Nom d'un chien!

Les acteurs de la pièce, Pierrette Robitaille, Marcel... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Les acteurs de la pièce, Pierrette Robitaille, Marcel Leboeuf, Claude Prégent, Sonia Cordeau et le metteur en scène, André Robitaille.

Spectre Média, Frédéric Côté

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Karine Tremblay
La Tribune

(Drummondville) Ça s'est passé dans le noir d'une salle de Broadway. Calé dans son fauteuil du Cort Theater, André Robitaille a eu un coup de coeur pour Sylvia. La pièce théâtrale présentée à New York avait ce petit quelque chose en plus. Cette étincelle séduisante qui donne envie de plonger.

« C'était comique, touchant, original. Il y avait un peu d'absurde et le rôle principal était porté par une femme. Tout était là », résume l'animateur et homme de théâtre, qui voyait les possibles d'une production de cette envergure pour les Projets de la Meute, dont il est directeur artistique. Avec son associé Mario Provencher, il a entamé les démarches pour obtenir les droits du succès new-yorkais afin de proposer une version québécoise.

Il a fallu y mettre le temps et l'énergie, entre autres parce que les producteurs américains ne connaissaient à peu près pas le marché québécois. La précieuse entente a finalement été conclue, Normand Chouinard a signé l'adaptation (et première traduction francophone de la pièce) et André Robitaille, la mise en scène. Dès ce soir et pendant tout l'été, Sylvia est à l'affiche de la Maison des arts Desjardins de Drummondville avant de prendre la route de la tournée, au printemps prochain.

« On est heureux de souligner les 50 ans de la Maison des arts avec une pièce qui a été un grand succès à Broadway. Là, vous entendez Broadway et tout de suite, vous pensez comédie musicale, mais ce n'en est pas une. Il n'y a pas de chansons ni de numéros dansants », indique Robitaille.

L'histoire, en gros?

Un couple de bébé-boumeurs (Marcel Leboeuf et Pierrette Robitaille) coule des jours heureux ensemble. L'heure de la retraite n'est pas encore venue, mais les enfants devenus grands ont déjà quitté le nid. Le temps est au beau fixe, le bonheur est facile. Jusqu'à ce que monsieur trouve un chien dans un parc et le ramène à la maison, au grand déplaisir de madame, qui est à des lieues de partager son enthousiasme à l'idée de garder le toutou. Un toutou qui revient de loin, qui a son caractère et ses travers.

C'est Sonia Cordeau qui a hérité du rôle-titre. Le genre de personnage qu'on n'incarne qu'une fois dans une vie. Elle se glisse dans la peau de Sylvia. Le chien. Une proposition étonnante, qui crée la surprise.

« C'est ce qui est saisissant : après 10 secondes, on y croit complètement, assure André Robitaille. On voit un chien sur scène. »

Point barre.

Dressage d'artiste

Ça semble évident. Ça ne l'est pas tant que ça. La comédienne, que plusieurs ont découverte dans les inénarrables Appendices, ne se promène pas à quatre pattes en faisant wouf wouf. Elle n'est pas davantage vêtue d'un lourd costume pelucheux à la Youppi.

Tout est dans le maintien, l'attitude, l'expression. Pour donner de la chair, du touffu et de l'os à son rôle, la comédienne a fait comme d'habitude : elle a d'abord puisé dans le texte. Un texte qui donne à voir ce qui peut bien se passer dans la tête du meilleur ami de l'homme.

Et puis elle a mis le cap sur le Centre canin Mathieu Lavallée, à Saint-Jean-de-Matha. Question d'aller s'inspirer à la source.

« Je voulais profiter de l'expérience d'un expert en comportement canin pour savoir si certains trucs que je faisais étaient crédibles. J'ai aussi beaucoup observé mon chien. J'ai intégré certaines de ses habitudes à mon personnage. »

Le défi sur scène est costaud, et il est physique.

« Ça bouge beaucoup, un chien... Et en même temps, ça n'a pas une grande capacité d'attention. Il fallait que je sache doser tout ça. »

Il fallait aussi savoir rester dans cette énergie canine tout au long des deux actes de la pièce. Sans décrocher.

Le prétexte du chien

Claude Prégent est le quatrième mousquetaire de la distribution. À lui tout seul, il porte trois personnages. Tour à tour, il est le bon ami du couple, l'amoureux des chiens et le psychologue. Chacune de ses apparitions amène l'histoire ailleurs : « Mes personnages disent tous des choses assez intéressantes, je trouve. »

« Mais j'aimerais préciser une chose. Une seule. Dans tout ça, c'est mon personnage qui a raison », intervient Pierrette Robitaille.

Son ton comique et appuyé soulève les rires de ses complices de scène.

« Il y a de l'audace et une espèce de belle folie dans cette production-là », reprend-elle plus sérieusement.

« Le coup de maître, c'est de se servir de l'animal de compagnie pour parler de plein d'autres affaires », ajoute Marcel Leboeuf.

« Oui, et ça change vraiment de tout ce qu'on a vu », acquiesce Pierrette Robitaille.

Venant d'une femme de métier comme elle, l'affirmation est tout sauf banale.

Mais oser s'aventurer là où d'autres compagnies ne sont jamais allées, c'est aussi courir un risque.

« Je pense qu'on a une pièce solide et que tout est là pour un succès estival, commente André Robitaille. Il reste que la vraie réponse, on l'a quand on voit la réaction du public dans la salle. C'est toujours du gambling. »

Peut-être. Mais il connaît le jeu. Surtout, il a une main d'as avec ses quatre interprètes de course. « Du calibre de F1, image André Robitaille. Pour un metteur en scène, c'est le rêve. Je suis vraiment choyé. Ils sont d'une justesse et d'une écoute incroyables. Moi, j'aime quand les acteurs mouillent leur chemise, qu'ils donnent tout. Et chacun y va à fond. »

Corde sensible

Aussi audacieuse que soit la proposition théâtrale, elle est axée autour d'un thème universel et rassembleur. Les animaux de compagnie ont la cote dans les foyers nord-américains.

« Parce que l'amour inconditionnel de nos petites bêtes, ça touche une corde sensible », avance Marcel Leboeuf.

« Je pense qu'à peu près tout le monde a déjà eu un chien », souffle Pierrette Robitaille.

Les rares qui ne font pas partie du groupe des fanas d'animaux ne seront pas en reste.

« En fait, peut-être que tous ceux qui n'ont pas de chien vont se dire, en voyant la pièce : voilà, c'est exactement pour ça que je n'en veux pas! » résume Leboeuf.

« Dans tous les cas, j'ai l'impression que les spectateurs vont continuer à jaser de la pièce dans l'auto, sur le chemin du retour », mentionne Claude Prégent.

Parce que la pièce canine ne s'ébroue pas dans l'humour chien. Elle est drôle et tendre tout à la fois.

« Elle véhicule de belles valeurs humaines, précise André Robitaille. Un peu comme on parle de feel good movie, je pense qu'on tient une feel good production. »

Pour la petite histoire

- Lors de la création originale de la pièce, c'est Sarah Jessica Parker qui prêtait vie à Sylvia le chien.

- Matthew Broderick incarnait le premier rôle masculin lorsqu'André Robitaille a craqué pour la pièce signée Albert Ramsdell Gurney.

- La musique créée pour l'adaptation québécoise porte la griffe de Frédéric Reddy.

- Le décor est pour l'instant nimbé de mystère, mais on passera du parc à la maison en quelques pas. « Pour cette raison, ça reste assez épuré, on fait appel à l'imagination des spectateurs. Et les jeux d'éclairage sont extraordinaires », révèle André Robitaille.

Esprit de meute

C'est le troisième été consécutif que Les Projets de la Meute passent à Drummondville. Ils ont développé leur niche et leurs attaches, le public aussi. Plus de la moitié des billets de la saison ont trouvé preneurs avant même la première représentation.

Pas mal pour la compagnie de théâtre qui compte cinq ans d'existence et qui n'a que des succès sur sa feuille de route. On lui doit entre autres Le dîner de cons, L'emmerdeur, Boeing Boeing (présenté tout l'été à L'Assomption, après avoir été le succès de l'été 2015 à Drummondville), La galère (sur scène).

« On va peut-être se casser la gueule, mais, je touche du bois, ce n'est pas arrivé jusqu'ici. On fait très attention à nos choix et à nos ambitions », indique André Robitaille.

Surtout, pas question de changer les standards ni de tomber dans la facilité sous prétexte que c'est l'été. « On travaille fort et avec rigueur. On fait du théâtre, point. Du théâtre en été, soit, mais pas du théâtre d'été au sens léger et cliché du terme », insiste le metteur en scène et producteur, qui jure que l'art sur planches estival ne patauge plus dans les rires gras, le claquage de portes et les jokes en bas de la ceinture. En tout cas, pas chez la Meute.

Vous voulez y aller

Sylvia

Du jeudi au samedi, du 30 juin au 26 août, 20 h

15 juillet et 24 août, 14 h

10 et 26 juillet, 9 août, 20 h

Maison des arts Desjardins, Drummondville

Entrée : 50 $

Mercredi 28 mars 2018, 20 h

Salle Maurice-O'Bready

Entrée : 52 $




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