Le plaisir croît avec UZEB

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Alain Caron, Paul Brochu et Michel Cusson.

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Attendu, le retour d'Uzeb, après 25 ans de silence? C'est le moins qu'on puisse dire. Si l'on se fie à l'accueil dithyrambique réservé au trio jazz fusion lors du plus récent Festival de jazz de Montréal, puis à la tournée internationale qui a suivi (trois dates en France, une en Italie et une en Israël), Michel Cusson, Alain Caron et Paul Brochu ont manqué à de nombreux amateurs depuis leur dernier concert, en 1992.

Avec la fin de l'été, Uzeb entame une tournée québécoise d'une douzaine de dates, à l'image de ce qu'il faisait dans les années 1980 et 1990. Ce qui a été donné à peu de formations de jazz québécois, ce style de musique ayant toujours de la difficulté à faire sa place dans les régions.

« La différence, c'est qu'à l'époque, Uzeb jouait surtout dans des clubs. Les tournées étaient donc un peu plus longues, mais le groupe est allé partout. La prochaine tournée a ce côté exceptionnel que nous sommes dans de grandes salles et qu'elle est condensée en un mois », expliquent le bassiste Alain Caron et le batteur Paul Brochu.

« Mais nos fans ont été patients! » poursuit Paul Brochu, qui souligne que, durant ce quart de siècle de pause, il s'est régulièrement fait demander à quand le retour, ici comme de l'autre côté de l'Atlantique.

« À Tel-Aviv, nous avons signé des autographes pendant 90 minutes après le concert. Il y a eu beaucoup de jeunes dans les salles jusqu'à maintenant et ils réagissent aux mêmes endroits que les amateurs de la première heure. C'est incroyable! » ajoute Alain Caron.

Quant aux retrouvailles entre les trois musiciens, elles n'auraient pu mieux se dérouler. Il faut dire qu'aucun des membres d'Uzeb n'est resté inactif depuis 25 ans. Le guitariste Michel Cusson s'est établi une solide réputation de compositeur pour le cinéma et la télévision, d'Omertà à Un homme et son péché. Alain Caron a mené une brillante carrière solo lui ayant fait faire plusieurs tours de planète. Paul Brochu a d'abord accompagné son ami Alain, puis d'autres artistes comme Gino Vannelli, avant de s'orienter de plus en plus vers l'enseignement, notamment au Cégep de Drummondville, à l'Université de Sherbrooke, et, depuis 14 ans, à l'Université de Montréal.

« J'ai constaté que, même s'ils n'avaient jamais vu Uzeb sur scène, la plupart de mes élèves connaissaient le groupe », rapporte le batteur, qui trouve qu'enseigner est la meilleure façon de rester à jour.

Éloignés les uns des autres pendant un certain temps, Michel Cusson, Paul Brochu et Alain Caron ont fini par se retrouver dans un souper organisé par l'ancien éclairagiste d'Uzeb. Souper qui est devenu une tradition annuelle. « Et au dernier, on s'est dit que c'était maintenant ou jamais pour un retour d'Uzeb », résume Paul Brochu.

Pionniers du MIDI

« Nous sommes tous trois dans une excellente forme physique. La première fois que nous avons rejoué ensemble, c'est comme si notre dernière répétition remontait à quelques mois. L'instinct et les réflexes sont revenus rapidement », souligne Alain Caron, ajoutant que la « remise en marche de la machine électronique » s'est aussi bien passée.

En effet, si Uzeb a obtenu tant de succès (neuf albums vendus à quelque 500 000 exemplaires, plus de 1000 concerts dans une vingtaine de pays, neuf Félix), c'est notamment à cause de son avant-gardisme sonore. Il y a d'abord l'élément fusion, c'est-à-dire de garder un langage jazz, mais d'opter pour son qui n'est pas jazz, le plus souvent rock dans leur cas, explique Alain Caron.

Mais les membres d'Uzeb ont surtout été parmi les pionniers de l'échantillonnage musical. En fait, après avoir évolué comme quatuor au sein duquel se sont succédé plusieurs claviéristes, Michel, Alain et Paul ont finalement décidé, vers 1987, de demeurer en trio, produisant eux-mêmes les sons de synthèse à partir de leur guitare, basse et batterie. Ce qui, à l'époque, leur demandait des semaines et des semaines de programmation. C'étaient les débuts du système MIDI, rappelle Paul Brochu, que le trio a exploité au maximum.

« Mais cette technologie, nous avons contribué à la développer, poursuit Alain Caron. Michel Cusson et moi sommes allés en Californie pour rencontrer les gens de la compagnie Zeta, qui ont été les premiers à faire des convertisseurs d'analogique vers le numérique pour les instruments à cordes. C'est ensuite la compagnie Roland qui nous a sollicités pour que nous fassions des démos. En tout, j'ai travaillé dix ans pour eux. Je suis même allé une quinzaine de fois à leur usine au Japon pour collaborer avec les ingénieurs. »

Évidemment, avec les changements technologiques des 25 dernières années, ce qui prenait une semaine peut se faire en moins d'une heure aujourd'hui. « Sauf que, nous connaissant, nous avons consacré autant de temps qu'avant, parce que c'était certain que nous voudrions en faire plus, ajouter des choses et améliorer la qualité sonore et nos idées de l'époque! » raconte Alain Caron en rigolant.

« Uzeb, ça a toujours été une foule de petits détails d'arrangements et d'esthétique sonore. Ça fait partie de notre identité. L'important était que nous puissions retrouver le son d'Uzeb, mais au goût du jour. Trouver le bon équilibre. C'était le plus gros exploit. Et, si je me fie à la réaction du public, nous avons réussi », estime-t-il.

Heureux hasards

À la recette du succès Uzeb, il faut aussi ajouter la virtuosité des musiciens, l'accessibilité des mélodies et quelques heureux hasards, comme de rencontrer un producteur français qui adore votre disque et réussit à vous faire inviter à une émission de télé ayant 10 millions de cotes d'écoute. Dès lors, le trio a rempli ses salles françaises.

Finalement, la grande question que tous leur posent : ces retrouvailles d'Uzeb ont-elles ramené l'envie de produire un nouvel album de compositions originales?

« On ne le sait pas, répond Paul Brochu. On s'est donné l'été 2017 pour les spectacles. Tous seront enregistrés. Y aura-t-il un album live? La décision n'est pas encore prise. On verra ensuite, mais c'est vrai que ces retrouvailles sont magiques. On prend conscience aussi de la maturité acquise. On s'écoute plus. »

Saint Eusèbe Jazz

L'anecdote a été maintes fois racontée... et déformée. Non, Uzeb, qui s'est au début appelé Saint Eusèbe Jazz, n'a pas tiré son nom du village où il aurait fait sa première prestation, insiste Alain Caron. Il vient plutôt du jour où le groupe a donné son tout premier concert, en août 1976, à Acton Vale, soit le jour de la Saint-Eusèbe.

Le « saint » a finalement disparu, au profit d'Eusèbe Jazz. « Mais il est devenu évident que nous ne pourrions garder ce nom-là quand nous avons eu notre premier contrat de disque », relate Alain Caron.

L'idée d'Uzeb est venue lorsque Michel Cusson, mettant par hasard les mains sur les seins de sa blonde de l'époque (ui portait un t-shirt du groupe), a vu disparaître les deux e aux extrémités du mot. Il ne restait qu'à remplacer le s par un z et le tour était joué.

« C'était un nom nouveau, graphiquement intéressant, juste assez différent pour que les gens nous reconnaissent encore », commente Alain Caron.

Une scène du clip de 60, rue des... (Capture d'écran YouTube) - image 3.0

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Une scène du clip de 60, rue des Lombards, réalisé par François Girard en 1986.

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Un inoubliable clip

Le milieu des années 1980 représente l'âge d'or du vidéoclip. Pour tout artiste populaire lançant un simple sur les ondes radio ou télé, cette étape était devenue quasi incontournable et plusieurs y ont mis le paquet. Même des musiciens jazz comme Uzeb n'ont pu ignorer la tendance.

C'est ainsi qu'est paru en 1986 le mémorable clip gris et blanc pour la chanson 60, rue des Lombards, un de leurs plus grands succès. Dans une pièce aux murs nuageux, on y voit les quatre membres d'Uzeb de l'époque jouer et s'amuser avec leurs instruments, entourés d'eau blanche, d'où n'émergent souvent que leurs mains.

« Et tu sais qui l'a réalisé? François Girard! » rapporte Paul Brochu, qui se souvient encore très bien du madrier sur lequel il était couché pour donner l'impression qu'il frappait sur un mur d'eau, pendant son solo de batterie. « Pour le budget qu'on avait, François a eu des idées incroyables! »

Le 60, rue des Lombards est l'adresse d'un club de jazz parisien dans le quartier des Halles, le Sunset, qui a très vite adopté Uzeb. « Nous y avons joué lors d'une de nos premières tournées en France. C'est une place que nous avons prise d'affection. »

Vous voulez y aller

R3UNION

Uzeb

Mercredi 30 août, 20 h 30

Place Nikitotek

Entrée : 43,50 $




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