La fin d'une époque sur Galt Ouest

Martin Fortier  et un employé Camille Audy.... (Imacom, Claude Poulin)

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Martin Fortier  et un employé Camille Audy.

Imacom, Claude Poulin

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Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune

(Sherbrooke) Depuis 36 ans et demi, Martin Fortier opère la station d'essence située au 2103 rue Galt Ouest. «J'ai ouvert le 28 juin 1976 à 7h du matin. Je me souviens encore du nom de mon premier fournisseur!», se remémore le garagiste.

Le 6 décembre prochain sera la dernière journée de travail pour M. Fortier et ses huit employés. En août dernier, à son retour de vacances, M. Fortier a appris que l'entreprise Ultramar ne renouvellerait pas son bail de location des immobilisations. Ainsi la pétrolière lui retire l'accès au terrain, à la bâtisse, aux pompes.

C'est par conséquent la dernière saison de changements de pneus à la station. «Le plus difficile est d'apprendre la fermeture à nos clients. Ils sont vraiment assommés et démoralisés. Il y en a qui sont même choqués, car pour eux, j'étais là pour la vie», explique M. Fortier en racontant l'histoire de cet homme de 82 ans qui n'a su retenir ses larmes à l'annonce de la fermeture de la station.

«Il était client depuis le tout début, soit 36 ans et demi! J'avais aussi des clients déménagés à Montréal et Laval depuis plusieurs années qui continuaient de venir me voir trois fois par an. Une d'entre elles est allée pleurer dans son auto après que je lui ai fait l'annonce. C'est très émouvant», révèle celui qui n'a jamais lésiné sur le service à la clientèle.

«Je suis déjà allé chercher la voiture d'un client à Montréal dans une tempête parce qu'on allait lui facturer une somme qui n'avait pas d'allure. Il faut rester honnête avec nos clients. Aussi, plusieurs de mes fidèles clients sont rendus en résidence pour personnes âgées alors il n'était pas rare que j'aille chercher leur voiture pour leur changement de pneus quand ils ne se sentaient pas bien», raconte celui dont le père a aussi été garagiste.

Un client qui vient d'apprendre la fermeture prochaine confirme la déception générale. «Je suis un client fidèle et de longue date. J'ai toujours été servi avec diligence, respect et qualité. C'est avec tristesse que j'encaisse la nouvelle», témoigne Jean Desclos.

Des employés émotifs

À 61 ans, M. Fortier prendra sa retraite un peu plus tôt que prévu. Mais avant, il a eu la tâche ingrate d'apprendre à ses employés, un à un, la triste nouvelle.

«Je voyais que Martin n'était pas comme d'habitude alors j'ai eu des doutes. Mais quand il me l'a appris, il y a eu des larmes», confie Camille Audy qui compte 28 ans d'ancienneté à la station.

M. Audy doit maintenant avertir à son tour la clientèle. «Quand on l'annonce, c'est encore plus vrai. Et certains nous font des accolades. Ça devient de plus en plus émotif», révèle le conseiller technique de 50 ans qui a remis son c.v. à jour.

M. Audy avait même envisagé prendre la relève de M. Fortier dans deux ans. Les plans ont changé et M. Audy avoue qu'il devra se serrer la ceinture dans le temps des Fêtes. «Le temps de trouver autre chose. Prendre des décisions.»

Pour Marc Paradis qui est préposé au service depuis 23 ans à la station, le choc a été énorme. «Je suis tombé par terre. Cela m'a fait un gros trou. Je réalise de plus en plus ce qui m'arrive et j'ai de la difficulté à dormir», confie l'homme de 57 ans qui espère retrouver du travail dans son domaine.

Pendant ce temps, un client paie sa facture en racontant, accoté au comptoir, son état de santé et son récent statut de non-fumeur.

Celui qui le sert écoute avec attention les dernières confidences d'un des nombreux habitués de la place.

Les employés commencent leur deuil. Deuil de leur clientèle. Deuil de leur camaraderie. Deuil d'une époque.

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