Quand la porno sert de modèle

Privés d'une réelle éducation sexuelle à l'école, les... (Archives La Nouvelle, Jessica Garneau)

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Privés d'une réelle éducation sexuelle à l'école, les ados ne connaissent pas les balises d'une saine vie sexuelle. Plusieurs ignorent, par exemple, que le harcèlement s'avère une forme d'agression.

Archives La Nouvelle, Jessica Garneau

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(Sherbrooke) «Les jeunes filles se prêtent très tôt à des pratiques sexuelles "hard". Elles acceptent des gestes comme l'éjaculation faciale ou la pénétration anale dès leurs premières relations sexuelles», révèle Marjorie Roireau, intervenante à Calacs-Estrie, encore étonnée de cette constatation.

Ces pratiques sexuelles, surprenantes à un âge si précoce, révèlent une absence d'éducation sexuelle à l'école et à la maison, ajoute la porte-parole du Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (Calacs) de l'Estrie, actuellement en blitz de prévention.

Le Calacs-Estrie déplore notamment que les adolescents ne peuvent se rabattre que sur la pornographie et les vidéoclips soft porn, diffusés sur les chaînes musicales, pour les guider dans leur exploration sexuelle.

«La sexualité, comme la spiritualité, peut nous mener plus haut. Elle permet de nous découvrir. Mais c'est à la condition qu'elle est bien vécue, rappelle Marjorie Roireau. Je ne dis pas qu'il faut s'empêcher de le faire, mais plutôt le vivre dans le respect.»

Or, la pornographie est fabriquée par et pour les hommes. Les femmes y sont complètement soumises aux désirs masculins. On n'y trouve aucun respect, ni complicité sexuelle. «Les jeunes croient voir là des standards de sexualité», dénonce Mme Roireau.

La disparition à l'école secondaire de la formation personnelle et sociale, là où s'enseignait l'éducation sexuelle, n'aide pas à remédier à la situation. La sexualité fait désormais partie du cours de sciences et technologie. Mais elle se limite strictement à l'anatomie, à la fécondation et aux infections transmises sexuellement, déplore l'intervenante.

«Le programme laisse à l'enseignant le choix de parler de sentiments et de valeurs. Mais il y a des professeurs, comme bien des parents, qui ne sont pas à l'aise d'aborder ces sujets-là. Selon le ministère, c'est la responsabilité de chacun à l'école de faire cette part d'éducation. Mais comme toute chose, quand tout le monde est responsable, personne ne le fait.»

«Les adolescentes ne savent pas, par exemple, qu'être harcelées pendant une heure par leur copain pour accepter une relation sexuelle, c'est une agression», souligne l'intervenante.

L'absence de modèle sexuel, autre que celui de la porno, est aussi dangereuse pour les garçons. «S'ils s'imaginent qu'ils doivent être toujours des taureaux en rut, épilés et les muscles gonflés, ils risquent d'avoir une pauvre estime d'eux-mêmes», souligne Marjorie Roireau.

Les mythes et les préjugés sur les agressions sexuelles demeurent non seulement tenaces par ce manque d'éducation. Ils deviennent de plus en plus nombreux.

«Par exemple, les gens disent que la fille a sûrement couru après, que ce n'est pas vraiment une agression, ou que la fille avait trop bu. Par contre, ils diront que ce n'est pas la faute du gars, il avait trop bu pour se rendre compte de ses gestes.»

Bref, la rumeur populaire a souvent tendance à blâmer la victime et à déresponsabiliser l'agresseur.

Le Calacs-Estrie a lancé la semaine dernière une pétition pour réclamer des cours spécifiques d'éducation à la sexualité. Elle sera déposée au premier ministre du Québec Jean Charest et à la ministre de l'Éducation, des Loisirs et du Sports du Québec, Michelle Courchesne, dans le cadre de la marche mondiale des femmes cet automne.

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