L'an dernier, La Nouvelle faisait état de projets d'encadrement du jardinage en milieu urbain à la Ville de Sherbrooke. Si la tendance est lourde et les citoyens de plus en plus nombreux à s'adonner à l'horticulture dans un but alimentaire, le dossier n'a pas connu de développement notoire au conseil de ville. Le chef de la section Permis et inspection, Michel Beauchesne, mentionne que le sujet fait partie des préoccupations à envisager éventuellement, mais qu'il n'est pas considéré comme prioritaire.
L'implantation d'un potager en territoire sherbrookois ne fait donc l'objet d'aucune règlementation pour l'instant. Dans le cas d'un jardin en devanture de propriété, Michel Beauchesne fait cependant remarquer qu'il est préférable de respecter l'emprise de la ville, et que cette recommandation n'est nullement influencée par le choix des végétaux en question.
En effet, qu'il s'agisse d'un jardin ornemental ou maraîcher, on en privilégie l'aménagement en-dehors de l'emprise pour éviter de poser entrave aux travaux de la voirie, et par le fait même de voir vos plants endommagés par les camions de cueillette des ordures, entre autres! La largeur de cette bande de terrain à éviter, en bordure de rue, varie selon l'endroit, aussi on recommande de consulter votre certificat de localisation pour en connaître l'envergure.
Michel Beauchesne souligne qu'on doit respecter cette emprise au moment d'élever certaines structures également, par exemple des caissons de culture ou des tuteurs permanents, qui poseraient problème été comme hiver.
Ces conseils répondent donc, pour l'instant, à une logique fonctionnelle. Un citoyen qui installerait un treillis à l'intérieur de l'emprise de la ville, pour y faire grimper clématites ou pois mange-tout, ne se verrait donc pas soumis à un quelconque règlement, mais risquerait de voir son ingénieuse construction en bien mauvais état une fois les bancs de neige fondus au printemps...
Un pas vers l'autonomie alimentaire
Bien connu pour ses préoccupations au niveau de l'autonomie alimentaire et son soutien aux initiatives la favorisant, le président des Amis de la Terre de l'Estrie, André Nault, se montre heureux que le sujet fasse les manchettes et y voit une occasion de promouvoir cette pratique, un «pas essentiel vers l'autonomie alimentaire» selon lui.
Le coût des aliments étant directement relié au coût du pétrole, pour leur transport mais également la fertilisation des grandes cultures conventionnelles - rappelons que les engrais de synthèse sont fabriqués à partir de produits pétrolifères - André Nault n'hésite pas à faire l'équation entre crise du pétrole et crise alimentaire. L'importance de se réapproprier la culture de nos aliments sur une base régionale et même locale serait donc accrue en période de crise économique.
Mais au-delà de ces considérations, il croit que l'agriculture urbaine est essentielle pour rapprocher les citoyens des racines de leur alimentation. «Il faut recréer le lien entre l'alimentation et les gens. La tendance de l'agriculture en milieu urbain est à l'échelle mondiale. Dans 15 ans, les gens qui se montrent rébarbatifs à ce genre de culture en milieu urbain seront isolés des autres. C'est une tendance qu'on ne peut plus éviter.»