«Je crois toujours en la libération de ma soeur»

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Judith et David Brassard

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(SHERBROOKE) Six ans après l'emprisonnement en Colombie de sa soeur, le Sherbrookois David Brassard garde espoir que justice soit faite.

Le reportage d'Enquête, diffusé jeudi dernier, donne un nouveau souffle à la famille de Judith Brassard qui se bat depuis plusieurs années pour sa libération.

«Ce reportage nous donne de la crédibilité et de la visibilité. Nous espérons qu'il contribuera à avoir davantage d'écoute de la part du gouvernement de Stephen Harper», souligne David Brassard, qui déplore l'inaction, jusqu'ici, du gouvernement fédéral dans ce dossier.

La Québécoise Judith Brassard purge une peine d'emprisonnement de 28 ans pour avoir commandé le meurtre de son conjoint colombien à partir de Montréal, en décembre 2006, un crime qu'elle jure ne pas avoir commis.

« Non seulement le gouvernement canadien ne nous a pas aidés, mais il nous a menti. En effet, le ministère des Affaires étrangères nous a écrit une lettre disant qu'il ne pouvait s'immiscer dans le processus judiciaire à l'étranger, alors qu'on a vu le cas d'un jeune Ontarien, Cody LeCompte, qui a été libéré en moins de trois mois après avoir reçu l'aide du gouvernement canadien. Ce jeune de 19 ans était responsable d'un accident de voiture à Cuba où les procédures judiciaires demandent normalement au moins deux ans», lance M. Brassard pour expliquer la frustration de la famille.

Les départements de Justice du nord de la Colombie, où s'est déroulé le procès de Mme Brassard, ont la réputation d'être parmi les plus corrompus du pays.

«Le rapport de l'ombudsman colombien a démontré en 2012 qu'il n'existait aucune preuve que ma soeur a joué un quelconque rôle dans l'assassinat de son mari. Malgré tout, la Cour suprême de la Colombie confirmait en juin 2013 le verdict de culpabilité de Judith et épuisait du même coup tous ses recours en justice. Sans aucune preuve, la Cour suprême a simplement dit que ma soeur était celle qui avait le plus à gagner dans la mort de son mari», relate le frère cadet de Judith Brassard rappelant que la présomption d'innocence existe pourtant en Colombie.

«Certains Colombiens haut placés sont tannés d'avoir l'image d'un système de justice corrompu alors les choses pourraient bouger.»


À la suite de la diffusion du reportage d'Enquête, les portes s'ouvrent beaucoup plus facilement pour la famille Brassard, ici, au Canada. «Quatre personnes du NPD vont prendre en main le dossier de Judith à Ottawa. Notamment Pierre-Luc Dusseault, mon député à Sherbrooke, et aussi Paul Dewar, responsable des affaires étrangères, et Wayne Martson, porte-parole en matière de droit de la personne et en matière d'affaires consulaires. Parmi les députés qui ont vu le reportage d'enquête, tous sont d'accord pour dire que Judith n'a pas eu droit à un procès juste, c'est évident», explique M. Brassard, enseignant en sciences à l'école Le Triolet.

Le 13 octobre, le même reportage diffusé sur les ondes de Radio-Canada jeudi dernier sera diffusé en espagnol en Colombie sur une chaîne de télévision importante.

«On va attendre de voir l'impact de cette diffusion. Certains Colombiens haut placés sont tannés d'avoir l'image d'un système de justice corrompu alors les choses pourraient bouger. Sinon, nous regarderons avec le gouvernement, s'il veut collaborer avec nous, et nous nous adresserons à la Commission interaméricaine des droits de l'homme à Washington», souligne le frère cadet de Judith Brassard.

Une pétition a été mise en ligne vendredi sur le site freejudith.org et plus de 1600 signatures ont déjà été cumulées.

Retour en arrière

Il y a environ 20 ans, Mme Brassard rencontrait Felipe Rojas, son mari d'origine colombienne à Québec, alors que celui-ci visitait la capitale. Après s'être marié à Québec, ville natale de la mariée, le couple s'était installé à Santa Marta en Colombie. Le couple a eu deux enfants, Felipe David et Mariana, aujourd'hui âgés respectivement de 15 ans et de 18 ans.

Le 4 décembre 2006, Felipe Rojas est atteint de trois balles dans les rues de Santa Marta. Le meurtre a été commandé par un paramilitaire ayant des antécédents judiciaires qui était le conjoint de la «bonne» de la famille Rojas-Brassard. Celui-ci, avec l'espoir de réduire sa peine, témoigne que Judith Brassard lui a demandé de tuer M. Rojas. Il se rétractera par la suite, mais la Cour suprême n'en tiendra pas compte, ni du fait que Mme Brassard n'a jamais eu de contact téléphonique avec l'auteur du crime, tel que ce dernier l'avait précédemment affirmé.

En entrevue avec La Tribune, hier, David Brassard a assuré que les deux enfants de sa soeur Judith sont convaincus que leur mère n'a rien à se reprocher dans le meurtre de leur père. Les deux adolescents vivent aujourd'hui dans la famille de leur père, à Santa Marta.

«Je crois toujours en la libération de ma soeur. Pas à court terme, mais à moyen terme, j'y crois», déclare, confiant, M. Brassard.

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