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Éric Lamontagne pourra sortir de prison à l'occasion

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Éric Lamontagne lors de son dernier passage au palais de justice de Sherbrooke en 2006 alors que la Cour d'appel avait ordonné un nouveau procès.

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(Sherbrooke) Éric Lamontagne, qui a tué son père en 1998 à Sainte-Catherine-de-Hatley, pourra bénéficier de sorties avec escorte du pénitencier à sécurité minimale du Centre fédéral de formation de Laval où il est détenu.

La Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) a accepté, jeudi, que Lamontagne puisse bénéficier d'une permission de sorties pour perfectionnement personnel, soit pour assister à des rencontres de divers groupes tels les Alcooliques anonymes (AA) ou un groupe de soutien pour les ex-détenus.

Éric Lamontagne est incarcéré à perpétuité pour le meurtre au deuxième degré de son père en 1998. Gaétan Lamontagne a été tué de 43 coups de couteau dans un chalet de Sainte-Catherine-de-Hatley.

La Tribune a assisté à l'audience de l'homme de 47 ans devant la CLCC au pénitencier du Centre fédéral de formation à Laval.

Lamontagne a été transféré à l'unité de sécurité minimale en juillet dernier et souhaitait obtenir ce type de permission pour poursuivre sa réhabilitation sociale.

« Je comprends que c'est difficile de sortir de la prison. Je veux y aller une étape à la fois. Ces groupes de soutien me permettent de parler. Je veux aussi reprendre les contacts avec ma famille. Une de mes soeurs et ma mère acceptent de me parler », a mentionné Éric Lamontagne aux commissaires de la CLCC.

Risque acceptable

Même si le risque de récidive violente d'Éric Lamontagne est modéré, son avocate a rappelé aux commissaires que tous les professionnels qui s'occupent de son cas s'entendent sur le fait qu'il représente un risque acceptable pour la société.

Son agente de libérations conditionnelles et son avocate ont répété aux commissaires que le parcours carcéral d'Éric Lamontagne au cours des dix-huit dernières années s'était déroulé sans violence.

Après avoir analysé le dossier d'Éric Lamontagne, la CLCC a reconnu son comportement conformiste au pénitencier, qu'il n'était pas un risque inacceptable pour la société et qu'il devait réintégrer la société de façon graduelle par les sorties structurées qui sont proposées.

Jeans et t-shirt bleu, barbichette grisonnante, cheveux fraîchement rasés, Éric Lamontagne a accueilli cette autorisation de sorties avec escorte avec un sourire. Il a salué les commissaires d'un « merci beaucoup » avant de quitter la salle d'audience du pénitencier où il était entendu en audience et retourner à ses occupations du pénitencier à sécurité minimum de la Montée Saint-François de Laval.

Éric Lamontagne a été condamné à la prison à vie en 2001 sans possibilité de libération conditionnelle avant 14 ans après avoir été trouvé coupable de meurtre au deuxième degré. La Cour d'appel a ordonné un nouveau procès en 2006 dans son dossier. Un an plus tard, Lamontagne a plaidé coupable à un meurtre au deuxième degré avec possibilité de libération conditionnelle après dix ans. Il a tenté de faire casser le verdict en Cour d'appel puis en Cour suprême, demandes qui lui ont été refusées.

Éric Lamontagne est admissible à une libération conditionnelle complète depuis le 22 novembre 2008.

Éric Lamontagne était détenu dans cette section du... (Archives, La Presse) - image 2.0

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Éric Lamontagne était détenu dans cette section du Centre fédéral de formation de Laval jusqu'à l'été dernier. Depuis juillet, il a été transféré à l'unité à sécurité minimale.

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«Avec moi, c'était le meilleur des pères»

Éric Lamontagne reconnaît que lorsqu'il a mis au point le stratagème pour tuer son père en novembre 1998, sa santé mentale « n'allait pas bien » et qu'il était « en colère » contre lui-même.

Dans les mois qui ont précédé ce moment tragique, Lamontagne présentait des troubles anxieux importants et peinait à sortir de chez lui sans avoir consommé drogue ou alcool.

Gaétan Lamontagne a été attiré au sous-sol du chalet voisin de sa résidence à Sainte-Catherine-de-Hatley par une supposée panne de chauffage à l'endroit dont il avait la charge en l'absence des propriétaires. Son fils l'y attendait, un couteau à la main, et y a commis l'irréparable.

« Le dimanche avant le jeudi du meurtre, ma soeur m'a appelé pour me dire qu'il fallait faire quelque chose pour aider maman. J'avais consommé du haschich ou de la marijuana, puis j'ai relu une lettre où ma mère décrivait mon père comme un monstre. Je me disais qu'il était responsable de tout », a expliqué Lamontagne aux commissaires de la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) en essuyant ses larmes au cours du récit de cette journée d'horreur de 1998.

Éric Lamontagne reconnaît que le geste qu'il a commis était nettement démesuré envers son père.

« Au moment de passer à l'acte j'étais en colère. Je vivais une colère contre le mari de ma mère. C'est lui que j'ai tué. Mais avec moi, c'était le meilleur des pères. En prison, j'ai réalisé que j'avais enlevé la vie à mon père. C'est à ce moment que j'ai réalisé ce que j'avais fait et j'ai pleuré (...) Maintenant, je comprends mieux ma colère. Avant, je la niais et je la refoulais », a expliqué Éric Lamontagne.

Médication

La médication prescrite à Éric Lamontagne pour traiter ses problèmes de santé mentale est ajustée depuis la fin de 2015 et a prouvé son effet. Le service de santé mentale en établissement, soit une équipe de psychologue, psychiatre et infirmière, considère que son état est stable.

« La médication va bien. Il a arrêté de chercher la pilule miracle et travaille maintenant sur des solutions et stratégies relatives aux problèmes qu'il rencontre », a expliqué son agente de libérations conditionnelles à la CLCC.

« Je suis maintenant capable de demander de l'aide. Toute cette aide a été positive pour moi. Il reste encore une cassette qui tourne dans ma tête, mais depuis une dizaine de mois, cette cassette tourne moins », a indiqué l'homme de 47 ans.

Il soutient vouloir mettre en pratique les stratégies de contrôle de son anxiété qu'il a apprises durant son séjour en prison qui dure depuis 18 années.

« Pour baisser mon anxiété, je fais des exercices de respiration, de la visualisation positive, des comptes à rebours et de la méditation à l'occasion. J'ai commencé à m'entraîner en faisant du tapis roulant, du vélo ou de la marche rapide ce qui contribue à faire baisser mon anxiété. Je n'avais jamais fait d'exercice de ma vie. Je me rends compte que ça m'aide », estime Éric Lamontagne.

Tous les tests de dépistage de drogue dans le cas d'Éric Lamontagne se sont avérés négatifs.

La CLCC a tout de même imposé une condition de ne pas consommer de drogue et d'alcool durant ses sorties avec escorte.

« J'ai appris que la drogue était un facteur contributif à mon passage à l'acte. Je l'ai reconnu et accepté. Maintenant, c'est banni la drogue avec les médicaments que je devrai prendre toute ma vie », a mentionné Éric Lamontagne devant la CLCC.

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