Livre d'or, liens précieux

Les dix imprescriptibles droits du lecteur nommés par... (rene marquis)

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Les dix imprescriptibles droits du lecteur nommés par Daniel Pennac dans Comme un roman vivent dans une nouvelle édition. L'essai publié une première fois il y a 25 ans est ramené à l'avant-scène par la maison d'édition sherbrookois D'eux. Le temps a passé, mais les choses n'ont pas tant changé, constate l'écrivain européen, pour qui la clé est la même, toujours : il faut s'intéresser à nos enfants.

rene marquis

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) C'est bientôt l'heure de l'apéro en Italie. La ligne téléphonique n'est pas si bonne. Pas grave. À l'autre bout du fil, Daniel Pennac a l'humeur joyeuse et le propos pertinent, comme toujours. À l'image de ses livres jamais convenus, la conversation n'est avec lui jamais banale.

Et j'insiste sur le mot. Conversation. Parce que l'échange, riche, va tous azimuts et touche à des sujets sensibles, à des questions importantes. Le prétexte de cette conversation, donc, c'est un peu beaucoup la réédition de Comme un roman, 25 ans après sa publication. C'est la maison sherbrookoise D'Eux qui a eu la belle idée de lancer une édition anniversaire de l'essai qui a fait grand bruit lors de sa sortie et qui n'a rien perdu de sa pertinence, depuis. Illustrée par Quentin Blake, la perle imprimée se dévore d'un couvert à l'autre. Aujourd'hui comme avant.

Est-ce à dire que rien, vraiment, n'a changé?

« C'est drôle, quand même, parce que ces 25 années ont passé en cinq minutes, en ce qui me concerne. Le temps a filé vite. Maintenant, savoir si les choses changent... Lorsque j'ai commencé à enseigner, la première chose que j'ai entendue sur les élèves, la toute première chose, c'est qu'ils ne lisaient plus. »

C'était en 1969. Daniel Pennac était jeune professeur. La lecture était déjà un enjeu. Elle l'est encore maintenant.

« Le mode de vie a changé. Les supports ont changé, beaucoup. Les modes d'écriture aussi, puisqu'on est passé au clavier, à l'informatique. Mais pas les moeurs pédagogiques, en France, du moins. Les listes de lecture restent les mêmes. Les discours aussi. »

Ancré aux liens

On peut bien blâmer les oeuvres au programme qui ne changent pas. On peut aussi critiquer les méthodes et leur portée. On peut encore se désoler de l'omniprésence des écrans pluriels. Le noyau du problème est ailleurs et est toujours le même. Il est avant tout affaire de relations personnelles. Il est avant tout ancré aux liens qu'on tricote. Ou pas.

« Le noeud, il est dans la relation que les adultes, quels qu'ils soient, parents comme professeurs, savent entretenir avec les enfants. C'est simple, au fond : pour que nos enfants lisent, il faut s'intéresser à eux. »

Juste ça. C'est beaucoup. C'est au coeur de tout.

« Et sur un autre mode que celui de la consommation, précise encore l'écrivain. Intéressez-vous à vos enfants ou alors la consommation s'y intéressera. C'est vrai que je suis assez catégorique là-dessus. La seule différence, depuis la première publication de Comme un roman, c'est que dans tous les domaines où les adultes consomment, la jeunesse consomme. Sauf un, la maison, parce que les jeunes vivent encore chez leurs parents. Mais sinon, les enfants sont devenus des clients à part entière de la société marchande. Et il est évidemment plus difficile d'entretenir des relations avec des clients. »

Résister à la consommation

Triste constat, quand même.

« Il est triste si on systématise ma réponse. Autour de moi, je suis entouré de jeunes adultes qui ne sont pas dans cette dynamique avec leurs enfants. Ils ont une relation vraie. Le problème, c'est que la consommation infantilise tout le monde. Il faut y résister pour nourrir une relation affective avec les enfants, qui sont très demandeurs de ce temps-là qu'on leur consacre. Je crois que l'amour, ça se travaille. Et dans les couples. Et dans les familles. Et avec les enfants. Si on revient au livre, un des moments absolument privilégiés pour tisser le lien, c'est celui de la lecture du soir, un moment qu'on peut tout à fait prolonger jusqu'à l'âge adulte en prenant l'habitude de se lire des choses qu'on a aimées. »

La lecture partagée, à voix haute, est un moment de grâce. Un rendez-vous précieux pendant lequel se déploie un échange.

Le livre devient un terrain de rencontre. Une langue commune. Une aire de jeu où l'imaginaire a toute place. C'est vrai à la maison. C'est vrai en classe aussi.

Pennac le sait, y croit. Ce matin encore, il était dans une classe du primaire, où il a raconté Ernest et Célestine à des enfants de neuf ans.

« Je suis entré en mimant Ernest, ça les a fait rigoler. »

Dans la voix du romancier, un enthousiasme gamin.

« Je vais régulièrement dans les écoles. J'adore ces moments-là. C'est la vraie vie. »

La portée du clan

Une vie qu'il excelle à raconter. La force de sa saga des Malaussène, outre l'écriture délicieuse et à nulle autre pareille, c'est aussi beaucoup la portée du clan, l'attachante famille qu'il a réussi à dessiner à coups de chapitre et qu'il a fait revivre cette année dans Le cas Malaussène. Le roman publié 18 ans après la sortie du précédent livre de la série était en soi un événement littéraire. Il met la table pour un prochain tome d'ailleurs, sur lequel planche l'écrivain.

« Il y a deux volumes au minimum, peut-être trois. Ça dépendra des surprises que me réservera l'écriture. Auparavant, je faisais un plan, mais là, non. Je me laisse porter, je suis un peu dans la position du lecteur lui-même. »

Le roman s'est achevé sur une intrigue.

« Qui a enlevé Lapièta, tout est là. Je pense que vous serez surpris. »

Impossible d'arracher un détail de plus à l'écrivain. Il faudra patienter.

D'ici la sortie de ce prochain bouquin, on aura peut-être l'occasion de voir ici la pièce Un amour exemplaire, tirée de la bande dessinée du même nom que l'auteur européen a écrite et qui, maintenant, prend vie sur scène, en Europe, avec le Théâtre du Rond-Point. C'est Pennac lui-même qui narre le texte sur planches, l'inspirée illustratrice Florence Cestac dessine en direct.

L'image prend vie avec humour et éclat devant les yeux amusés des spectateurs.

« On devrait aller au Québec, mais je n'ai pas encore les dates. »

Pour ça aussi, on patientera. En relisant la BD. Ou bien Comme un roman. À voix haute, de préférence.

Une réédition parce que...

« Je me suis aperçu que les jeunes enseignants étaient nombreux à ne pas connaître ce livre-là, que je considère absolument comme essentiel. J'avais envie de le ramener à l'avant-scène, sur la place publique, parce que je trouve que Daniel Pennac dit brillamment comment il faut traiter les élèves comme des lecteurs plutôt que des liseurs. »

- Yves Nadon, directeur littéraire de la maison d'édition sherbrookoise D'eux.




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