Rencontre avec un passionné du vinyle

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Michel Alario... (Imacom René Marquis)

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Michel Alario

Imacom René Marquis

 

Ève Bonin

Avant de débuter l'entrevue, Michel Alario dépose un vinyle sur sa table tournante. Non, attendez. Avant de débuter l'entrevue, Michel Alario sort un vinyle de sa pochette protectrice, le nettoie avec une brosse et le dépose sur sa table tournante. L'aiguille attaque le sillon de l'album de Nicky Lee et les Playboys. On est prêts.

D'emblée, il définit le terme collectionneur. «Ce qui fait un mauvais nom aux collectionneurs, c'est qu'ils achètent comme si c'était des cartes de hockey ou des timbres. J'en connais qui n'ont même pas de table tournante... Moi je les ramasse parce que j'aime ça, je les écoute, même si c'est des pièces rares. Je suis un passionné du disque.»

Il s'avoue néanmoins collectionneur pour ce qui est des groupes québécois rock'n roll garage des années 60. «Ça j'en suis collectionneur, parce que je suis maniaque. Je tiens un répertoire de ce que j'achète, je fais de la recherche sur les groupes, et ce que je ne connais pas, je l'achète quand même.»

Répertorier cette musique lui tient à coeur. «Au Québec, on commence à peine à accorder une importance à notre patrimoine musical. Pour les années 60, on a tous la même image des groupes déguisés ou qui se contentaient de faire des reprises en français, mais ça représente une infime partie des groupes qui existaient à l'époque.»

Il a commencé à acheter des vinyles étant adolescent, à l'époque où on avait le choix entre ce format et la cassette. «J'aimais pas les cassettes. Les vinyles c'était cool, c'était gros, il y avait plein de couleurs. Le premier album que je me suis acheté, c'est Kiss Alive II, y a pas plus coloré que ça!»

Il se passionne dès le départ pour la musique en général en se procurant livres et magazines, et tient une liste des groupes à découvrir à partir de ses lectures. Rappelons-nous que youtube n'existait pas à l'époque! En fait, il en savait souvent bien long sur un groupe avant même de l'avoir entendu et de tomber sur un album en magasin.

La communauté du vinyle

Sa collection, qu'il épure depuis 5 ans, compte maintenant environ 1500 albums et 2000 45 tours. «J'en ai vendu beaucoup, à peu près le double de ce qui reste. Si quelque chose entre, quelque chose doit sortir, sinon ma maison serait pleine!» Mais ce qui reste, c'est de la qualité. «Je sais que je peux prendre n'importe quoi au hasard et que je vais triper.»

Pour s'approvisionner, il fréquente les magasins spécialisés et les ventes de garages et marchés aux puces, mais trouve un plaisir particulier dans les conventions de disques. Année après année, il y retrouve le même petit clan. «Une petite gang qui tripe sur les trucs plus obscurs, psychédéliques. On se comprend. Tu le sais qu'ils catchent pourquoi tu tripes là-dessus. Ça me permet de vendre des choses à des gens reconnaissants, des passionnés, qui vont vraiment apprécier.»

Mais pourquoi acheter la musique en format vinyle? «La qualité sonore est vraiment différente. Les cd jouent beaucoup sur les hautes fréquences, il n'y a pas de beaucoup de basses, c'est plus linéaire. Tandis que pour moi un vinyle c'est très rond, ça a beaucoup plus de chaleur, de couleur, c'est plus vivant.»

Il chérit le 45 tours pour son rendement sonore incroyable, dû à la largeur des sillons et la vitesse de rotation, mais aussi pour les trouvailles à faire du côté B. Car le format single, utilisé pour sortir des hits et peu coûteux à produire, a permis toutes sortes d'expérimentations plus ou moins concluantes et très amusantes à découvrir. «En face B on trouve des choses complètement débiles qu'ils n'oseraient plus faire aujourd'hui. Souvent c'est ces tounes-là qui sont intéressantes.»

Renouveau du vinyle?

Selon Michel Alario, il est faux de croire qu'il y a un nouvel engouement pour le disque vinyle, puisque celui-ci a toujours eu la faveur des mélomanes. Si on a l'impression qu'une mode est en place, c'est surtout parce que les grandes chaînes remettent sur leurs tablettes un produit qu'ils avaient retiré de manière un peu prématurée avec l'arrivée du cd. Mais certaines techniques de marketing pourraient bien précipiter le départ, cette fois-ci, du disque compact.

«Ce que je trouve intéressant avec les nouveaux vinyles, et qui va surement mettre un clou dans la tombe du cd, c'est le vinyle accompagné d'un code de téléchargement. Ça coûte pas beaucoup plus cher qu'un cd, et t'as une carte pour aller le télécharger gratuitement et le mettre dans ton ipod. Alors pourquoi avoir un cd?»

Certaines pièces de sa collection lui sont précieuses, comme ce 45 tours de La Cinquième Dimension, un groupe des Îles de la Madeleine. «C'est très rare, et c'est génial! On connaît deux disques seulement qui sont sortis sur l'étiquette Jeunair. La pièce, L'évasion, parle de la drogue et des hippies. Sur la face B on a une excellente version d'une pièce de Dylan, L'amour revient.»

Et reste-t-il des items à trouver sur sa précieuse liste? «Les Stellaires, je cours encore après ça. Ou The Backs en version originale. Mais au fond, il y a beaucoup de choses que je n'ai pas trouvées, parce que je ne les connais pas encore.»

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