Le naturopathe Arnaud de Sorgher plaide coupable

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L'avocat de la défense, Me Alexandre Tardif, s'est montré satisfait qu'aucun lien n'ait été établi entre le décès d'Angèle Langlois et les manipulations cervicales faites par son client, le naturopathe Arnaud de Sorgher, que l'on aperçoit à droite sur la photo.

La Tribune, René-Charles Quirion

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(Sherbrooke) Aucun lien de cause à effet formel ne peut être établi entre le décès d'Angèle Langlois et la manipulation cervicale faite par le naturopathe sherbrookois Arnaud de Sorgher qui a tout de même reconnu des gestes de pratique illégale de la médecine, de la physiothérapie et de la chiropractie.

Arnaud de Sorgher a cependant reconnu, mercredi au palais de justice de Sherbrooke, avoir effectué des gestes réservés aux membres de ces trois ordres professionnels.

Devant le juge Paul Dunnigan de la Cour du Québec, il a reconnu des chefs d'accusation pénaux d'exercice illégal de la médecine en ayant posé un diagnostic, d'exercice illégal de la chiropractie en ayant fait des manipulations articulaires et d'avoir procédé à des manipulations vertébrales et articulaires sans avoir les attestations requises en physiothérapie. Cinq chefs d'accusation pénaux ont été abandonnés.

Une amende de 15 000 $ a été imposée à Arnaud de Sorgher à la suite de la suggestion commune de l'avocat de la défense Me Alexandre Tardif et du procureur aux poursuites pénales Me Stéphane Gauthier.

« Ce qui était important pour Arnaud de Sorgher, c'est qu'il n'y avait pas de lien qui pouvait être établi entre les manipulations faites par mon client et le décès d'Angèle Langlois. Ce n'était pas un charlatan. Mon client n'avait pas les attestations, mais il était hautement qualifié en Belgique. Arrivé au Québec, il a tenté de faire reconnaître ses diplômes. Mais comme c'est souvent le cas avec les ordres professionnels, il a eu de la difficulté à faire reconnaître ses compétences. Il a pris le chemin des naturothérapeutes où il pouvait émettre des reçus d'assurances. Si l'on regarde le Code des professions, il n'avait pas le droit de faire aucun geste. On se retrouve dans une situation où des gens l'ont mal informé. Il croyait fondamentalement avoir le droit de faire ces gestes », explique Me Tardif.

L'attention des ordres professionnels impliqués a été portée sur Arnaud de Sorgher après la publication du rapport du coroner concernant Angèle Langlois qui avait consulté le naturopathe dans les heures avant son décès en novembre 2014.

« Cette affaire a été portée à notre attention en février 2015. Arnaud de Sorgher a fait des aveux concernant les traitements qui lui sont reprochés en entrevue au 107,7 FM. Nous avons ensuite entrepris des démarches afin qu'il cesse de poursuivre ces manipulations qu'il faisait de façon régulière », explique le procureur aux poursuites pénales, Me Stéphane Gauthier.

Ce dernier a confirmé au tribunal « qu'il est difficile d'établir un lien entre les manipulations faites par Arnaud de Sorgher à Angèle Langlois et son décès. »

« Ce n'est pas aussi clair que dans le rapport du coroner. Nous avons une très très grande réserve à faire le lien entre la cause du décès d'Angèle Langlois et la manipulation cervicale faite par Arnaud de Sorgher. Ce sont des manipulations à risque et dangereuses, mais qui n'ont vraisemblablement pas de lien avec le décès d'Angèle Langlois qui est décédée d'une rupture d'anévrisme », a mentionné Me Gauthier au tribunal.

Une enquête publique du coroner aura lieu les 20 et 21 octobre prochains pour éclaircir les circonstances entourant le décès d'Angèle Langlois.

Arnaud de Sorgher a reconnu devant le tribunal que ce sont des manoeuvres dangereuses, mais qu'il possédait toute la formation pour les effectuer, mais sans avoir la reconnaissance au Québec des ordres professionnels impliqués.

« Mon client n'est pas un individu qui prétend guérir, qui déconseille de voir un médecin ou de cesser tout traitement. Il avait les connaissances pour effectuer les traitements qu'il a faits. Il a fait trois ans d'études en lien avec la physiothérapie, puis quatre ans en ostéopathie en Belgique. Arrivé au Québec, il n'a pas fait toutes les démarches d'accréditation pour ces ordres professionnels. Il a été induit en erreur », explique l'avocat de la défense Me Alexandre Tardif au tribunal.

Le naturopathe choisit de se réorienter

Arnaud de Sorgher a choisi de cesser toute activité dans le domaine de la santé.

Il a commencé des cours avec l'Autorité des marchés financiers (AMF) afin de pouvoir vendre des assurances. Ces démêlés avec les ordres professionnels des médecins, physiothérapeutes et chiropraticiens retardent toutefois ses projets de réorientation.

L'enquêteur du Collège des médecins, Jean-Louis Granger, explique que l'ordre professionnel est très satisfait de dénouement dans cette affaire.

« L'objectif du Collège des médecins est de protéger la population. Arnaud de Sorgher a cessé sa pratique. C'était l'objectif principal qu'il cesse de traiter des gens pour des problèmes de santé. Il n'avait pas le droit de le faire », explique Jean-Louis Granger.

Devant le juge Paul Dunnigan de la Cour du Québec, Arnaud de Sorgher a insisté sur le fait qu'il avait la formation requise pour effectuer les manipulations qui lui étaient reprochées tout en déplorant la discrimination relative à la reconnaissance de la formation à ce sujet qu'il a suivie en Belgique.

« J'ai beaucoup de formation en physiothérapie et ostéopathie que je n'ai pas le droit d'utiliser ici. J'aurais aimé que les ordres professionnels passent plus de temps à informer les immigrants qu'à les empêcher de travailler. Il semble y avoir une sorte de discrimination relative à des diplômes obtenus en Europe. Ce n'est pas parce que je ne suis pas reconnu par ces ordres que je suis incompétent », soutient Arnaud de Sorgher.

Arnaud de Sorgher a choisi de se tourner vers un autre domaine que celui de la santé malgré une clientèle bien établie et plusieurs années d'expérience.

« Si je vais chercher mes équivalences en ostéopathie, je n'ai pas plus le droit de faire des manipulations. Il y a juste trois ordres qui ont le droit. Je devrais faire des équivalences en physiothérapie et en ostéopathie. C'est beaucoup d'études pour retravailler dans un domaine où j'avoue avoir été écoeuré par le système. Ce sont des études que j'ai déjà ainsi que beaucoup d'autres formations également que je ne peux utiliser ici », constate Arnaud de Sorgher.

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