Mal de mère

Alexis Durand-Brault et Gabriel Sabourin ont respectivement réalisé... (Le Soleil, Érick Labbé)

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Alexis Durand-Brault et Gabriel Sabourin ont respectivement réalisé le film et adapté le roman C'est le coeur qui meurt en dernier de Robert Lalonde, le second tenant également le rôle principal aux côtés de Denise Filiatrault et Sophie Lorain. Le long métrage prend l'affiche vendredi.

Le Soleil, Érick Labbé

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(Québec) Il y a trois ans, Alexis Durand-Brault venait à peine de compléter La petite reine, son drame biographique sur Geneviève Jeanson, qu'il a commencé à travailler sur C'est le coeur qui meurt en dernier avec Gabriel Sabourin, à qui il a confié l'adaptation. Ensemble, ils ont puisé dans leurs souvenirs d'enfance pour transposer en images ce puissant drame familial qui évoque avec beaucoup de finesse et d'humanité le vieillissement de la population, la maladie et l'aide à mourir.

Le scénariste-acteur et le réalisateur sont, de toute évidence, soulagés. Le premier parce qu'il avait la lourde tâche d'adapter le roman de Robert Lalonde, un livre sans véritable narrateur basé sur un univers « très sensoriel ». « Il n'y a pas de structure autre que les souvenirs d'enfance. » Le deuxième parce qu'il se sentait terriblement « responsable » de confier Mme Lapierre à Denise Filiatrault, qui n'avait pas joué un rôle principal devant la caméra depuis 25 ans (elle a fait une apparition dans Laurence Anyways de Xavier Dolan en 2012). « C'est probablement son testament artistique. Tu ne veux pas qu'elle finisse sur une fausse note. »

La grande dame de la scène québécoise interprète une vieille femme atteinte d'Alzheimer qui veut se rapprocher de son fils Julien (Gabriel Sabourin) avant de perdre la tête, sans savoir que celui-ci a publié un livre qui relate la relation particulière qu'il a entretenue avec sa mère (jouée dans la quarantaine par Sophie Lorain) et qui révèle de lourds secrets de famille.

« Dans toutes les familles, il y a toujours des non-dits, surtout à cette époque-là, explique le cinéaste. On cachait tout. C'est pour ça que les gens buvaient autant. Le secret te gruge par en dedans. »

Cet univers de femmes prisonnières de leur spleen, « c'est toute [son] enfance ». Ce qui explique des ajouts, parfois anecdotiques - Julien qui mange toujours des May West -, d'autres beaucoup plus conséquents.

Mort lente

Gabriel Sabourin a ainsi introduit la délicate et explosive question de l'aide à mourir, surtout dans le contexte de l'Alzheimer - Mme Lapierre demande à son fils de l'aider à « lever le flye ».

« Les conséquences de cette maladie sont spectaculaires. C'est une partie de l'âme qui disparaît. C'est un dilemme moral fort. On peut être pour ou contre, reste que c'est très humain », souligne le scénariste de Miraculum.

« Ce que j'aimais, ajoute le réalisateur, c'est que c'est vraiment la mère qui dit à son fils : " Tu vas me tuer parce que je ne veux pas finir comme ma soeur [prostrée dans son lit], mais avant, je vais te cracher le morceau " » sur l'inavouable. Il y a aussi un sentiment de culpabilité qui est en jeu, dans cette démarche.

Mais, également, toute la question du poids de l'âge, tant sur l'individu que l'entourage. Gabriel Sabourin était fasciné par les peuples, comme les Inuits et les Japonais, où des aînés choisissent volontairement de partir, sur la banquise ou dans la forêt, et de s'infliger une mort lente. « Ça m'a toujours chamboulé. C'est un geste d'amour. »

Pour l'évoquer, le duo montre Mme Lapierre qui visionne La ballade de Narayama (le chef-d'oeuvre de Shohei Imamura, Palme d'or en 1983).

Ces changements n'ont pas heurté le principal intéressé - il leur avait donné carte blanche. Robert Lalonde joue d'ailleurs un petit rôle pivot dans le film, celui d'un barman qui pose une question cruciale à Julien, son alter ego. C'était une façon de lui rendre hommage, tout comme cette narration en voix hors champ au début du long métrage, qui permet au spectateur d'entendre la musicalité des mots de l'auteur.

Dit et non-dit

La force du récit, « c'est qu'il y a certaines émotions universelles. Ça devient une oeuvre importante pour les gens. Ils sont touchés par cette émotion subtile de ce que sont les relations entre une mère et son fils », avance Gabriel. « Entre le secret et le mensonge, entre dit et non-dit », complète Alexis.

Avec un film sur les liens filiaux, on ne s'étonne guère qu'Alexis Durand-Brault ait tout de suite pensé à sa belle-mère pour interpréter Mme Lapierre à 82 ans. Puis sa conjointe pour le même rôle à 45 ans. Pour se tourner ensuite vers son scénariste pour le rôle principal - dont le frère Jérôme est à la direction photo. Geneviève Rioux, la conjointe de Gabriel, qu'on ne voit malheureusement plus au cinéma, a aussi un rôle.

« Ça s'est fait naturellement », lancent les deux hommes presque simultanément. L'avantage de cette proximité, c'est que les principaux intéressés n'hésitent pas à remettre en question le travail des créateurs au besoin. Le désavantage? « C'est du monde confrontant », rigole Alexis. « Mais si tu y vas avec ton coeur, ils vont toujours te respecter. »

Le réalisateur de 44 ans n'a d'ailleurs eu aucune difficulté à convaincre son entourage à s'investir dans ce long métrage.

Dès qu'il a lu C'est le coeur..., il a su qu'il en ferait un film. « Je trouvais qu'avec ce roman, Robert Lalonde a décidé d'accepter sa mère telle qu'elle est, avec ses qualités et ses défauts. Ça me parlait : j'y ai vu ma famille. »




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