Le logiciel libre propose un potentiel d'économie incroyable

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Benoît des Ligneris

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(Sherbrooke) Un choix « critique pour le futur » attend le gouvernement Charest en février, acculé par le géant Microsoft qui cessera de supporter son système d'exploitation Windows XP dans deux ans. Résultat? Une migration massive à prévoir pour les quelque 400 000 postes informatiques de l'État, estimée à 800 millions $.

Des chiffres jugés encore trop timides par Benoît des Ligneris, président de l'Association professionnelle des entreprises de logiciels libres (APELL) et de Révolution Linux.

« La migration est évaluée à environ 2000 $ par poste de travail. Nous pensons que le coût total réel est plutôt compris entre 3000 et 6000 $ par unité. Comme tous les gros projets, nous sommes incapables de prédire la dépense exacte, mais nous croyons que ça pourrait aller jusqu'à 2,6 milliards $ », affirme-t-il.

Pour contrer cette hémorragie budgétaire, M. des Ligneris propose le recours à une suite bureautique libre.

Une solution qui offrirait des économies « de l'ordre de 20 % », précédents européens à l'appui. En Finlande, notamment, un projet réalisé sur plus de 10 000 postes de travail a permis de retrancher 4,5 millions $ de la facture, soit plus de la moitié.

« Le logiciel libre propose un potentiel d'économie et de développement durable incroyable », assure l'entrepreneur sherbrookois.

« J'utilise souvent une analogie avec une maison : dans le cas d'un logiciel privatif, comme Microsoft Office, vous êtes locataires, vous payez tous les mois pour utiliser le bien. Avec un logiciel libre, vous devenez propriétaire. Ce ne sont pas les mêmes droits et devoirs, vous devez l'entretenir, payer des assurances, mais dès son acquisition, c'est un investissement à vie.

« Après dix ans à payer un loyer, vous n'avez rien du tout. Mais la maison, elle, vous appartient », illustre-t-il.

Au-delà d'un « problème d'informaticien », M. des Ligneris parle d'un choix de gouvernance et milite pour une orientation qui ne « sera pas contrôlée par une seule compagnie et qui va permettre de se détacher de la technologie ».

« Développer pour une compagnie en particulier est une erreur, soutient-il. Qui sait à quoi ressemblera le marché dans une dizaine d'années. Le standard ouvert est plus sûr, on se protège. »

L'heure des choix

Le secrétaire et dirigeant principal de l'information, Marc Lacroix, a mandaté un groupe de travail interministériel pour recommander la position à prendre et les actions à mettre de l'avant collectivement dès le début du mois prochain.

Et le président de l'APELL ne s'en cache pas : son industrie prétend à une candidature sérieuse.

« Nous espérons que le standard ouvert va être adopté », confirme-t-il.

Déjà, des signes pointent en ce sens. Comme l'adoption de la loi 133, en 2010, « la première législation en Amérique du Nord qui a mis en place une politique favorable au logiciel libre », selon M. des Ligneris.

Cette Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles des organismes publics et des entreprises du gouvernement stipule que les logiciels libres doivent être considérés lors du remplacement, de l'acquisition, du renouvellement ou de la mise à niveau de logiciels au sein des ministères.

« L'industrie des logiciels libres a toujours été accueillie avec un certain scepticisme tant qu'il n'y avait pas un support gouvernemental, avoue l'homme d'affaires. Nous n'étions pas très grands, et donc, pas très crédibles. »

Un enthousiasme qui a toutefois été tempéré par le décret 1111-2011, promulgué moins d'un an après la loi 133, et qui autorise sous certaines conditions les ententes de gré à gré avec de nombreux fournisseurs de logiciels privatifs.

Son adoption a soulevé d'emblée « tout un émoi » chez les membres de l'APELL. Par contre, M. des Ligneris spécifie qu'aucune entente n'a encore été conclue depuis l'adoption du décret et souhaite que la situation reste au beau fixe.

« C'est sûr que nous aurions préféré ne pas le voir, ce décret, mais l'encadrement qui en est fait nous semble en ligne avec la réelle volonté du Centre de services partagés du Québec de ne pas transgresser la loi. »

« C'est à nous d'être les chiens de garde, et nous le serons. »

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