Delaf et Dubuc : Vacheries en série

Les créateurs des Nombrils, Maryse Dubuc et Marc... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Les créateurs des Nombrils, Maryse Dubuc et Marc Delafontaine.

Spectre Média, Jessica Garneau

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(Canton de Hatley) Les créateurs des Nombrils, Maryse Dubuc et Marc Delafontaine, présentent une nouvelle série de bandes dessinées humoristiques, Les Vacheries des Nombrils, qui sera lancée le 24 mai. Avec ce huitième livre en onze ans, le duo estrien replonge dans l'univers des Nombrils et des personnages de Jenny, Vicky et Karine. Mais plutôt que d'inviter les lecteurs à suivre une trame narrative qui se suit, de la première à la dernière page, il revient à la formule « une page, un gag ».

Pour l'occasion, Dupuis a sorti son artillerie lourde. Panneaux d'affichage dans le métro parisien. Tournée d'événements où les gens se costument en personnages des Nombrils à Paris, Genève, Bruxelles, Montréal et Québec. Impression de plus d'une centaine de milliers d'albums, soit le plus gros tirage de toute l'histoire des éditions Dupuis pour le tome 1 d'une nouvelle série. C'est même plus que pour Les Schtroumpfs ou Les Minions.

« Pour le lecteur qui ne connait pas du tout les Nombrils, Les Vacheries sont une belle porte d'entrée. Avec la série principale, l'histoire est de plus en plus construite. Avec Les Vacheries, on propose une lecture plus légère, simplement pour se détendre dans l'univers des Nombrils et rigoler », explique le dessinateur, qui signe Delaf.

« Dans les précédents tomes des Nombrils, on devait faire des gags tout en gardant le cap sur l'histoire qu'on avait envie de raconter, c'est un grand défi. Là, on crée en toute liberté avec le seul objectif de faire rire les gens. Pour nous, c'est une récréation. C'est un peu comme si tu étais rendu au niveau 53 d'un jeu vidéo et que tu retournais faire le niveau 5. Tu le trouves super facile et tu fais juste t'amuser », enchaîne la scénariste, qui signe Dubuc.

Entre Les Nombrils et Les Vacheries des Nombrils, Delaf et Dubuc alterneront désormais, mais les deux séries continueront d'explorer le quotidien des adolescents avec des thématiques comme l'hypersexualisation, l'intimidation, les relations parents-ados, l'homosexualité et, bien sûr, le nombrilisme.

Sauver des vies

Pour s'inspirer, le couple puise dans ses souvenirs plutôt que de faire une enquête sur les adolescents d'aujourd'hui. « Si on observait les ados autour de nous, on poserait un regard d'adulte sur leur expérience et ce serait nécessairement un regard extérieur. C'est tout ce qu'on cherche à éviter avec les Nombrils. On replonge plutôt dans notre feeling d'adolescence pour le revivre de l'intérieur, y aller avec du vrai et de l'émotion », souligne Maryse.

« C'est certain que certaines choses ont changé. Dans notre temps, on n'avait pas de cellulaire, par exemple. Mais l'adolescence, c'est la découverte de soi et cela demeure un sujet intemporel et universel », ajoute Marc.

Les témoignages d'adolescents, reçus bien souvent par les réseaux sociaux, confirment que Les Nombrils font mouche. « Le plus touchant, c'est quand les jeunes nous disent que ça a changé leur vie. Il y a même, à deux reprises, des jeunes qui nous ont dit que ça avait sauvé leur vie. Comme créateur, tu reçois ça comme un cadeau incroyable. Ça bouleverse, ça fait super plaisir, mais il faut pas trop y penser, car c'est le genre de choses qui peut paralyser aussi », souligne Marc.

Le personnage d'Albin, un albinos qui souffre de sa différence, mais qui apprend à la tourner à son avantage, a aidé une ado atteinte du syndrome d'Asperger à choisir la vie. Un autre ado a réalisé, à la lecture des Nombrils, qu'il était lui-même une Vicky, une personne qui faisait souffrir les gens par ses mots, et qui a décidé de changer son comportement.

Et il y a les parents qui lisent pour revivre le passé et en rire, ou comprendre le présent de leurs enfants.

Le duo estrien crée de sa résidence isolée dans les bois du Canton de Hatley, loin des distractions de la ville. Des semaines bien remplies de 50 à 60 heures de travail avec des sommets à

80 heures.

« On se lève le matin et on a hâte de retourner dans cette bulle de création », notent Marc et Maryse, conscients de la chance qu'ils ont de partager cette bulle, ensemble.

Les Nombrils en chiffres

1,9 million d'exemplaires vendus

8 livres depuis 2006 soit 7 de la série Les Nombrils et 1 de la série Les Vacheries des Nombrils

La bédé est traduite en 8 langues

Plus de 415 000 mentions J'aime sur Facebook

L'adolescence des créateurs

Comment décririez-vous l'ado que vous étiez et à quel personnage des Nombrils ressembliez-vous le plus?

Maryse : J'étais une bonne élève et une sportive. Je n'étais pas une fille de grosses gangs. J'étais dans mes livres un peu et j'observais beaucoup le comportement de mes collègues d'école. Je me tenais en retrait des joutes de popularité, mais je les regardais avec intérêt. Je suis pas mal une Karine, car je ne sais pas me coiffer ni m'habiller, et je suis une grande qui fait du sport.

Marc : J'étais studieux et à mes affaires. Je dessinais beaucoup et je n'étais pas sportif, sauf en secondaire 4 et 5 où je me cherchais un peu plus. J'ai alors fait de la musculation et des compétitions de culturisme, mais après je suis revenu au dessin et j'ai ressemblé davantage au personnage de Dan.

Un drame d'adolescence que vous trouvez ridicule avec le recul?

Maryse : Je trouvais ça tellement gênant de me promener seule dans les corridors de l'école. Pour moi, cela signifiait que je n'avais pas d'amis. Si j'étais toute seule, j'allais me cacher dans les toilettes, c'était la honte. Avec le recul, je trouve ça ridicule. Une fille qui se promène seule, c'est une fille qui sait ce qu'elle veut, qui fait ses affaires et qui n'en a rien à foutre. Tant mieux pour elle.

Marc : Je me rappelle que j'étais complexé, car j'avais des boutons. J'avais honte d'aller à la piscine. Je pensais que c'était la fin du monde. Quand j'y repense, je trouve cela tellement juvénile. Il y a peut-être une petite revanche sur mon adolescence avec le personnage de Murphy.

Votre plus grande victoire d'adolescence?

Marc : Ma première publication à l'âge de 12 ans. J'avais illustré en bédé un poème de ma tante auteure-compositrice-interprète, Micheline Goulet. C'est mon premier projet artistique que j'ai réalisé de A à Z. J'étais fier. Micheline m'avait beaucoup épaulé et j'ai compris l'importance en tant qu'adulte d'accompagner les jeunes et de les pousser à finir les choses. Même si c'est tout petit. Car tant que tu n'as pas mis le point final à un projet, il reste dans le vague. Ce projet m'a donné la piqure.

Maryse : J'ai recroisé une ancienne professeure qui m'a dit se souvenir que, lorsque je levais la main en classe, elle se pressait, car elle savait que la question serait pertinente et qu'elle devait trouver une bonne réponse. Après coup, c'est le fun de savoir qu'en tant qu'ado, on dégageait une impression de sérieux et de réel intérêt pour la matière.

Le meilleur prof que vous ayez eu?

Marc : J'ai eu la chance d'avoir plusieurs profs marquants, mais je dirais une de mes profs d'art au secondaire, Louise Dazé, qui était passionnée et attentive. Lorsqu'elle sentait un réel intérêt de la part d'un élève, elle savait lui donner des ressources pour aller plus loin. J'ai eu la chance de faire partie de ces élèves. Elle m'a donné le goût de poursuivre en dessin en me donnant confiance en mes capacités.

Maryse : Moi, c'est au Cégep de Sherbrooke lorsque j'ai découvert l'existence de la philosophie grâce à mon excellente prof, Marie-Germaine Guiomar. Elle m'a intéressée à un domaine que je ne connaissais pas du tout. Ça m'a ouvert tout un nouveau pan, une nouvelle façon de réfléchir, d'établir des priorités. Elle m'a appris la notion de thèse et d'antithèse. La philosophie avec elle, c'était un voyage.

Ce qu'ils pensent, un de l'autre.

Maryse dit de Marc

« Marc est un travailleur acharné. Quand il y a une difficulté scénaristique, que ça fait plusieurs fois qu'on se bute sur un problème et qu'il reste à défaire le noeud, il n'abandonne pas avant de trouver la solution. C'est assez exigeant de faire de l'humour. À peu de choses près, il y a la différence entre un gag qui tombe à plat et un gag qui fait rire et Marc a la maîtrise pour trouver la bonne formule. »

Marc dit de Maryse

« Maryse est un peu la capitaine du bateau. C'est celle qui garde le cap et qui ne se laisse pas déconcentrer par l'arbre qui cache la forêt. Souvent dans la réalisation d'une histoire, il arrive un moment où on est empêtré dans toutes sortes de problèmes et on se demande comment s'en sortir. Maryse a toujours le regard juste avec le recul nécessaire pour cerner le vrai problème et ce qu'on doit régler en priorité. Elle remet le train sur les rails. »

Vous voulez y aller

Lancement sherbrookois des Vacheries des Nombrils

Vendredi 26 mai, 17 h

Biblairie GGC




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