«Est-ce que ça va?», a crié Diane en abandonnant le dîner qu'elle concoctait, sachant très bien que Raymond Demers, son époux, était allé prendre une douche au deuxième palier de la résidence. Il venait de passer deux heures et demie à pelleter et à souffler de la neige avec Frédéric, le fils du couple, qui habite en face, à Magog.
Justement, Frédéric se trouvait chez ses parents pour le dîner, sa femme et ses deux jeunes enfants s'étant absentés pour la journée. Il venait précisément de mentionner à sa mère qu'il serait peut-être bon que Raymond voit un médecin. Il l'avait trouvé anormalement essoufflé à la fin du contrat qu'ils s'étaient solidairement octroyé en cette belle journée ensoleillée.
Raymond Demers, 60 ans, une force de la nature qui n'a jamais été malade et qui n'a même pas de médecin de famille, n'a jamais répondu à son épouse en ce dimanche 27 février 2011. Devant ce soudain silence, Frédéric s'est tout de suite rué au deuxième étage, dépassant même sa mère dans l'escalier. Il se doutait bien que quelque chose n'allait pas.
«Papa était étendu sur le plancher de la chambre, le lit cachant son corps. Mais je voyais sa tête; il était inanimé», rappelle Frédéric.
«Vite, maman, appelle le 911», a-t-il lancé à Diane.
Raymond Demers, bien connu en Estrie pour avoir notamment fondé CHARMES et oeuvré chez Teknika HBA, venait d'être victime d'un arrêt cardiaque. Sans avertissement aucun, si ce n'est qu'un léger étourdissement pendant que fiston remisait pelles et souffleur à neige. Pas de serrement à la poitrine, pas d'engourdissement, rien. Son coeur a cessé de battre et l'homme s'est écrasé sur le plancher.
Immédiatement, Frédéric, avec toute la fougue de ses 35 ans, entreprend de masser le coeur de son père. Huit années plus tôt, alors qu'il travaillait chez Via Rial, au service à la clientèle, il avait reçu une formation intensive en secourisme d'une durée de six jours durant laquelle on lui avait même appris comment on pouvait même venir à la rescousse d'une personne dont les jambes avaient été sectionnées par un train!
«J'ai mis l'émotion de côté et je suis tombé en mode action», rappelle le fils.
Il n'y avait plus aucun souffle de vie chez son père. Pas de respiration, pas de pouls, rien qu'un visage qui venait de tourner du beige au bleu.
Frédéric a massé. Et encore massé. «Le coeur a repris», se souvient-il avec émotion.