Pleins feux sur la famille

François Bellefeuille sera au Vieux Clocher de Magog... (Spectre Média, Maxime Picard)

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François Bellefeuille sera au Vieux Clocher de Magog cet été.

Spectre Média, Maxime Picard

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) François Bellefeuille n'avait pas encore terminé la tournée de son premier one man show qu'il planchait déjà sur le second. « Ça fait un an que j'écris. J'ai testé des numéros à la pièce au Bordel Comédie Club de Montréal. Je commence le rodage avec un spectacle qui est déjà bâti à 80 pour cent, je dirais. Et ça marche super bien. »

Son colérique et coloré personnage de scène l'a propulsé dans les hautes sphères de l'humour. Après un premier spectacle présenté devant plus de 300 000 personnes, après des apparitions remarquées sur le web (pensez à ses pubs de Noël) autant que sur les planches des festivals où le rire est roi, François Bellefeuille ne fait définitivement plus partie du club des recrues.

Il a été sacré Révélation de l'année en 2012. Depuis, son humour emporté a fait du chemin. Son drôle de zigue au caractère explosif séduit. Beaucoup. On ne remise pas une formule gagnante. Le savoureux personnage qu'il a créé à partir de ses travers et ses impairs est au coeur de son nouvel effort solo, mais on ne le retrouve pas exactement là où on l'avait laissé.

« Dans le premier show, mon personnage était un éternel célibataire. Je savais de quoi je parlais, la vie de couple ne me souriait pas tant que ça. Je ne pognais pas tellement auprès des filles. »

C'était avant.

Aujourd'hui, l'humoriste de 41 ans est non seulement en couple et heureux de l'être, il est aussi le fier papa de Milo et Dali. Le premier n'a pas encore deux ans, la petite dernière aura bientôt un mois. Autant dire : le quotidien a changé du tout au tout. Pour le mieux.

« Je pensais que j'allais trouver ça difficile, avoir moins de temps pour sortir, voir mes amis, tout ça. Et finalement, pas du tout. Je m'en fous. Je suis plus organisé au travail, je ne perds plus de temps sur Facebook, je profite davantage des rares fois où j'ai une activité à l'extérieur avec des chums. Mais mon rythme d'avant ne me manque pas. Je suis vraiment bien dans mon cocon familial. Je ne me lasse pas de mes enfants. Je ne pensais jamais que ça allait me combler à ce point-là. La vie prend une autre saveur quand on est parent. On redécouvre les choses à travers toutes les petites étapes traversées. J'adore tout ce qui fait la vie de famille. »

S'il se dit complètement gaga de ses enfants, ça ne l'empêche pas de rire des aléas qui s'invitent nécessairement dans l'équation parentale.

Partir de soi

« Depuis mes débuts, je m'inspire beaucoup de ce que je vis pour bâtir mes numéros. C'est bizarre, mais c'est très important pour moi d'intégrer du vrai. Mon personnage découle de mon côté impatient et colérique même si, bien sûr, j'extrapole et j'exagère beaucoup qui je suis et ce qui m'arrive. Là, une grosse portion du show est axée autour de ma nouvelle réalité, mais je l'évoque de façon complètement folle et disjonctée. Et j'essaie de rester original là-dedans. Ça ne me tente pas de répéter ce qui a déjà été fait par d'autres. »

Il cherche un instant comment en dire plus sans révéler de punch.

« Je pars de trucs qui me sont arrivés, mais je les pousse à l'extrême. Comment je pourrais dire? Par exemple, une nuit, mon fils était malade. Un rhume. Je le réconfortais, à trois heures du matin. Évidemment que j'étais fatigué. J'ai baillé et à cet instant très précis, il m'a toussé dans la bouche! Tsé, le timing... À partir de là, les probabilités sont contre toi, tu le sais que tu vas être malade. C'est le genre de choses qui ne s'inventent pas et à partir desquelles je peux bâtir un numéro. »

Les anecdotes qui passent sous sa loupe grossissante prennent évidemment des dimensions insensées. Ce qui multiplie les rires au fil d'arrivée.

Au gré des numéros testés ici et là, Bellefeuille a réalisé qu'il pouvait aller très loin lorsqu'il enchaîne les blagues sur ses enfants. Mais on lui laisse moins de terrain lorsqu'il évoque la vie à deux.

« Avec mes jokes sur la famille, je ne marche pas sur des oeufs, le public me laisse vraiment carte blanche. Mon carré de sable est plus petit quand je parle de ma compagne. Je sens qu'alors, j'entre dans une zone où il y a des limites. Curieusement, c'est plus sensible. J'ai réajusté certaines affaires, j'en ai retiré d'autres. Ça m'a obligé à être créatif, à trouver une petite craque par où je pouvais passer pour parler du couple. Mon but, ce n'est pas de choquer, c'est de faire rire. Le rodage permet de trouver le terrain où le public et moi, on se rencontre. Et un show, c'est ça, c'est une rencontre. »

Son exalté personnage est un peu plus en contrôle de son agressivité. Un peu plus nuancé, aussi.

« Sans délaisser ce qui fait la couleur de mon gars fâché, je voulais le faire évoluer un peu, quand même. Il est plus mature, malgré sa folie et son côté champ gauche. Et je pense qu'il parle de sujets qui touchent davantage les gens. »

Un saut dans le vide

Depuis une demi-heure, on jase d'humour, de scène, de vie de famille. On oublie presque qu'il n'y a pas si longtemps, quelques années à peine, François Bellefeuille passait ses journées dans une clinique à soigner des animaux. L'ancien vétérinaire avait six ans de métier lorsqu'il a fait le grand saut dans le vide en s'inscrivant à l'École de l'humour.

« C'était vraiment ça. Un saut dans le vide. Parce que je ne pouvais pas me douter que ça allait fonctionner. On se définit beaucoup à travers le travail. Surtout après de longues études. Et là, je retombais au bas de l'échelle. Être un humoriste pas connu, c'est dur. Mais je suis un gars qui fonce, je n'ai pas peur des défis. »

La place qu'il s'est taillée dans le milieu lui donne raison d'avoir tenté le coup.

« La preuve que c'était une bonne décision, c'est surtout que je m'ennuie zéro de mon ancienne vie. Et je ne détestais pas ça, être vétérinaire. C'est un beau métier et j'avais passé la phase des débuts, celle où l'on n'est pas nécessairement confiant encore. J'étais en contrôle. Je valais mon taux horaire pleinement. Et malgré ça, mon ancienne profession ne me manque pas... Je pense quand même que mon parcours comme vétérinaire a fait de moi une meilleure personne, quelqu'un avec davantage d'empathie. Je travaillais souvent en urgence. Devoir appeler un client à trois heures du matin pour lui annoncer la mort de son animal, tu sais que ça va l'affecter, que ça va peiner toute une famille. Et moi, je ne tolère pas la souffrance. Tout ce qui est souffrant, je veux dire. Collectivement, on devrait avoir le souci d'oeuvrer pour que diminue la souffrance humaine. Dans toutes les sphères. À travers mon humour, je ne suis pas moralisateur. Mais j'essaie de faire ma part autrement. En m'associant avec le Club des petits déjeuners, en faisant la promo du commerce local : à petite échelle, très modestement, c'est une façon pour moi de prêcher par l'exemple. De faire une petite différence, peut-être. »




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