau a enseigné 20 ans à l'école secondaire de La Montée, dans l'est de la ville, en plus d'y être directrice adjointe. Elle y a certes côtoyé des classes d'accueil aux immigrants, mais se trouve désormais au coeur du quartier le plus multiculturel de Sherbrooke, dans l'arrondissement du Mont-Bellevue, où elle amorce sa troisième année comme directrice de l'école primaire Jean XXIII.

Les élèves de Jean XXIII proviennent de 24 pays différents, et on y entend parler environ 18 langues. «Plus de 50 pour cent des élèves ne parlent pas français à la maison. C'est un gros défi au niveau de l'apprentissage de la lecture et de l'écriture.»

Les élèves sont dirigés vers un cheminement adapté à leur maîtrise de la langue française et à leur âge. «S'ils sont d'âge préscolaire, ils vont entrer directement dans les classes de maternelle régulières, avec des intervenants de francisation, des intervenants sociaux aussi. Ceux d'âge primaire vont aller dans des classes d'accueil du quartier, à Quatre-Vents ou à Larocque. Une fois qu'ils y ont fait leur séjour d'une année, parfois deux, ils reviennent avec un français suffisant pour communiquer.»

Des défis familiaux

Les défis d'intégration vont bien au-delà de la langue, avec les enfants comme avec leurs parents. «Nos codes culturels sont complètement différents. Il faut s'adapter, ça prend du temps, des interprètes aux premières rencontres de parents. On souhaite leur présence, on veut qu'eux aussi s'intègrent», dit Pascale Bilodeau, en faisant remarquer qu'en arrivant dans un nouveau pays, les priorités vont aux besoins vitaux d'abord, bien avant l'école.

Les réfugiés étant nombreux dans le quartier, beaucoup d'enfants reçoivent un soutien particulier. «Leur parcours migratoire est parfois houleux, ils n'ont pas pris l'avion pour s'en venir direct au Canada. Ils ont souvent vécu dans des camps, dans des pays qui ne sont pas non plus très calmes. Mais on a du personnel de soutien pour répondre à ces besoins.»

Pascale Bilodeau confie être impressionnée par la force intérieure de certains d'entre eux. «C'est sûr qu'il y en a qui ont des traumatismes de guerre. Les enfants ont des histoires, quand ils vous les racontent, qui sont affreuses. Mais ils sont extrêmement résilients.»

Les modes de transmission du savoir diffèrent selon les origines, et on demande donc aux parents d'intégrer de nouvelles habitudes à la maison. «Par exemple, la culture est souvent orale dans d'autres pays. On les invite donc à s'asseoir avec leur enfant, avec un livre. Les parents veulent que leurs enfants s'intègrent, ils sont extrêmement collaborateurs.»

Pour la rentrée, elle s'attend, comme à chaque année, à ce que les petits aient un peu perdu leur français. On arrive tout de même à trouver des astuces pour que l'été soit constructif au niveau de l'apprentissage. «Il y a des notions à acquérir, des concepts, peu importe la langue. Par exemple, on peut leur montrer qu'entre le bleu pâle et le bleu foncé, il y a des nuances. Que tu l'apprennes en swahili, en népali ou en français, t'apprends quelque chose.»

L'école organise chaque année une soirée multiculturelle qui remporte un franc succès dans le quartier. L'événement permet les échanges entre cultures, mais aussi la transmission du savoir entre générations, et pas nécessairement dans l'ordre que l'on pourrait imaginer.

«L'an passé, c'était magnifique. J'avais des grands adultes qui apprenaient à prononcer du bhoutanais avec des petits de première année. Les grands étaient concentrés là! Ça crée une belle dynamique.»

Elle se familiarise elle aussi avec les rudiments de quelques langues. «Je commence à me débrouiller de plus en plus en espagnol. Si eux doivent essayer, bien moi aussi j'essaie. Ça les fait sourire, ça crée un lien... Le sourire est le meilleur outil de contact qui soit!»

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