Cooptel en guerre contre le CRTC

Ariane Faribault

Ariane Faribault
La Voix de l'Est

(Valcourt) Les petites compagnies locales de téléphonie, dont la coopérative de télécommunications Cooptel basée à Valcourt, sont littéralement parties en guerre contre le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). C'est que l'organisme a décidé de permettre la concurrence sur les territoires qui leur étaient autrefois réservés, sans toutefois imposer les mêmes contraintes aux grandes compagnies qui désirent s'y implanter. Après de nombreuses démarches auprès du CRTC et du gouvernement fédéral, les petites entreprises réclament maintenant l'appui de leurs membres et clients, par le biais d'une pétition lancée en début de semaine.

« Nous sommes d'accord pour ouvrir les marchés à la compétition, mais malheureusement, les règles du jeu ne sont pas les mêmes pour nous et la compétition, indique Michel Laurent, directeur général de Cooptel. Nous, nous avons l'obligation de desservir tous les clients, même celui qui reste dans le fond du rang, mais la compétition n'a pas cette obligation. Or, ces clients qui demeurent très loin sont ceux qui coûtent le plus cher à desservir. En plus, ces compagnies pourront offrir le prix qu'elles veulent, alors que moi, je ne peux pas. Actuellement, mon tarif est de 25 $ par mois et si je veux le modifier, même si ce n'est que pour le mettre à 25,05 $, ça me prend l'autorisation du CRTC et je dois justifier l'augmentation. Les grandes compagnies n'ont pas ces obligations, elles peuvent jouer comme elles veulent avec leurs prix. «

En plus, les compagnies indépendantes qui desservent plus de 3000 abonnés - c'est notamment le cas de Cooptel - devront même payer pour que leur futur compétiteur se raccorde à leur réseau. « Le CRTC dit que ce sont les compagnies déjà sur place qui doivent assumer les coûts d'implantation de l'autre sur son réseau, précise M. Laurent. On va devoir dépenser pour que l'autre s'implante et vienne prendre nos clients! «

La décision du CRTC d'ouvrir la concurrence est tombée en mai 2011. Depuis ce temps, l'Association des compagnies de téléphone indépendantes du Québec, qui regroupe neuf compagnies, a demandé à trois reprises au CRTC d'en appeler de la décision, mais l'organisme n'a pas donné suite à ces demandes. En février dernier, elle a fait appel au conseil des ministres, afin que le gouvernement exige une révision de la décision. L'Association attend toujours une réponse à cet effet.

Pétition

Mais pour aller plus loin, les compagnies locales demandent maintenant à leurs clients de joindre leur voix au mouvement, en signant une pétition, disponible notamment dans les bureaux de Cooptel et en ligne, au www.actq.qc.ca

« Notre objectif est de recueillir 10 000 signatures au Québec, et les autres compagnies concernées au Canada (22 en Ontario et une en Colombie-Britannique) font aussi signer des pétitions», souligne M. Laurent.

Si elles multiplient les démarches, c'est que les compagnies s'inquiètent des conséquences que pourrait avoir une telle décision sur leur clientèle rurale. « Si on nous enlève des clients dans le coeur du village et que nous, nous sommes pris à desservir uniquement les clients à l'extérieur du village, on pourrait se retrouver dans une situation financière difficile, fait-il valoir. Si on extrapole et qu'on met ça au pire, on pourrait faire faillite et alors les gens à l'extérieur des villages n'auraient plus le téléphone du tout. Si toutes les petites compagnies font faillite, ce serait 13 000 clients au Québec qui seraient privés de téléphone. C'est impensable en 2012. On reviendrait à l'âge de pierre ou aux Arpents verts. «

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer