Plusieurs facteurs à l'origine des crimes de Fortier

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Le sexologue Alain Desharnais traite Simon Fortier derrière les barreaux au Centre de détention de Sherbrooke.

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(Sherbrooke) Abus sexuel dans son enfance, fragilisation par rapport aux filles plus jeunes à l'adolescence, grande anxiété, désir obsessif de plaire, les facteurs qui ont poussé Simon Fortier à commettre de crimes sordides de leurre informatique d'enfant à caractère sexuel sont multiples.

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La criminologue Chantal Huot a déposé le rapport de délinquance sexuelle de Simon Fortier.

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Coupable de 113 chefs d'accusation de leurre informatique, incitation à des contacts sexuels, possession, production et distribution de pornographie juvénile et extorsion sur 64 victimes, Fortier subit les observations sur la peine dans son dossier au palais de justice de Sherbrooke.

Déjà en thérapie

Le sexologue clinicien sherbrookois Alain Desharnais a été embauché par la famille Fortier pour entreprendre une thérapie auprès de l'accusé au printemps 2015. Appelé à la barre comme témoin expert par l'avocat de la défense Me Jean-Guillaume Blanchette, le sexologue a indiqué au tribunal que Simon Fortier avait entrepris une réflexion relativement aux crimes qu'il a commis entre mai 2012 jusqu'à son arrestation en octobre 2014.

« Il a engagé une réflexion pour comprendre comment un individu comme lui a pu se lancer dans une entreprise de séduction aussi laide », a témoigné le sexologue.

Ce dernier a indiqué au tribunal que l'individu de 32 ans manifeste un souci relativement aux conséquences de ces abus sur ses victimes.

« Dans les derniers temps à l'approche de cette étape au tribunal, il a été mis en contact des conséquences sur les victimes à travers les documents du tribunal. Il a pris conscience des conséquences et en a constaté les effets réels (...) Il a écrit une lettre où il s'est mis dans la peau de l'une des victimes et a décrit ce qu'il pensait qu'elle pouvait avoir vécu. C'était une tentative de se mettre dans la peau des gens qu'il a blessés. Tant qu'il n'aura pas tout compris, il n'arrêtera pas de chercher », croit Alain Desharnais qui a déposé au tribunal un rapport relativement aux rencontres thérapeutiques réalisées avec Simon Fortier au Centre de détention de Sherbrooke.

La criminologue Chantal Huot, qui a rédigé le rapport d'évaluation en délinquance sexuelle de Fortier, a mentionné qu'il avait commencé à prendre conscience de ses torts.

Elle évalue le risque de récidive plus grand à moyen terme qu'à court terme.

« Les agressions sexuelles vécues dans son enfance peuvent être un facteur qui l'ont fragilisé. Il a fait des choix à travers des facteurs prédisposant (...) Le pouvoir étant un besoin important, il tentait d'aller le chercher par le contrôle et la manipulation qu'il avait envers ces enfants victimes », a mentionné la criminologue appelée à la barre par la procureure aux poursuites criminelles Me Joanny Saint-Pierre.

Le sexologue Alain Desharnais a indiqué au tribunal qu'autant Simon Fortier appréhendait de recevoir sa peine, qu'autant il anticipait cette condamnation avec un sentiment de libération « afin de pouvoir passer à la reconstruction après cette période épouvantable ».

Même scénario

Le prédateur sexuel a utilisé sensiblement la même façon de procéder pour attirer 64 jeunes filles mineures et un garçon dans ses griffes. Certaines des victimes fréquentaient même les écoles primaires où il enseignait.

Par trois profils féminins sur Facebook, il disait être en lien avec une agence de mannequins pour approcher les jeunes victimes adolescentes. Il a incité plusieurs de ses victimes à se toucher à des fins d'ordre sexuel et à commettre ces gestes sur d'autres fillettes devant la webcam. Il a même incité à des gestes de bestialité en demandant à une victime de commettre des gestes sexuels avec un chat.

Dans certains autres cas, il menaçait de rendre publiques des photos ou des vidéos compromettantes ou de répandre des rumeurs sur ses victimes si elles n'obéissaient pas à ses demandes.

À partir de son ordinateur à Sherbrooke, il cherchait à attirer des adolescentes non seulement de sa ville, mais aussi de Lévis, Trois-Rivières, Québec, Mont-Joli, Chicoutimi, Saint-Malachie en Beauce, Saint-Félix-de-Valois près de Joliette, Victoriaville, Pointe-aux-Trembles et Edmundston au Nouveau-Brunswick.

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Simon Fortier

Archives, La Tribune

Les témoignages se poursuivent à huis clos

Les victimes de l'ancien professeur d'éducation physique sherbrookois Simon Fortier ont eu peine à parler des crimes de leurre informatique à caractère sexuel vécus.

Comme pour les témoignages de la quinzaine de victimes de l'individu de 32 ans qui se sont déroulés mercredi et jeudi matin, les interrogatoires vidéo des victimes, qui ont permis d'étayer la preuve, ont été frappés d'une ordonnance de huis clos.

Pour justifier la requête de huis clos, la procureure aux poursuites criminelles Me Joanny Saint-Pierre a indiqué au tribunal qu'il avait été très difficile pour la plupart des jeunes filles, âgées de 10 à 12 ans, de verbaliser les gestes dont elles ont été victimes.

Lors du dépôt de leur version aux policiers, certaines préadolescentes y ont donné des détails intimes de leur vie. Des détails que même leurs parents n'ont pas entendus. Me Saint-Pierre estime que la seule façon de s'assurer de préserver la confiance envers le système de justice pour ces victimes demeurait l'imposition d'un huis clos, soit d'interdire l'accès au tribunal aux médias et au public.

« L'intérêt supérieur de ces enfants doit être gardé à l'esprit », a rappelé au tribunal Me Saint-Pierre.

En accordant le huis clos pour l'audition de ces extraits vidéo, le juge Érick Vanchestein de la Cour du Québec a tenu compte que les victimes étaient à un âge très fragile de leur développement et qu'elles ne souhaitent pas que leur histoire soit publique même si elles ne sont pas identifiées.

« Pour avoir entendu les témoignages de ces victimes, elles ont de la difficulté à exprimer la situation qu'elles ont vécue », a mentionné le juge Vanchestein en gardant à l'esprit qu'il faut favoriser la dénonciation et la participation des victimes au système de justice.

Il a conclu que l'intérêt bénéfique pour les victimes était supérieur au préjudice subi par le public en accordant un huis clos sur cette partie des observations sur la peine.

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