Charnelle Isabelle

Isabelle Boulay n'avait pas offert de matériel original... (Courtoisie, Gassian)

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Isabelle Boulay n'avait pas offert de matériel original depuis Les Grands Espaces, en 2011.

Courtoisie, Gassian

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Isabelle Boulay l'a puissamment sentie dès les premières séances d'enregistrement d'En vérité, cette envie d'un album plus « incarné », qui « en appelait aux corps et aux âmes qui se frôlent ».

« Je ne voulais plus juste être dans l'esprit, mais chanter près de l'os, avec de la chair autour, et en quête d'une certaine substantifique moelle », précise l'interprète.

Cela s'entend dans sa voix. Charnelle, presque pulpeuse, déployée dans cette féminité épanouie, assumée et affirmée que la quadragénaire désirait laisser entendre.

« Ma voix est plus profonde qu'avant, je l'entends moi aussi. C'est parce que, même si je me sens encore fragile, je sais que je suis malgré tout moins ébranlable aujourd'hui. »

À l'instar d'un certain Saule. Cette pièce phare de son répertoire, qu'elle n'a pas livrée en spectacle « depuis au moins une dizaine d'années », elle s'apprête toutefois à la revisiter, alors qu'elle célébrera son 45anniversaire et ses 25 ans de carrière sur les plaines d'Abraham, en ouverture du Festival d'été de Québec, le 6 juillet prochain.

« Chanter de nouveau Le Saule donne une autre dimension au texte. C'est comme si je reprenais contact avec celle que j'étais alors, si fébrile de vivre, mais à travers celle que je suis devenue... Or, si j'oscille toujours, vocalement, je le fais maintenant plus lentement. La pièce gagne donc en densité, s'enracine plus profondément », confie-t-elle.

Ce Saule, se remémore Isabelle Boulay, elle l'avait d'ailleurs interprétée une première fois, assise « sur une fesse » sur un tabouret, en studio. C'est cette prise, « faite à l'instinct », qui avait été gravée sur États d'amour en 1998.

Le même « instinct animal » l'habitait quand, à la demande du réalisateur Benjamin Biolay, elle s'est installée au micro pour « tester » Won't Catch Me Cryin' en studio.

« Je savais quelle allait être la pulsion du disque. Je sentais son coeur battant au rythme que je voulais. La version de Won't Catch Me Cryin' qu'on entend sur l'album, c'est donc la deuxième prise qu'on en a captée : j'ai eu beau essayer, j'ai été incapable par la suite de la chanter avec autant de vérité que cette fois-là, alors que j'étais de nouveau assise juste sur une fesse, sur un tabouret... »

La femme continue donc de se fier à son instinct, ce qui lui permet d'affirmer qu'elle ne regrette aucun des choix qu'elle a pu faire, ni les chemins de traverse qu'elle a pu ou dû emprunter en cours de route.

« Je me souviens m'être demandée, pendant une discussion qu'on avait, coachs et mentors de La Voix, à un moment donné, ce que ma vie aurait été si, à 16 ans, j'étais restée à Matane au lieu de partir m'installer à Québec. Alex [Nevsky]est parti de ce questionnement pour écrire Le train d'après. Au fond, ce titre me fait réaliser que je n'ai aucun regret, que je serais là où je suis aujourd'hui de toute façon, peu importe les trains que j'aurais pris. »

Elle est tout aussi convaincue qu'il « faut être heureux d'être là où on est ». Et de s'ouvrir à la beauté du monde.

La quarantaine sereine...

Isabelle Boulay n'avait pas offert de matériel original depuis Les Grands Espaces, en 2011. Elle n'avait alors pas encore franchi le cap de la quarantaine.

« Pour moi, la quarantaine, c'est la période de tout légitimer, de m'octroyer certaines libertés, de faire le point. Elle marque le moment ou jamais de faire ce dont j'ai envie. » 

En vérité, la chanson de Didier Golemanas qui donne son titre à son plus récent album, évoque justement à ses yeux ces constats de mi-parcours de vie.

« Le fil conducteur du disque tenait à cette lucidité. On peut bien se connaître et se dire, mais bien s'accepter, c'est autre chose », explique-t-elle.

« En fait, c'est comme si j'avais jusqu'à maintenant tout emmagasiné, les fenêtres ouvertes vers l'intérieur. Là, j'ai décidé de rabattre les volets vers l'extérieur. Je mets mon âme à nu, sans fard, entre les lignes des textes. Oui, il y a de moi dans ces chansons, mais je n'en suis jamais totalement le personnage central. Quand je dis que je souhaitais chanter près de l'os, c'est justement pour rendre compte à ma manière de ce voyage dans ma vie », renchérit Isabelle Boulay.

...Grâce à Reggiani

Ce voyage a puisé sa vérité dans le répertoire de Serge Reggiani, dans lequel elle a plongé tête, coeur et corps le temps d'un disque et d'une tournée. Un répertoire qui lui a permis de « raffiner » ses interprétations. Et de comprendre non seulement pourquoi elle chante, mais aussi pour qui elle le fait.

« Le désir initial de chanter pour que les autres ne se sentent pas seuls, il est venu au monde dans le restaurant de mes parents, quand j'étais toute petite, à regarder certaines personnes boire leur chagrin en écoutant Si tu me payes un verre de Reggiani, justement... raconte-t-elle. À reprendre son matériel, j'ai réalisé pour la première fois que je chante également pour moi. Pour ne pas être seule non plus. Pour me faire du bien à moi aussi. »

Pour partager « espérance et humanité ».

« Je ne chante plus comme avant. Mon abandon à la musique est encore plus grand, du simple fait que je suis moi-même dans l'ouverture totale », fait-elle valoir.




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