Axile en mouvement depuis 30 ans

La directrice générale et artistique d'Axile, Liliane St-Arnaud,... (Spectre Média, René Marquis)

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La directrice générale et artistique d'Axile, Liliane St-Arnaud, tient les rênes de la compagnie de danse sherbrookoise depuis 30 ans.

Spectre Média, René Marquis

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Ça s'est passé il y a 30 ans. « Sur un banc de parc », se souvient Liliane St-Arnaud. Elle avait son baccalauréat de danse en poche, elle avait fait partie de Sursaut, elle avait enseigné à Rimouski. Surtout, elle avait cette envie franche de créer une compagnie de danse à son image. Brigitte Graff partageait sa visée et son enthousiasme. Ensemble, elles ont décidé de se lancer. Leurs conjoints respectifs ont plongé dans l'aventure. Axile est née dans la foulée.

Trois décennies ont passé depuis ce premier élan. La compagnie a bougé, depuis. Brigitte est partie en 1991, Liliane est restée seule aux commandes. Directrice générale et artistique d'Axile, elle a fait de la danse contemporaine en région son fer de lance. De fil en aiguille, elle a aussi ancré sa signature : la danse engagée est devenue son créneau créatif. Un créneau unique, avec ses impératifs, ses contraintes, sa beauté propre.

« C'est un art qui prend du temps. Beaucoup de temps. Pour aborder des enjeux sociaux, il faut aller à la rencontre des gens et se donner le temps de s'immerger dans leur réalité. On ne peut pas parler de quelque chose qu'on ne connaît pas. Mais, j'aime courir des risques, j'aime connaître les gens, je suis sensible à la communauté et à ce qui se passe autour de moi. Je ne me suis pas donné de mission sociale, mais pour moi, c'est très important de parler de la différence, d'aller vers ça. »

L'étincelle de ce tournant a été l'oeuvre chorégraphiée Doux silence, en 1999, pour laquelle Liliane St-Arnaud a travaillé avec des personnes sourdes. L'idée était la sienne. L'impulsion première aussi.

« Je me suis un jour retrouvée dans un resto où plusieurs personnes sourdes discutaient. J'ai eu envie d'en savoir plus. »

Grâce à une association, la chorégraphe a poussé la porte d'un monde qu'on connaît peu, en partie parce qu'il est souvent silencieux. À travers le mouvement, elle a donné une voix aux personnes sourdes rencontrées en cours de recherche. Certaines d'entre elles faisaient d'ailleurs partie de la chorégraphie.

« Cette expérience a été le lancement de la trajectoire actuelle de la compagnie. C'est un grand cadeau que j'ai eu », résume Liliane St-Arnaud.

Elle a depuis touché à des thèmes aussi variés que la violence faite aux femmes, la vie avec un handicap, le vieillissement, l'estime de soi.

30 ans, 18 chorégraphies

Célébrer 30 bougies, c'est nécessairement jeter un regard en arrière. Ce que la directrice artistique fait peu, d'ordinaire : « Je préfère regarder en avant. Tout le temps. »

Cette fois, le coup d'oeil vers hier vaut la peine. Il permet de prendre la pleine mesure de tout le la-beur accompli et des étapes traversées.

« Je suis fière de tout ce qu'on a fait. On a réalisé de grands projets, on en a mené large avec peu de ressources. En 30 ans, on a créé 18 chorégraphies. Plusieurs d'entre elles n'ont rien perdu de leur pertinence. En les actualisant un peu, je pourrais les refaire aujourd'hui. »

C'est le cas, entre autres, de Vol qualifié, oeuvre de 1994 dans laquelle Liliane St-Arnaud évoquait la précaire condition des artistes.

« C'était une réaction à des refus consécutifs de demandes de subventions. La chorégraphie était remplie d'images, de symboles forts. Elle a eu un bon écho. Plusieurs artistes m'ont dit que ça cernait bien leur réalité, qu'ils se retrouvaient dans mon propos », souligne celle qui a déjà travaillé avec Ginette Laurin et Pierre-Paul Savoie.

La ronde des demandes de subventions est toujours aussi actuelle. Les refus aussi. En devenant une compagnie de danse engagée, Axile ne s'est pas positionnée au mieux pour les subventions en culture.

« J'ai décroché des bourses de création, par contre », note Liliane St-Arnaud.

« Fais-le jusqu'au bout »

Et elle a été créative dans sa recherche de financement. Autrement dit, un spectacle créé en 2005 et auquel participaient des personnes vivant avec un handicap, a pu être montée grâce à un montant obtenu du Fonds régional d'investissement jeunesse.

« On n'a pas de grands costumes ni de grands décors, mais ça nous pousse à aller plus loin dans le geste, parce que c'est la danse qui remplit l'espace », exprime celle qui, en 2011, a choisi de quitter l'interprétation et l'avant des planches. Non sans un certain pincement au coeur.

« Une scène, c'est un formidable micromilieu, planté au coeur d'un hyperenvironnement. Lorsqu'on s'y trouve, on est content, on se donne. Alors oui, c'était difficile de quitter tout ça. Mais je pense qu'il faut savoir se retirer. Mon corps ne suivait plus, j'étais rendue là. Ce qui m'a portée énormément, après, ce sont les interprètes. Comme chorégraphe, j'ai eu la chance de travailler avec des danseurs d'une grande sensibilité. Ils sont pour beaucoup dans la réussite d'Axile. »

Elle aussi, quand même, ajoute-t-on spontanément. Parce que, on le sait, la danse n'est pas le créneau artistique le plus facile à faire rayonner. Avant comme maintenant, c'est difficile de se tailler une place, de faire son chemin jusqu'au grand public. Et Liliane St-Arnaud n'a jamais baissé les bras.

« Mon père me disait : fais ce que tu veux, fais-le jusqu'au bout. C'est une sorte de leitmotiv. Et pour moi, la danse sert à traduire ce que j'ai dans la tête autrement que par la parole. C'est ma manière de dire, de raconter, de donner. »

La date précise reste à être annoncée, les détails aussi, mais pour souligner ses 30 ans de vie dansée, Axile orchestrera un brunch façon potluck, cet automne. « On invitera les personnes qui ont gravité autour de nous au fil des ans », souligne Liliane St-Arnaud.

Danser pour contrer la solitude

Dix ans après avoir présenté le conte dansé Vieillesse et prouesses, Axile se prépare à plonger dans une nouvelle création destinée aux aînés. « On a déposé un projet qui combinerait atelier et prestations avec les aînés, en résidence. L'idée, c'est beaucoup de les sortir de leur solitude. On leur proposerait d'inviter des gens de leur entourage, d'ailleurs. Le grand thème de ce projet, c'est la place qu'ils veulent prendre dans leur collectivité en fonction de leurs habiletés, de leurs compétences, de leurs capacités », explique Liliane St-Arnaud, qui travaille sur ce projet avec Annie Deslongchamps, Danika Cormier et Joachim Yensen-Martin.

Le spectacle-atelier serait essentiellement présenté dans les résidences pour personnes âgées.

L'idée est venue après une série d'ateliers donnés à l'invitation de GériArt (projet de l'organisme culturel Le Vent dans les Arts).

« C'est toujours comme ça : les thèmes que je décide de creuser découlent toujours de rencontres que je fais. C'est ce qui me porte et m'oriente », mentionne Liliane St-Arnaud.

Les 18 chorégraphies mises au monde au fil des ans sont toutes sont chères à son coeur.

« Mais Autrement dit, Doux silence, Vol qualifié et L'envers de moi sont les quatre oeuvres qui m'ont le plus marquée, je crois. Elles m'ont amenée à développer mon style de danse, elles ont beaucoup apporté à ma gestuelle. »




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