Porno juvénile : la traque s'intensifie, les accusations s'empilent

Selon les données obtenues par le Direction des poursuites criminelles et... (IMACOM, Jocelyn Riendeau)

Agrandir

IMACOM, Jocelyn Riendeau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
La Tribune

(SHERBROOKE) Selon les données obtenues par le Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP), le nombre de dossiers portant sur des accusations portées en vertu de l'article 163,1 du Code criminel concernant la pornographie juvénile est en hausse constante depuis 2009. La Tribune a voulu faire le point sur ce fléau à la suite de nombreuses arrestations survenues récemment.

Simon Fortier, René Roberge, François Blouin, Fernand Fortin, Joël Gagné; les cas en lien avec la pornographie juvénile et de leurre d'enfants se sont multipliés au cours des dernières années en région.

Que ce soit l'enseignant du primaire Fortier qui vient de plaider coupable pour s'être fait passer pour la responsable d'une agence de mannequins dans le but que se dévêtissent des mineurs, le Sherbrookois Roberge qui s'est fait piéger en Floride ou l'ancien policier Blouin qui consommait des images de jeunes filles prépubères de l'étranger, personne n'est à l'abri lorsqu'il est question de protection en matière d'exploitation sexuelle des enfants.

> Priorité aux jeunes victimes

Le nombre de dossiers concernant la possession, la distribution, l'accès et la production de pornographie juvénile est passé de trois dossiers dans les districts judiciaires de Sherbrooke et Lac-Mégantic en 2009, à cinq en 2010, sept en 2011, six en 2012 à quinze en 2013.

De 2012 à 2013, le nombre de chefs d'accusation portés est passé de 10 à 31 dans ces deux districts judiciaires.

L'Équipe d'enquêtes sur l'exploitation sexuelle des enfants sur internet (ESEI) de la Sûreté du Québec a enrichi ses effectifs de façon substantielle en 2012. Si le nombre d'arrestations était en dessous des 40 suspects par année avant 2012, en 2013 l'ESEI en a arrêté plus de 140.

«Environ une vingtaine d'enquêteurs travaillent sur les signalements qui proviennent tant du Québec que de l'étranger. Deux enquêteurs de la GRC font partie de l'équipe. Les policiers des services des enquêtes régionales participent aussi aux dossiers relatifs à la pornographie juvénile. Nous sommes plus de 250 qui se joignent à notre force de frappe. Nous avons les moyens pour travailler adéquatement dans notre créneau d'enquête. Les ressources sont utilisées au maximum pour être plus rapides et efficaces», explique le lieutenant Jean Lafrenière de l'ESEI de la SQ.

Exploitation sexuelle

Les corps de police de Québec, Gatineau, Longueuil, Laval ainsi que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) travaillent aussi les dossiers sur l'exploitation sexuelle des enfants de leur territoire.

Lors de l'opération «mainmise» en novembre 2013, près d'une vingtaine de dossiers sur les 32 arrestations ont été menés par les divisions d'enquêtes régionales de la SQ. Six arrestations en lien avec cette opération avaient été effectuées en Estrie.

Dans le dossier de Simon Fortier, ce sont des enquêteurs du poste de la MRC du Haut-Saint-François qui y ont travaillé dans un laps de temps assez court.

Les cas de leurre d'enfants dans le but de les exploiter sexuellement comme celui de l'enseignant sherbrookois ne sont pas exceptionnels.

«Certains adolescents deviennent des cibles pour des prédateurs sexuels qui savent comment s'y prendre pour les exploiter sexuellement. Souvent, les gens oublient que ce qui est diffusé sur internet peut facilement devenir public. Pour certains, il n'y a pas d'interdit», ajoute le porte-parole du Centre canadien de protection de l'enfance, René Morin.

La pornographie juvénile peut aussi être plus subtile. Me Mia Manocchio a déjà défendu un accusé qui a été reconnu coupable de production de pornographie juvénile par ses écrits.

Joël Gagné d'East Angus traquait ses victimes sur le réseau MRCI sur laquelle il avait inscrit : «Homme cherche femme qui me laisserait abuser de ses enfants» en 2008.

«C'est la Cour d'appel qui a tranché le débat. Les trois juges ont déterminé que la pornographie juvénile ne s'appliquait pas qu'à des photos ou des images vidéos, mais aussi à des écrits explicites à caractère sexuel», explique la criminaliste Me Mia Manocchio.

La SQ traite de 300 à 500 signalements par année relatifs à la pornographie juvénile.

«Les administrateurs de plusieurs sites à l'international sont conscientisés et nous signalent les suspects potentiels par le centre national de la GRC. Certaines compagnies privées disposent de robots pour retracer les consommateurs et distributeurs de pornographie juvénile», explique le lieutenant Lafrenière.

Le Centre canadien de protection de l'enfance qui gère le site internet cyberaide.ca contribue à lutter contre l'exploitation sexuelle des enfants en agissant comme interface entre les corps policiers et la population.

«De tous les signalements que nous recevons, environ 90 pour cent concernent la pornographie juvénile. Nous recevons des signalements anonymes qui sont transmis aux corps policiers. Ils sont traités en moins de 48h», assure le porte-parole du Centre canadien de protection de l'enfance, René Morin.

Le site cyberaide.ca reçoit environ 3000 signalements à travers le pays, dont 18 pour cent au Québec.

«Nous pouvons recevoir plusieurs signalements pour une même image. Les signalements que nous avons transmis ont mené à 440 arrestations policières et à la dénonciation de 468 situations d'abus. En 2010 nous recevions environ 700 à 800 signalements par mois et nous sommes rendus à plus de 3000. Ça ne veut pas dire qu'il y a davantage de cas, mais on en parle plus. Il y a une plus grande vigilance à ce sujet», signale René Morin.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer