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Charles-Antoine Gosselin : produits de bleuté

À l'époque où Charles-Antoine Gosselin était la voix et le principal... (Le Petit Russe)

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Le Petit Russe

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) À l'époque où Charles-Antoine Gosselin était la voix et le principal compositeur de la formation sherbrookoise Harvest Breed (anciennement Jake and the Leprechauns), le travail de préproduction tenait presque de la réalisation. Le chanteur arrivait avec des maquettes presque finales, quasi pareilles à ce qui figurerait sur l'album, et ses musiciens n'avaient qu'à s'y déposer.

Mais depuis qu'il a décidé de se lancer en solo et en français, son sextuor ayant choisi de prendre une pause en 2014, Charles-Antoine semble avoir trouvé un nouveau passe-temps : se mettre en danger.

Par exemple, c'est sur un coup de tête qu'il s'est inscrit, en 2015, aux Francouvertes, et le fait d'être retenu l'a forcé... à écrire des chansons et à les enregistrer. Même chose lorsqu'il a posé sa candidature pour les FrancoFolies et s'est retrouvé dans le programme. « Je n'avais pas assez de tounes pour une prestation d'une heure, donc j'ai dû en créer d'autres. »

Et lorsqu'il a présenté ses nouvelles pièces à ses musiciens, pas de maquettes ni de partitions. « Je ne voulais même pas imaginer de quoi les chansons pourraient avoir l'air. Je les leur jouais de mémoire. J'ai gardé le côté le plus dénudé possible jusqu'à la fin. Et quand nous avons commencé l'enregistrement, le bassiste [Philippe Brault] et le batteur [José Major] n'avaient encore jamais entendu les chansons », raconte celui qui a appris, ainsi, à se jeter sans parachute dans la spontanéité et la magie du travail de studio.

Autre exercice d'équilibriste qu'il s'est imposé : les premiers instruments qu'il a ajoutés à sa guitare sont... la trompette de Jérôme Depuis-Cloutier et le trombone de Renaud Gratton. Encore une fois dans l'optique de couper totalement les ponts avec son ancienne façon de créer.

« Ç'aurait été facile de garder la même méthode, de repartir avec guitare, batterie, basse et piano. Mais je voulais recommencer de la base et aller ailleurs. Les cuivres sont venus de cette idée d'être entouré d'autres sonorités auxquelles je n'étais pas habitué. Et ça m'a vraiment inspiré. »

La lumière de l'aube

Le lâcher-prise semble avoir été payant pour le Sherbrookois d'origine. Il a terminé deuxième parmi les trois finalistes aux Francouvertes (alors qu'il était passé de justesse en demi-finale, se classant neuvième sur les neuf places disponibles). Et l'an dernier au Festival en chanson de Petite-Vallée, il a raflé la majorité des prix, dont la Bourse Sirius de 10 000 $. Jumelés à une subvention du CALQ, tous ces succès lui auront permis de réaliser son premier disque, qu'il a autoproduit.

On pourrait dire des douze chansons de Bleu soleil (c'est aussi le titre de la dernière plage, inspirée de cette lumière accompagnant l'aube), qu'elles empruntent le même sentier « thérapeutique » qu'a suivi Charles-Antoine Gosselin. Plusieurs paraissent écrites par un homme qui est passé d'une certaine froideur nocturne à une douceur diurne. Les « bleus » du début finissent par s'ensoleiller.

« Il y a quelques années, je n'aurais pas été game de présenter mes propres tounes. Bleu soleil, c'est le projet de l'apprentissage et du dépassement - et c'est ce qui me rend le plus fier de ce disque-là. J'ai osé faire écouter mes chansons avant qu'elles soient terminées. J'ai créé mon étiquette, je me suis occupé de la pochette, j'ai monté mon site web. Je me suis surpassé à chaque étape, donc la satisfaction est vraiment profonde, peu importe ce qui arrivera par la suite. »

La sixième plage, Les moments de dérive, exprime d'ailleurs cette idée de la découverte du plaisir dans l'abandon... et un peu du regret de ne pas en avoir pris conscience plus tôt.

« Se faire des scénarios, anticiper ce que les autres vont penser, ça crée de l'anxiété. C'est une chanson où je me dis que je suis niaiseux de craindre le pire, parce que ce moment où j'ai tant capoté a finalement été un des plus beaux de ma vie. Malheureusement, c'est souvent quand on regarde en arrière qu'on s'aperçoit que les périodes d'angoisse sont celles où on avait tout devant soi. »

Le même genre d'éveil traverse L'espoir est un lit froid : « Nos rêves sont tellement précis qu'on ne s'apprécie pas », y chante Charles-Antoine, exprimant cette torsion d'un esprit qui ne vit que dans l'attente du meilleur plutôt que dans le présent. « Ça pourrait être la première toune du disque, le moment où tu réalises ce qui arrive et que tu amorces le changement. »

« Pour moi, Bleu soleil est l'album de la transition, celle de mes dernières années : passer de groupe à solo, quitter l'Estrie pour les Laurentides... Les premières chansons, écrites au début de ce changement, sont plus mélancoliques ou tristes. Avec le temps, plein de choses se sont réglées dans ma vie, et les pièces récentes sont plus joyeuses. Ça suit cette courbe-là. »

Le coup de pied d'André

Charles-Antoine Gosselin a coréalisé l'album avec André Papanicolaou, qui a déjà mis sa griffe sur les projets de Vincent Vallières, Patrice Michaud, Daran et Pascale Picard, entre autres.

« Je l'ai rencontré par une amie commune, Geneviève Toupin, qui est membre des Charley Davidson avec André, Benoît Morier et Simon Blouin, entre autres. Elle m'a demandé de faire leur première partie. Je connaissais André seulement de nom. Après mon set, il est venu me voir : "Je capote! Si jamais t'as besoin d'un réalisateur..." Après, quand j'ai commencé à plancher sur le concret des chansons, je me suis mis à tourner en rond. Il me fallait quelqu'un pour échanger des idées, comme au temps de Harvest Breed. J'ai appelé André, qui a été le coup de pied pour me sortir de là. »

Cette collaboration explique en partie la couleur new folk (trompette et trombone sont généralement rares dans ce créneau) des chansons de l'Estrien... avec cette notable différence qu'elles sont en français. Pour les quatre albums de Harvest Breed, les textes, en anglais, étaient signés par Philippe Custeau.

« Le plus dur, dans le passage de l'anglais au français, ç'a été le chant. La voix n'est pas placée pareille, les accents toniques sont ailleurs. Il m'a fallu un peu de temps. Mais pour l'écriture, il n'y avait pas de transition, parce que c'était la première fois que je signais les textes. Je me suis quand même aperçu que je n'avais pas beaucoup de références en francophone », avoue celui qui suit surtout les traces de Neil Young et de Nick Drake. « Mais cela faisait partie de ma démarche artistique de garder ça en français. »

En ayant écrit la plupart de ses chansons en mode guitare voix, Charles-Antoine Gosselin sait qu'il peut les livrer facilement en solo, mais il se produit presque aussi souvent en quatuor, soit ses deux cuivres et son frère Marc-André (qui faisait aussi partie de Harvest Breed) à la guitare électrique et aux choeurs.

« Ça allait de soi qu'il m'accompagne. J'ai tellement de complicité avec lui, le mariage de nos voix est tellement hallucinant que la question ne s'est même pas posée. »

La la band

C'est probablement l'air le plus connu des Harvest Breed... sauf que la plupart des gens l'ignorent. Jusqu'à l'an dernier encore, Tourisme Cantons-de-l'Est s'est servi d'un redoutable refrain ver d'oreille signé par le groupe et constitué simplement de la la la pour sa publicité télé estivale.

Il s'agit en fait de la chanson You Know?, figurant sur le dernier disque de la formation, Everything Changes, paru en 2012.

« C'est certain que les gens ne m'en parlent pas, parce qu'ils ne savent pas que c'est moi! rapporte Charles-Antoine. Mais je vais t'avouer que l'an dernier, la publicité est passée à la télé pendant que je faisais autre chose... et durant quelques secondes, je me suis demandé qui chantait ça. Je ne l'ai pas reconnue! » ajoute-t-il dans un éclat de rire.

Bleu soleil

CHARLES-ANTOINE GOSSELIN

FOLK ROCK FRANCO

CAG Disques

Vous voulez y aller ?

Charles-Antoine Gosselin

Jeudi 6 juillet

Parc des Vétérans, Lac-Mégantic

Vendredi 6 octobre, 20 h 30

Vieux Clocher de Magog

Entrée : 29 $




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