Chaos séduisant mais dilué ***

L'absurde et l'humour décalé côtoient le drame et... (Photo AZ films)

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L'absurde et l'humour décalé côtoient le drame et les bons sentiments dans L'amour et la paix, nouvelle bobine signée Emir Kusturica. Celui-ci partage la vedette avec Monica Bellucci dans ce long métrage où se déploie une histoire d'amour sur fond de conflits armés.

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) CRITIQUE / Parce qu'Emir Kusturica a mis des années à boucler cette bobine dans laquelle il s'est donné le rôle principal, on attendait le meilleur de son nouveau film L'amour et la paix (On the Milky Road). Et on est à vrai dire un peu déçu.

Le réalisateur serbe (deux fois lauréat de la Palme d'or et père des magnifiques Le temps des gitans et Underground, entre autres), renoue avec tout ce qui fait sa signature cinématographique, mais il se perd malheureusement un peu en chemin. À force de multiplier les effets de styles et les pirouettes baroques, il plante à l'écran un chaos à l'effet dilué. Trop, c'est comme pas assez.

L'histoire à la base de cette nouvelle fable colorée sur l'amour en temps de guerre n'est pourtant pas mauvaise : bien en selle sur son âne intrépide, son faucon sur l'épaule, Kosta (touchant Emir Kusturica) livre le lait aux soldats chaque jour. Sans frémir, malgré la pluie de balles et les assourdissantes détonations produites par les tirs ennemis. L'imperturbable laitier voit bientôt son quotidien bousculé par l'arrivée de Nevesta (toujours superbe Monica Bellucci), belle Italienne promise au frère de sa propre fiancée, Milena (excellente Sloboda Micàlovic). C'est là que la vraie tempête éclate. Son coeur flanche pour la nouvelle venue, dont il tombe vite amoureux. Les sentiments sont réciproques, elle s'éprend du doux livreur de bidons de lait.

C'est le genre de chassé-croisé sentimental qui ne peut que mal finir. Surtout que la séduisante étrangère est poursuivie par un passé pas trop avenant : un général anglais éconduit réclame vengeance et lance ses sbires (prêts à toutes les bassesses et armés jusqu'aux dents) à ses trousses. Les amoureux en fuite trouvent refuge sur un vaste territoire escarpé, aidé en chemin par toute une ménagerie. Faucon dansant, serpents aussi altruistes qu'amateurs de lait, ours gourmand, abeilles gardiennes, troupeau de moutons et autres bêtes à plumes et à poils traversent le long métrage.

Des animaux et des hommes

De la première image à la dernière séquence, les animaux sont partout dans le film. Tout comme la musique, à la fois triste et festive, toujours bien choisie. Lors d'une fête avinée, une colorée bande de musiciens tziganes interprètent d'ailleurs une chanson lourde de sens, dans laquelle ils vilipendent Big Brother. Un choix tout sauf anodin quand on sait à quel point le créateur natif de Sarajevo est engagé politiquement. L'amour et la paix serait toutefois le dernier film dans lequel il met en images la guerre en ex-Yougoslavie.

Dans tout ça, on sourit parfois, on salue la beauté des scènes captées et la poésie de certains segments, mais on soupire un peu devant l'ensemble, bien inégal. Les scènes où l'absurde et l'humour décalé côtoient le drame et les bons sentiments se succèdent sans tisser une trame assez solide pour toucher le spectateur. Comme s'il manquait des morceaux à cette courtepointe cinématographique brodée de scènes très fortes autant que de moments plus fades.

Les effets spéciaux ne sont pas toujours heureux, mais la caméra est, elle, souvent ingénieuse. Le sublime des images qu'elle arrive à capter est indéniable, à vol d'oiseau autant qu'en plan rapproché et sous l'eau comme en montagnes. Ceci menant à cela, on ne s'ennuie pas.

Il y a quand même un plaisir certain à plonger son regard dans un monde aussi onirique et riche en surprises que celui-là. Et s'il y a dans ces deux heures de pellicule des chapitres qu'on aurait fait sauter, il y a aussi de bien beaux moments de cinéma.

L'amour et la paix

DRAME FANTAISISTE

***

Réalisé par Emir Kusturica

Avec Emir Kusturica, Monica Bellucci et Predrag Manojlovic




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