Il a eu envie de tester le système des fraudeurs

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(Sherbrooke) « Mon nom est mademoiselle Sylvie Cossette, je vie au Quebec, je suis orpheline, j'ai 24 ans, je voudrais me confié à vous. Mes parents sont mort dans un accident de voiture. Mon défunt père était associé d'une compagnie pétrolière. J'ai hérité de la somme total 12 000 000 $ loger dans une mallette métallique pour confié à une compagnie de finance sécurité gardiennage. »

Voilà, toutes fautes d'orthographe incluses, le message qu'a reçu Yves Bellefleur, un Sherbrookois qui a décidé de répondre à la demande « d'aide urgente», au « cri de désespoir » de cette jeune femme. Non, il n'était pas dupe. Il savait très bien que c'était une escroquerie grâce à plusieurs indices. Il avait simplement envie de tester le système de ces fraudeurs pour s'amuser - puisqu'il se doutait bien qu'il se ferait demander de l'argent, voire beaucoup d'argent!

Dans toute cette correspondance électronique, « je n'ai jamais donné le moindre détail personnel qui pourrait me causer des ennuis, comme mes numéros de carte de crédit», précise M. Bellefleur.

Celui-ci avait été surpris d'apprendre, par le biais des pages de La Tribune en décembre dernier, qu'un homme de Windsor s'était récemment fait flouer de 45 000 $ en envoyant de l'argent à une femme de la Côte d'Ivoire.

Une fois plusieurs courriels en main, Yves Bellefleur a décidé de transférer son échange au Centre antifraude du Canada (CAFC). La réponse a été pour le moins... légère.

Le courriel, une simple réponse automatique traduite en français et en anglais, indique clairement qu'« étant donné la grande quantité de courriels qui nous sont envoyés, vous ne recevrez aucun suivi. »

La suite se lit comme suit : « Le CAFC est le dépôt central de données sur les fraudes. Notre unité d'analyse de renseignement criminel fournit un soutien aux agences responsables de l'application de la loi en analysant les données sur les fraudes soumises au CAFC. Nous recommandons fortement aux consommateurs de communiquer au préalable avec leur service de police local afin de signaler une fraude.»

Téléphoner à son service de police local, voilà d'ailleurs ce que conseille Aurélie Guindon, agente d'information à la Sûreté du Québec (SQ) en Estrie.

Porter plainte ne signifie pas, toutefois, qu'elle va aboutir à des accusations, loin de là, car le degré de difficulté de ce genre d'enquête est souvent très, très élevé.

« Comme dans tous les événements, la SQ va initier l'enquête à partir de la prise de plainte au poste local. Pour le cheminement du dossier, plusieurs personnes peuvent entrer en jeu. Règle générale, l'enquête sera faite par l'enquêteur du poste concerné, mais celui-ci peut faire appel à d'autres intervenants, comme des techniciens en extraction de données, des enquêteurs d'autres unités d'enquêtes (Module d'enquête régionale de l'Estrie, Division des enquêtes sur l'intégrité financière...)», ajoute la policière.

Comment s'expliquer qu'aussi peu de gens puissent retrouver leur argent à la suite d'une telle enquête, pourtant prise au sérieux par les corps policiers locaux?

« L'identification des suspects est difficile dans ce genre de cause. Les compagnies qui font du transit d'argent n'identifient pas toujours formellement, comme le feraient les policiers, les personnes qui viennent chercher l'argent à la fin de la transaction. Ainsi, si les suspects utilisent de fausses pièces d'identité, il devient difficile pour les policiers de les retracer... Il faut aussi savoir qu'une simple vérification, qui serait facile au Québec, est laborieuse dans un pays étranger.»

Ainsi, même si de bonnes sommes ont été transférées en Côte d'Ivoire ou ailleurs, il est fort difficile de surmonter tous les obstacles qui se dressent entre le Québec et les véritables fraudeurs, bien protégés par différents faux papiers d'identité et dispersés à travers le globe.

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