Inceste : le sort de l'accusé repose sur la crédibilité de ses deux filles

L'avocate de la défense Me Stéphanie Côté et... (La Tribune, René-Charles Quirion)

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L'avocate de la défense Me Stéphanie Côté et Me Audrey Parizeau.

La Tribune, René-Charles Quirion

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(SHERBROOKE) Le sort de l'individu de 35 ans accusé de gestes à caractère sexuel sur deux de ses filles se jouera sur la crédibilité accordé par le jury aux témoins appelés à la barre lors de son procès qui se déroule à Sherbrooke.

La procureure aux poursuites criminelles Me Laïla Belgharras et l'avocate de la défense Me Stéphanie Côté ont présenté leurs plaidoiries, lundi, au palais de justice de Sherbrooke.

L'accusé, dont l'identité fait l'objet d'une ordonnance de non-publication pour protéger celles des victimes alléguées, fait face à huit chefs d'inceste, agression sexuelle, incitation à des contacts sexuels et attouchements sexuels entre 2005 et 2008 ainsi que des attouchements sexuels et incitation à des contacts sexuels entre 2013 et 2014.

L'avocate de la défense a tenté de miner la crédibilité des deux victimes alléguées en soulignant les contradictions dans leurs témoignages. Me Côté a décrit la plus jeune victime comme étant « un perroquet et une éponge » rappelant qu'elle avait mentionné lors de son interrogatoire vidéo répéter ce que sa soeur lui avait dit concernant les gestes allégués.

« Pour l'autre fille, maintenant adolescente, il y a beaucoup de contradictions qui ne sont pas banales. Des ''je ne sais pas'', ''je ne me rappelle pas... '' On ne peut condamner un accusé sur des gestes aussi graves avec une présumée victime qui avoue avoir menti aux policiers, à son frère, à sa mère et à sa belle-mère. Dans tous ces témoignages, ce sont des mots d'adulte dans une bouche de fillette. Elle a témoigné avoir raconté des événements à ses amis à l'école parce qu'elle voulait de l'attention (...) C'est un conflit parental avec une ex-conjointe qui est à l'origine de ces allégations », a plaidé Me Côté.

Me Laïla Belgharras a souligné le courage de la plus vieille des victimes alléguées qui est venue témoigner lors du procès devant un jury composé de sept femmes et cinq hommes. Elle a rappelé des passages du journal intime de ce témoin en citant notamment : ''J'aime pas ça quand mon père faire l'amour avec moi (sic)''.

« Elle avait des souvenirs clairs et précis de meubles, de vêtements. Elle décrivait les lieux, les salons, des salles de bain. Elle a décrit ses sentiments, ses émotions, sa peur de se retrouver seule avec son père. Les sensations qu'elle décrivait ne rendent-elles pas plausibles qu'elle les a vécues, ressenties? Il est normal que les mots utilisés par une adolescente pour décrire des gestes à caractère sexuel qu'elle a vécus entre cinq et huit ans diffèrent (...) Il faut analyser les témoignages de ces enfants et les mots érotiques utilisés pour décrire les gestes, alors que ces enfants n'ont pas eu d'éducation sexuelle », plaide Me Belgharras.

Témoignage

L'avocate de la défense mentionne que son client est venu dire au jury qu'il était impossible que les gestes dont il est accusé soient arrivés.

« Ce qui l'a surpris entre les deux vidéos, c'est que les deux filles utilisaient les mêmes mots. Que c'était la même verbalisation de deux petites filles à huit ans de différence. C'est un dossier où la crédibilité des témoins est primordiale (...) L'accusé a livré un témoignage franc, honnête et crédible », a indiqué Me Côté.

La procureure aux poursuites criminelles a décrit le témoignage de l'accusé comme étant « froid, préparé, mécanique ».

« Avez-vous porté attention à son non-verbal, à son regard fuyant? Il était empreint de grandes généralités en utilisant les termes jamais et toujours, alors que rien n'est jamais tout noir ou tout blanc (...) Croyez-vous l'accusé lorsqu'il vous dit que c'est impossible que ces gestes soient arrivés? Il a eu plusieurs opportunités de le faire la nuit quand il gardait seul les enfants chez son ex-conjointe, lors des moments où il allait la chercher à l'école, lors de l'année où il restait seul ou lorsque sa femme enceinte restait au lit parce que trop fatiguée », a soulevé la procureure aux poursuites criminelles.

Me Côté a mentionné que son client avait témoigné honnêtement en répondant à toutes les questions de façon transparente.

« Mon client n'avait pas l'obligation de témoigner pour prouver son innocence. C'est au ministère public de prouver sa culpabilité », a conclut Me Côté en demandant au jury d'acquitter son client des accusations portées.

Le ministère public a demandé le contraire au jury en estimant s'être déchargé de son fardeau sur tous les chefs d'accusation portés.

« Si vous êtes sûrs que pour toutes les fois qui ont été décrites, c'est arrivé une seule fois, c'est suffisant pour déclarer l'accusé coupable », a indiqué Me Laïla Belgharras.

Le juge Yves Tardif de la Cour supérieure donnera ses directives au jury mardi après-midi avant de les séquestrer afin qu'ils rendent un verdict unanime.

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