Sur une suggestion du photographe, le directeur de production Éric Gingras demande à l'un d'eux de se tenir tête en bas, sur une main. Le temps de le dire, voici notre artiste contemplant ce monde à l'envers, les 5 doigts de sa main bien ancrés sur la scène de la Place Nikitotek, prenant la pose.
Ça semble si simple! Et pourtant on devine le temps et l'effort consacrés à l'entraînement pour en arriver à cette maîtrise, surtout par cette chaleur, sans vouloir tomber dans le cliché de saison. Selon Éric Gingras, qui pilote cette production des 7 Doigts de la main depuis plus de 2 ans, c'est bien sûr l'un des défis rattachés à la présentation du spectacle Traces en plein air.
«Il y a une adaptation à chaque fois qu'on fait un spectacle à l'extérieur, entre autres au niveau de la lumière, qui est le premier paramètre à considérer. On va donc répéter plus tard le soir, parce qu'en après-midi on ne verra pas les lumières, qui sont primordiales pour un artiste de cirque. Les intensités sont très importantes.»
Le fait de commencer à travailler plus tard permet aussi aux artistes de contourner certains effets de la chaleur et d'éviter l'épuisement.
Éric Gingras affirme cependant que les comportements de la nature apportent un souffle particulier au spectacle.
«Un élément comme le vent amène quelque chose de spécial: les costumes flottent un peu plus, ça devient comme un personnage supplémentaire avec lequel on compose. Le vent, la pluie, c'est des facteurs qu'on doit regarder tout le temps.»
D'où la nécessité de se produire sous un toit, et la troupe le sait d'expérience... «Au tout début de Traces, en 2007, nous étions à Regnéville-sur-Mer (Normandie) sur une scène extérieure, et le spectacle a dû être annulé parce que la pluie balayait la scène.»
De telles conditions contribuent à garder la troupe particulièrement alerte selon lui, pour un spectacle déjà fort exigeant. «Pendant 85 minutes ils bougent sans arrêt. Ils vont parfois en coulisses boire de l'eau pendant le numéro d'un autre, mais en général tous sont présents sur scène et participent au numéro. J'en ai parlé à plusieurs artistes de cirque autour de la planète et Traces demeure un spectacle très exigeant.»
Sélection de personnages
La sélection des artistes s'avère particulière avec cette troupe. «Il faut choisir les bonnes personnes parce que ce n'est pas juste du cirque à numéros. C'est du casting, ce sont des personnages que l'on crée», explique Éric Gingras.
On exige aussi des artistes beaucoup de polyvalence. «Par exemple, sur Traces 5, la plupart ne jouaient pas de piano, mais c'est exigé dans le spectacle, on leur donne donc des cours. Même chose pour le mât chinois.»
Ce qui révèle tout de même certains talents. «LG avait fait peu de planche sautoir auparavant et maintenant il est extraordinaire! On cherche des gens qui maîtrisent très bien leur discipline mais qui ont aussi l'ouverture et le talent pour aller dans plein d'autres directions.»
Après avoir vécu la frénésie new yorkaise, comment les artistes entrevoient-ils leur séjour sherbrookois?
«C'est un énorme changement, mais il est bienvenu! New York c'est un régime de 7 spectacles par semaine, donc assez rigoureux. Ici avec 3 jours de congé entre chaque série de spectacles, c'est très relax, très confortable. On a aussi quelqu'un de la région (la Magogoise Valérie Benoît-Charbonneau) qui est très contente de jouer chez-elle. On est très heureux d'être ici, les installations sont magnifiques, ça vient chercher tout ce qu'on a pu voir à l'international», conclut-il avant de retourner à sa petite famille d'acrobates.
Traces est maintenant présenté à la Place Nikitotek du mercredi au samedi, jusqu'au 4 août. Pour plus d'information: www.traces-sherbrooke.com