Un fléau à l'épicerie

Patrick Pinard, copropriétaire des boucheries Clément Jacques, utilise... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Patrick Pinard, copropriétaire des boucheries Clément Jacques, utilise les médias sociaux pour dénoncer les vols de viande comme du filet mignon dans ses étalages.

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(Sherbrooke) « Le vol à l'étalage représente un gros fléau. Pour notre part, c'est davantage une affaire de réseau que de monde qui ont faim. »

Pour Patrick Pinard, copropriétaire des boucheries Clément Jacques, le vol de ce qu'il qualifie de « produit de luxe », comme du filet mignon, des crevettes ou d'autres viandes et poissons plus dispendieux représente d'importantes pertes.

« Disons qu'ils ne volent pas de la viande hachée. Les pertes représentent facilement de 500 $ à 700 $ par semaine. Je parle d'une moyenne parce que ça peut venir par vague. Des réseaux de revente de viande, j'en entends parler depuis au moins une dizaine d'années. Certains de mes clients me confirment qu'ils se font offrir de la viande et des crevettes à bas prix qui viennent de chez nous. Cependant, nous ne sommes pas capables de remonter à la source », explique Patrick Pinard.

Le président-directeur général de l'Association des détaillants en alimentation (ADA) du Québec, Florent Gravel, estime à environ un pour cent du chiffre d'affaires le montant du vol à l'étalage dans ce type de commerces.

« Ce chiffre demeure une moyenne. Le vol à l'étalage de nourriture demeure difficile à quantifier », explique M. Gravel.

Ce dernier catégorise les voleurs dans les magasins d'alimentation en trois types : les réseaux, ceux qui ont faim et les employés.

« Il est impossible de garder un oeil sur tous les employés. Il y a une certaine notion de confiance envers son personnel, alors certains en profitent notamment avec les coupons de bouteilles vides. Il y a certains inventaires qui sont plus faciles à suivre comme les paquets de cigarettes », explique M. Gravel.

Des réseaux

Il remarque que les réseaux sont bien organisés.

« Certains arrivent avec des commandes spécifiques. Ils utilisent de grands manteaux ou des sacs réutilisables. Ils réussissent même à déjouer la sécurité. Cependant, il est difficile de contrer le vol de nourriture dans les étalages », indique Florent Gravel.

Stéphane Tremblay du Provigo du même nom sur la rue King Est confirme ces trois types de vols dans son établissement.

« Les vols des employés demeurent toujours plus difficiles à vérifier. Dans le temps des fêtes, certains clients qui ont faim nous demandent même de la nourriture », explique M. Tremblay.

« Ce n'est pas le même type de nourriture qui est volée pour être revendue dans des réseaux que par les personnes qui ont faim. J'ai déjà intercepté une dame qui avait volé de la Bologne et de la viande hachée. Je n'ai pas la même attitude pour ce type de vol que quelqu'un qui vide mon comptoir de filet mignon. Lorsque nous avons l'image d'un client suspect, les caissières sont avisées », ajoute Patrick Pinard.

Florent Gravel de l'ADA estime que la hausse du prix des aliments peut avoir une influence sur les vols à l'étalage pour une clientèle moins fortunée.

« Il y a aussi ceux qui mangent des denrées directement dans les étalages. Les cerises, les raisins ou autres items qui sont mangés sur place finissent par avoir une incidence. Si 15 000 clients qui passent dans un magasin mangent chacun un raisin, ça finit par faire plusieurs kilos que le marchand doit payer », mentionne Florent Gravel.

Jocelyn Forgues du IGA-Forgues dans l'arrondissement de Bromptonville remarque certains cas de vols où la marchandise est revendue pour payer des stupéfiants.

« Je me fais voler des steaks, des fruits de mer ou des bouteilles d'alcool qui sont revendus par la suite dans des réseaux. J'ai même déjà été victime d'un vol d'un plein panier de viniers », rappelle M. Forgues.

Tous les détaillants s'entendent pour dire qu'il est difficile de porter une cause de vol à l'étalage devant le tribunal.

« C'est beaucoup d'énergie et de temps », indique Jocelyn Forgues du IGA-Forgues à Bromptonville.

« Il faut avoir une photo claire du suspect ou le prendre sur le fait, ce qui n'est pas évident », ajoute M. Pinard.

Sans détenir de données spécifiques aux vols de nourriture dans les marchés d'alimentation, le Service de police de Sherbrooke rapporte 522 vols à l'étalage sur son territoire en 2016 et 548 en 2015.

Le porte-parole du SPS, Martin Carrier, indique qu'aucune enquête concernant un possible réseau de revente de nourriture à Sherbrooke n'est en cours.

« Le vol à l'étalage est un problème quotidien. Cependant, chaque cas demeure unique. Il faut prouver l'intention criminelle de la personne de quitter avec l'objet qu'il n'a pas payé. Le suspect doit avoir franchi les caisses avec l'objet sur lui sans l'avoir payé », mentionne le porte-parole du SPS.

Des moyens limités pour lutter

Une femme de 32 ans de Sherbrooke a réglé ses comptes avec la justice après avoir quitté le Maxi du centre-ville de Sherbrooke avec un panier de 517 $ sans le payer.

Il a été expliqué au juge qu'elle «avait faim».

Le même jour au palais de justice de Sherbrooke, un multirécidiviste a aussi plaidé coupable à un vol à l'étalage dans un marché d'alimentation. De la viande et de la salade de poulet Saint-Hubert pour 189 $ avaient été volées en avril 2016.

Une peine de détention de quatre mois lui a été imposée étant donné ses multiples condamnations.

Signalement public

«Voici notre client du mois à Jacques-Cartier Sherbrooke. le dimanche 12 février il nous a gentiment volé six paquets de filet mignon. Le stratagème étant simple, il prend la viande, va dans un endroit plus tranquille du magasin, la cache dans son manteau, ensuite il passe à la caisse avec quelques items faisant à croire qu'il a oublié son porte-feuille, il quitte pour ne jamais revenir...si jamais vous reconnaissez cet individu merci de nous le signaler en message privé nous avons un prix très spécial pour lui.»

Ce message a été tiré de la page Facebook de la Boucherie Clément-Jacques.

Le signalement public par les réseaux sociaux demeure l'une des façons que Patrick Pinard utilise pour contrer le fléau des vols de nourriture.

«J'ai déjà engagé un détective privé pour essayer de contrer le fléau, mais le coût est élevé. Pour les caméras de surveillance, je ne peux pas mettre une personne devant à temps plein», explique Patrick Pinard.

«Nous demandons de laisser les sacs à dos et les sacs de sport à l'entrée du commerce. Encore là, ce ne sont pas tous les clients qui respectent cette directive», explique de son côté, Stéphane Tremblay du Provigo du même nom sur la rue King Est.

Ce dernier a déjà affiché à l'intérieur de son établissement les photos de «clients» qui partent sans payer.

«Les agences de sécurité dans les établissements ou identifier des produits avec des pièces métalliques devient très dispendieux à mettre en place. Ça fait plusieurs années que les détaillants tentent de rendre leurs entreprises plus sécuritaires», mentionne le président-directeur-général de l'Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA), Florent Gagné.

Jocelyn Forgues du IGA-Forgues à Brompton a même formé son personnel pour tenter de limiter le vol à l'étalage. «Ce sont des coûts supplémentaires que je dois assumer», mentionne-t-il.




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