La maladie d'humour

Jusqu'en janvier 2018, l'humoriste natif de la Gaspésie promènera... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Jusqu'en janvier 2018, l'humoriste natif de la Gaspésie promènera sur de multiples scènes deux tours de piste complètement différents.

Spectre Média, Maxime Picard

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) L'idée est atypique et l'exercice, presque casse-gueule : pendant qu'il termine la tournée de son premier one-man-show, Simon Leblanc rode son nouvel effort solo. Sans répit, sans véritable pause et pour plusieurs mois encore. Jusqu'en janvier 2018, l'humoriste natif de la Gaspésie promènera sur de multiples scènes deux tours de piste complètement différents.

S'il met ainsi les bouchées doubles, s'il mord à plein dans le métier qu'il a choisi, c'est qu'il est « un peu workaholic ». C'est aussi, surtout, qu'il sait la valeur du temps qui passe.

« J'ai pris conscience assez jeune que je n'avais pas une heure à gaspiller. »

C'est que, à l'âge de 22 ans, Simon Leblanc s'est retrouvé en fauteuil roulant. Cloué par la douleur d'une spondylarthrite ankylosante, affaibli par la maladie de Crohn, il n'en menait pas large.

Pendant un an, la maladie avait la mainmise sur son quotidien. Jusqu'à ce qu'un médicament la mette K.O. Ce nouveau souffle a poussé le jeune homme vers l'avant, elle lui a donné de l'élan. Quelque chose comme une seconde chance.

Leblanc a mis un pied dans l'humour en 2009, sans compléter l'habituel circuit de l'École nationale. Il n'y avait rien pour l'empêcher de plonger tête première dans ce qui le passionnait.

« Quand la maladie frappe, ça te force parfois à voir les choses autrement, à foncer et faire preuve d'une certaine sagesse. Il faut avoir une santé de fer pour être un bum », dit l'humoriste en riant.

Fou de douleur

Son deuxième spectacle, Malade, l'amène à revisiter cette période noire où son état de santé était un frein pour tout.

« La douleur était terrible, elle me rendait complètement fou, se souvient-il. Mais il y avait aussi des moments drôles. Me voir essayer d'enfiler des chaussettes, le matin, c'était tout un numéro! »

Il mime un peu l'exercice, on voit tout de suite la scène. Drôle, en effet.

« Maintenant que tout ça est derrière moi, j'ai du recul, je suis capable d'en rire. C'est bon de s'amuser des choses terribles qui nous sont arrivées dans la vie, c'est une forme d'exutoire. C'est un show qui me fait du bien, mais c'est zéro lourd, je le précise. Quand on parle de maladie, ça peut aisément faire naître un sentiment de pitié et je ne voulais surtout pas aller là. Je reste en surface volontairement, parce que je n'avais pas envie de faire un pastiche de La voix où chaque nouveau candidat a un passé larmoyant, je ne souhaitais pas tomber dans le human interest. Moi, grâce aux médicaments, j'ai aujourd'hui une vie parfaitement normale. Je fais un travail que j'adore, j'ai une famille extraordinaire, bref, je ne suis pas à plaindre. J'évoque le sujet de la maladie avec une certaine légèreté. »

Et il va droit au but. Celui qui remportait en 2014 l'Olivier de la révélation de l'année n'a pas peur d'adopter un ton direct et un langage cru. Ses textes sont écrits sans gants blancs.

Hormones, menstruations et féminisme

« Je parle aussi de menstruations, dans mon show, et je le fais avec une certaine vulgarité. Pas question d'afficher le ton poli d'une pub de tampons, quand même. Les menstruations, après tout, c'est brutal. C'est la même chose quand j'aborde la coloscopie. J'en vois toujours dans la salle qui se disent : '' Ah non! pas un autre qui fait un numéro de merde et de caca! '' Mais je persiste dans mon affaire et je finis par gagner tout le monde. »

Le scénario est semblable lorsqu'il aborde la vaste question du féminisme. Il va droit au but, sans contourner les épines du sujet.

« C'est un sujet qui peut heurter, je le sais, mais j'y vais à fond. Les femmes, vous devez composer avec un paquet d'affaires. Les hormones, les menstruations, les grossesses, la ménopause. Tout ça se passe dans votre corps, on dirait que la vie est tout le temps en train de vous courir après pour vous tester. Nous autres, les gars, on n'a pas ce genre de défis biologiques à relever. Quand on s'intéresse à la biologie, justement, on voit que, dans cet univers vaste et complexe, homme ou femme, c'est pareil, on est vraiment les mêmes, à quelques nuances près. Alors quand un homme profite de sa situation de pouvoir pour instituer un rapport de force, pour avoir le dessus sur une femme ou pour restreindre ses droits, je trouve ça terrible et incroyablement violent. C'est insidieux, parce que ça devient banalisé, toléré, accepté. Avec pour effet que, lorsque les femmes se lèvent pour dénoncer des choses, on balaie le tout du revers de la main. Quand moi je dis les mêmes affaires, avec humour, les gens rient, se tapent sur les cuisses en se disant que j'ai bien raison... »

Sensible aux injustices

Une seconde de silence suspend la conversation. Le verbomoteur blond reprend son souffle, précise sa pensée.

« Le féminisme, ce n'est pas un mouvement hippie, ce n'est pas un système de pensée séparé qui n'appartient qu'aux femmes, ça concerne autant les hommes que les femmes. En fait, ça concerne peut-être encore plus les hommes, parce que les femmes, comme vous le portez déjà, vous n'avez pas à être autant sensibilisées. Le fait d'avoir été malade et d'avoir été dans une situation où j'étais plus vulnérable m'a rendu davantage sensible à la réalité de ceux qui traversent des épreuves ou qui sont victimes d'injustice, je pense. Tout ça, c'est la réflexion que je fais, c'est ce qui sous-tend le numéro, mais ce n'est vraiment pas intellectualisé dans le show. »

L'humoriste nouvellement trentenaire évite de tomber dans la sphère moralisatrice.

« La première chose que je veux, c'est faire rire. Après, si ça fait réfléchir, tant mieux, mais ce n'est pas un absolu. Je travaille et retravaille beaucoup mes numéros pour trouver le ton juste afin que le rire soit toujours au rendez-vous. »

En clair, Simon Leblanc travaille comme un malade. Et il ne s'en porte que mieux.




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