Faire oeuvre... d'une autre oeuvre

Josianne Bolduc... (Spectre Média, André Vuillemin)

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Josianne Bolduc

Spectre Média, André Vuillemin

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Il y a des formes d'art qui laissent une trace derrière elles. Le cinéaste laisse un film. L'écrivaine, un roman. Le peintre lègue une toile, pendant que la chanteuse produit un disque. Mais pour les formes d'art dites vivantes, tels le théâtre et la danse, l'empreinte ne restera que dans la mémoire des créateurs et des spectateurs. À moins que quelqu'un ait eu l'excellente idée de filmer la prestation.

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L'exposition se constitue surtout de séries de photos illustrant plusieurs moments de la chorégraphie urbaine. Un grand écran accueille les séquences filmées.

Spectre Média, André Vuillemin

Voilà pourquoi il y a une certaine « noblesse » dans l'exposition Danse trajet - Remédiation. Une artiste en arts visuels y permet à une consoeur de la danse (Élise Legrand) d'immortaliser une chorégraphie réalisée dans les rues et places publiques de Sherbrooke. Mais attention! Il ne s'agissait pas, pour Josianne Bolduc, de simplement documenter une création éphémère, mais bien de créer une nouvelle oeuvre à partir d'une autre.

« Je devais me trouver un projet de fin d'études pour mon diplôme de deuxième cycle. J'ai d'abord eu envie de réaliser un projet avec un autre artiste. J'ai commencé ma carrière de créatrice en tant que peintre, mais de retourner peindre toute seule en atelier, ça, je n'en avais plus envie », explique celle qui a, dès lors, commencé à s'intéresser aux pratiques artistiques in situ.

Il faut aussi dire que Josianne Bolduc a été coordonnatrice et directrice de la Maison des arts et de la culture de Brompton pendant une décennie. Un travail plus près de celui de commissaire d'exposition, ce qui l'a éloignée de sa propre pratique artistique.

Mais le hasard a voulu qu'en septembre 2012, elle sorte temporairement de son congé de maternité pour remplacer la personne qui la remplaçait à la MACB. Au même moment, Élise Legrand préparait un spectacle in situ à la MACB pour les Journées de la culture, inspiré de l'exposition d'alors, Les variations assises de Serge Marchetta.

« Et j'ai eu un coup de coeur instantané pour la création d'Élise », rapporte Josianne Bolduc à propos de la chorégraphe et danseuse sherbrookoise ayant produit, au fil des ans, de nombreuses créations inspirées par les lieux, intérieurs comme extérieurs. Des créations qui ont laissé des traces surtout mémorielles plutôt que physiques.

« En danse, la documentation est un enjeu important. Comme je m'intéressais aussi aux pratiques artistiques éphémères, nous avons formé un match parfait! Élise a tout de suite été intéressée. »

Point de départ d'une nouvelle oeuvre

Accompagnée d'un vidéaste, elle-même armée d'un appareil-photo, Josianne Bolduc a donc suivi la danse improvisée d'Élise Legrand tout au long d'un parcours dans les rues du centre-ville, en automne 2015. Parmi les lieux « dansés » figurent la place de la Cité, le stationnement Grenouillère, la place des Moulins, la rue Frontenac ainsi que l'agora du parc Camirand, un lieu que Josianne Bolduc considère comme méconnu.

Photos et vidéos sont ainsi devenues le point de départ d'une nouvelle oeuvre, Josianne Bolduc s'amusant à leur donner une valeur esthétique, par exemple en déconstruisant les mouvements d'Élise par la juxtaposition d'une rafale de photos, ou en concevant un damier de 49 petits écrans vidéos comme s'il s'agissait d'une toile. Autrement dit, les documents qui avaient au départ une simple valeur mémorielle et aucunement artistique sont devenus des oeuvres à part entière.

L'exposition se constitue donc surtout de séries de photos illustrant plusieurs moments de la chorégraphie urbaine. Comme les murs de la galerie sont peints en noir et que les clichés sont éclairés à partir de projecteurs à découpe halogène (LEKO), qui permettent de circonscrire la lumière, les photos semblent collées sur des boîtes rétroéclairées. Un grand écran accueille les séquences filmées.

Josianne Bolduc a finalement reproduit en grand format, sur un mur gris, le trajet parcouru par Élise tel qu'on le retrouve sur GoogleMap. Trajet que la créatrice a ensuite mis en abyme, en le repeignant l'été dernier sur l'asphalte du stationnement Grenouillère, se postant en haut pour photographier les passants circulant à proximité, ajoutant ces clichés à l'exposition.

Dialogue avec le public

Danse trajet - Remédiation est probablement une des expositions les plus sherbrookoises jamais présentées à la Galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke, non seulement parce qu'Élise et Josianne sont d'ici, mais parce que les lieux dansés sont rapidement identifiables pour les Sherbrookois.

« En fait, je me suis vite aperçue que la ville était le deuxième personnage de cette exposition. Et reconnaître un lieu familier fait partie du plaisir pour le public, souligne Josianne Bolduc. J'ai opté pour plusieurs grands formats pour que le spectateur se sente dans l'espace public, pour créer un dialogue avec lui. »

Comment ont réagi les passants croisés dans les rues lors de la captation de la danse trajet? « La plupart n'osaient intervenir, de peur de briser ou d'interrompre quelque chose, mais on les voyait regarder du coin de l'oeil. Sauf les enfants qui étaient au parc Camirand. Dans la vidéo, on en entend certains dire : "Qu'est-ce qu'elle fait, la madame?" »

Préparer cette exposition aura permis à Josianne Bolduc de repousser plusieurs frontières. « Heureusement, en art actuel, tout nous est permis. J'ai pu m'ouvrir à la collaboration entre artistes, mais aussi tenter des choses nouvelles, sans trop me demander si je serais capable ou non. »

Pour fermer la boucle, Élise Legrand donnera une performance dans la galerie même lors des Journées de la culture.

Vous voulez y aller

Danse trajet - Remédiation

Josianne Bolduc

Galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke

Du mardi au dimanche, de 13 h à 16 h

Les matinées et soirs de spectacle

Jusqu'au 21 octobre

Performances d'Élise Legrand

Dimanche 1er octobre, 14 h

Lundi 2 octobre, 12 h 30

Entrée gratuite




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