Indépendante du temps

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Diane Jules a vite été séduite par Cécile, le rôle qu'elle tient dans Repas de famille.

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Kingsey Falls) Diane Jules l'avoue d'emblée : elle n'a aucune notion du temps. Par exemple, lorsqu'on lui demande, une demi-heure avant qu'elle monte sur la scène du Théâtre des Grands Chênes de Kingsey Falls, depuis combien de temps elle n'avait pas fait de théâtre d'été, elle ne saurait vous répondre.

« Une coup' d'années, j'imagine. Je retiens quelques dates, comme l'année de naissance de mes deux filles (1979 et 1987), mon propre anniversaire, mais je ne pourrais dire depuis combien de temps je suis ou j'ai été avec tel conjoint. Des phrases comme "ça fait dix ans, douze ans", je ne dis jamais ça. Ça doit être pour ça que j'ai l'impression que la vie passe si vite. »

Une seule exception : la date où elle a adopté Tchi-Tchi (13 septembre 2016), son petit chien qu'elle a trouvé dans un refuge de Vancouver et qui la suit désormais partout, jusque... sur les planches.

« Il a réussi à conquérir notre metteur en scène [Sébastien Dodge, également auteur de la pièce Repas de famille], qui lui a fait une place. Surtout qu'il ne jappe pas. Mais ça, c'est peut-être parce que ses anciens maîtres lui ont malheureusement fait couper les cordes vocales », dit celle qui n'a pas cherché à en savoir plus sur la vie antérieure de « celui qui couche avec elle depuis le premier soir ».

L'avantage de cette inconscience des calendriers qui s'effeuillent, c'est que la comédienne arrive très bien à relativiser cette période où elle était loin du petit écran. Depuis sa « réapparition » dans La galère en 2012, suivie par des rôles dans 30 vies, Au secours de Béatrice et Mémoires vives, on a fait grand bruit du « retour » de Diane Jules.

Celle-ci n'a toutefois pas chômé pour autant. Quand elle ne s'occupait pas de sa maison à Bromont, elle écrivait du théâtre, jouait aussi sur les planches, agissait comme animatrice ou porte-parole, devenait conférencière, voyageait (une de ses filles habite le Mexique), obtenait quand même de petits rôles dans Sauve qui peut, Cauchemar d'amour et Les Bougon...

« Il faut dire que j'ai une vie personnelle active, voire endiablée. J'ai une grande maison à entretenir, je cuisine, j'ai 50 plantes, des animaux, je coupe mon bois moi-même, je suis toujours en peine d'amour », dit-elle avec le sourire. « Mais récemment, j'ai découvert Facebook. Ohlala! la seringue dans le bras! » lance-t-elle pour décrire sa nouvelle dépendance. « Tellement que je néglige le reste. Dire que je n'avais même pas de cellulaire il y a trois ans! »

Pas juste les petits vieux

Vingt-cinq ans après ce que les médias ont appelé « l'affaire Diane Jules », durant la campagne du référendum sur l'accord de Charlottetown, on pourrait croire que scénaristes, producteurs, réalisateurs et réseaux de diffusion ont fini par passer l'éponge. L'actrice avait déclaré lors d'un rassemblement du Non qu'il y aurait toujours « une couple de vieux qui, ici et là, vont voter oui ». « Je ne les juge pas, je les comprends, y ont la chienne », avait-elle ajouté. Les médias s'étaient enflammés et les politiciens avaient unanimement condamné l'actrice, qu'à peu près personne n'avait défendue à l'époque, à part la comédienne Louise Deschâtelets.

Mais même si Diane Jules est parfaitement consciente que l'incident a eu des conséquences sur sa carrière (elle a perdu des contrats de représentation), elle se refuse à croire, contrairement à la majorité, qu'il est le seul et unique responsable de son éloignement du petit écran pendant deux décennies. « Des actrices qu'on ne voit plus ou qui travaillent moins, il y en a plein, et elles n'ont fait pas eu d'affaires de p'tits vieux », argüe-t-elle.

Elle a d'abord très mal vécu ce retrait de la vie professionnelle. « J'ai pensé que j'étais finie. Ce métier-là, c'est une drogue. Mais comme je ne suis pas du genre à rester assise à ruminer, j'ai fini par passer par-dessus, en me disant que ce n'est pas parce qu'on ne travaille pas comme artiste qu'on n'en est plus une. »

Veuve joyeuse

Diane Jules a vite été séduite par Cécile, le rôle qu'elle tient dans Repas de famille. Un personnage punché comme elle les aime, veuve joyeuse qui n'apprécie guère ses enfants (et n'aurait jamais dû en avoir, selon elle). « Un rôle qu'on n'oublie pas dix minutes après le spectacle. »

Flattée qu'on lui ait offert? « Vous savez, peut-être que je n'étais pas le premier choix », répond-elle, pour souligner qu'il ne faut pas enfler de la tête lorsque quelqu'un a pensé à vous. En même temps, elle a appris à ne plus trop se poser de questions quand de telles occasions se présentent.

« J'ai perdu beaucoup de temps, dans le passé, avec des questions inutiles, comme essayer de savoir si c'était l'auteur, le metteur en scène ou le producteur qui souhaitait m'avoir. »

Elle adopte la même attitude de détachement avec les gens du public qui lui disent qu'ils l'ont aimée dans Parle parle jase jase (au lieu de Parler pour parler).

« Récemment, une personne me lance qu'elle me regarde toutes les semaines. Je lui réponds que Parler pour parler est terminée depuis 22 ans. Je l'ai alors vue tomber dans une telle détresse! Elle s'est sentie tellement conne! Depuis, quand on me dit "on vous aime beaucoup, Mme Dutil", je réponds juste "merci, c'est gentil!" »

Mais vous pouvez lui parler de sa Violette de Parler pour parler n'importe quand. « Personne au-dessus de 35 ou 40 ans ne peut dire qu'il n'a jamais regardé Parler pour parler au moins une fois. Ça a duré dix ans, 450 émissions, et ça a tellement contribué à déniaiser le Québec! »




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