• La Tribune > 
  • Arts 
  • > Richard D'Anjou : toujours punk, moins l'anarchie 

Richard D'Anjou : toujours punk, moins l'anarchie

Le premier albun solo de Richard D'Anjou, Beautiful... (Spectre Média, Marie-Lou Béland)

Agrandir

Le premier albun solo de Richard D'Anjou, Beautiful Me, marque son retour à la musique à temps plein.

Spectre Média, Marie-Lou Béland

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Richard d'Anjou a maintes fois raconté sa descente aux enfers après la fin de Too Many Cooks, puis sa remontée à l'air libre. Le temps est maintenant venu de parler de ses nouvelles chansons... même si elles ont inévitablement été inspirées par sa traversée du désert et par tout ce que cette épreuve lui a appris sur lui-même et sur la vie.

En fait, son premier album solo Beautiful Me, qui paraissait hier sous étiquette L-A be, marque surtout son retour à la musique à temps plein, après une pause de plus de dix ans. Au sortir de ses années sombres, le Magogois d'origine a commencé à oeuvrer dans la construction, comme menuisier-charpentier, son patron lui permettant de s'absenter de temps à autre pour les spectacles. Mais de là à le libérer pour la réalisation d'un album et une tournée...

« Je sais que je travaille bien avec mes mains, mais ce n'est pas ma passion. Moi, ce que j'aime, c'est écrire, créer et faire des shows. Et à 52 ans, pas question que je me lève le matin pour un job qui ne me passionne pas. J'ai arrêté la construction l'automne dernier, parce que je commençais à être tanné. »

La décision de faire un album solo s'est prise avec la rencontre de l'écrivaine, metteuse en scène et gérante d'artiste Véronique Marcotte, qui l'a depuis fait entrer dans son écurie. « C'est une fan de Too Many Cooks et, il y a un peu plus d'un an, elle m'a demandé quand je sortais mon disque. Je lui ai dit que je n'avais pas d'argent. "On va t'en trouver!" qu'elle m'a répondu. »

Une campagne de sociofinancement s'est ainsi organisée, permettant d'amasser près de 25 000 $. « Mais pas mal tout le monde a pitché in dans ce projet-là, en ne facturant rien », précise le chanteur.

Un gars en colère

Après plusieurs années à se tenir loin de tout ce qui touchait l'univers de la musique, Richard d'Anjou a repris la plume il y a environ cinq ans. Beautiful Me comporte des chansons datant de cette époque, mais aussi certaines (Free, I Keep Pushing) écrites en une journée, alors qu'il était en préproduction ou en studio. Les auditeurs retrouveront un auteur-compositeur-interprète qui a encore son côté révolté, critiquant le monde qui l'entoure, mais qui ne s'épargne pas non plus.

« Je vais toujours être un h... de punk, un gars en colère. C'est juste que je ne crois plus à l'anarchie comme solution, à ajouter de la merde sur celle qui existe déjà. Punk est devenu pour moi synonyme de ne plus gober tout ce qui se dit dans les médias, de faire ses propres conclusions. »

Avec son singe couronné qui se tire l'égoportrait, Beautiful Me est un disque qui apparaît évidemment comme une charge contre l'égocentrisme ambiant cultivé par les réseaux sociaux. Mais comme plusieurs de ses chansons, Richard d'Anjou exploite une ambiguïté du texte qui lui permet de s'inclure dans ses critiques. Notamment pour éviter de se draper de vertu.

« L'autre jour, je me suis fâché parce qu'un jeune n'a pas tenu la porte pour une dame. Ma blonde m'a ramené sur terre : même si j'ai adopté des valeurs de paix, de respect et d'amour et que j'essaie de les répandre, elle m'a rappelé que tout le monde ne peut pas être Richard d'Anjou. Et elle a raison », explique celui qui pratique aujourd'hui la philosophie bouddhiste.

Ses années de dépendance lui ont notamment inspiré Slave, récit de ce moment où, à 15 ans, lors d'un party d'adolescents dans un sous-sol, il a calé une bouteille de rhum en cachette. Il se souvient clairement de la sensation physique qui lui a traversé le corps, quand ses épaules sont retombées. « C'est pour ça que je trouve que je n'ai pas de mérite de m'en être sorti : je le savais depuis le début que j'aurais des problèmes avec ça. J'ai arrêté parce que j'en avais assez de souffrir. »

La fragilité comme qualité

Free, le premier extrait, est une main tendue à un ancien ami perdu de vue, également aux prises avec des problèmes de drogue. Dans I Keep Pushing, c'est son désir de se battre pour l'avenir de ses enfants qui transparaît. Avec Come Save Me, le chanteur se redit qu'il sera toujours fragile et ne devra jamais baisser la garde.

« Une dépendance, c'est 15 pour cent la substance et 85 pour cent la gestion des émotions. Mais je ne perçois pas la fragilité comme un défaut. Ça me rend parfois à pic et à fleur de peau, mais ça veut dire que je suis quelqu'un de sensible. »

Ces amis qui ne l'ont jamais lâché même dans les pires moments et envers qui il sera toujours reconnaissant, Richard D'Anjou les a retrouvés, fidèles au poste, pour son premier opus solo. À commencer par le bassiste Jean-François Lemieux, qui a coréalisé le disque et qui est un ancien collaborateur de Too Many Cooks.

Richard d'Anjou a aussi invité son alter ego Dan Georgesco, qui est venu faire quelques lignes de piano pour lui. « On s'est retrouvés tous seuls tous les deux en studio pour créer. Ça m'a fait du bien. Et il y a Lulu [Hughes] qui n'arrêtait pas de me dire qu'elle voulait venir faire des voix. Lulu, c'est comme ma soeur, c'était certain que je lui dirais oui. »

Très rock dans les premières plages, Beautiful Me finit par se teinter d'un peu de blues et de folk à la moitié du disque. Mais ça, ça s'est décidé en studio, insiste-t-il. « Il y a déjà assez de règles dans la vie pour ne pas tout compliquer avec la musique. Ça s'est fait dans la spontanéité, à ma façon. »

RICHARD D'ANJOU

Beautiful Me

POP ROCK ANGLO

L-A be




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer