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David Goudreault: écrire à bride abattue

David Goudreault... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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David Goudreault

Spectre Média, Frédéric Côté

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Trois romans en trois ans, c'est l'exploit que vient de réussir David Goudreault, avec la parution du dernier tome des péripéties de sa « chère » Bête. Après La bête à sa mère (2015) et La bête et sa cage (2016), Abattre la bête arrivera chez les libraires mercredi, avec un titre qui ne laisse aucune équivoque sur le point final à la série.

« J'avais cette crainte de rester pris trop longtemps avec ce personnage. Je ne crois pas que cela aurait été payant à long terme », estime celui qui n'avait pas du tout songé à faire vivre sa petite crapule sur autant de pages. C'est à la demande des lecteurs, puis de son éditeur qu'il a poursuivi l'aventure, mettant sur la glace un autre projet de roman, complètement différent, qu'il vient d'ailleurs de reprendre... trois ans plus tard.

Mais ce futur livre ne devrait pas voir le jour avant 2019, voire 2020. L'auteur a maintenant envie de revenir aux bouchées simples, surtout que la cigogne est passée une deuxième fois le mois dernier, un petit garçon s'ajoutant à sa tribu.

« Trois romans en trois ans, c'est un tour de force... et c'est assez épuisant. Mais c'est ma façon de fonctionner : j'avance par défis. Quand j'ai décidé de faire une trilogie, j'ai tout de suite établi que ce serait extrêmement rapide et que j'imposerais mon rythme. Et je sais que ça a dérangé. Le milieu littéraire, que j'adore quand même et où je me suis fait de très grands amis, demeure assez rigide. »

C'est-à-dire que David Goudreault bousculait certaines approches, notamment celui d'espacer chaque parution de deux ou trois ans, question de laisser chaque livre se bien vendre. Mais les droits d'auteur n'ont jamais été son moteur. Le slameur, poète, chroniqueur et romancier a toujours carburé aux attentes de son lectorat, lesquelles n'avaient jamais été aussi fortes comparativement à ses albums ou à ses recueils de poésie. « C'est très stimulant pour un créateur! »

Les premiers mots du roman aplaniront toutefois les espoirs d'une suite chez les plus ardents amateurs : « À la fin de ce récit, je vais me tuer. Et puis mourir. C'est ainsi. Toute bonne chose a une fin, mais moi aussi », cite David Goudreault.

« Mais jusqu'à un certain point, il accomplit sa quête : retrouver sa mère. Et c'est peut-être l'élément le plus drôle dans toute cette histoire : ultimement, c'est une fin heureuse, parce que la Bête, malgré toutes ses maladresses et toute son inconscience, réussit à atteindre le but de son aventure. Mais c'est clair, pour moi, qu'il y a une mort symbolique du personnage, car j'ai le sentiment d'être allé au bout, en mettant tout ce qu'il pouvait vivre. »

Trashy-comique

Campé à Sherbrooke et construit sur une quête identitaire, La bête à sa mère s'attardait sur la réalité des familles d'accueil, des centres jeunesse et des travailleurs sociaux. La bête et sa cage était une immersion dans le crime organisé et le milieu carcéral (ici le pénitencier de Donnacona). La destinée de la Bête se terminera à Montréal, l'auteur explorant cette fois les thèmes de la psychiatrie, de l'itinérance, de la prostitution et de la pauvreté.

On l'aura compris, la Bête (le personnage n'a toujours pas de nom) réussira assez rapidement à s'évader et aboutira à la place Émilie-Gamelin, non loin de la rue Ontario.

« Montréal s'est imposé par la force des choses. Si je voulais explorer l'univers de la psychiatrie et qu'il y avait eu meurtre, il fallait que ça se passe à l'Institut Pinel. Mon personnage devait aussi vivre une métamorphose pour échapper aux policiers. En en faisant un punk, c'est sûr que ça disqualifiait Sorel comme cachette. Et puis, j'avoue que j'avais ce fantasme que la Bête, un homophobe fini, se retrouve en plein quartier gai! » raconte-t-il en pouffant de rire.

On pourrait avoir l'impression, en lisant le passage de l'évasion, que David Goudreault succombe aux sirènes de la fiction pure et s'éloigne d'une certaine vraisemblance dont il s'est servi pour dépeindre le réel avec fidélité. Mais l'auteur a fait ses recherches, notamment pour justifier les difficultés de la police à débusquer le jeune bandit : un individu reconnu non criminellement responsable ne peut être fiché comme criminel.

« Mon frère avocat est une de mes ressources privilégiées. J'ai aussi validé des choses avec des amis policiers. À cause de lenteurs administratives, il y a des criminels, dont le profil génétique devrait être prélevé rapidement, qui échappent au processus. Mon personnage passe par une de ces fissures du système. C'est un drôle de hasard, mais ce n'est pas impossible. »

Ayant retenu les leçons de La bête et sa cage, David Goudreault a construit son nouveau roman sur une structure encore plus précise, ce qui lui a permis de travailler davantage son style et son humour, qu'il qualifie de trashy-comique.

« C'est moins violent que le livre précédent et plus léger dans le ton. Peut-être parce que j'assume mieux cet aspect. Aujourd'hui, je trouve que c'est une force de mes romans, même si on rit jaune. J'ai compris que je n'étais pas moins littéraire à cause de ça. »

« Le plus dur, poursuit-il, aura été de me retenir de commencer à écrire tant que je n'avais pas tous mes derniers punchs. Trois informations très fortes sont révélées à la fin. Il y a une grande part de mathématiques dans l'écriture d'un roman. »

En attendant le film

Outre l'écriture du prochain livre et les chroniques pour le Groupe Capitales Médias qui se poursuivent, les lendemains du cycle de la Bête, pour David Goudreault, seront faits de l'adaptation de La bête à sa mère au cinéma, avec le réalisateur Simon Sauvé. Le repérage à Sherbrooke va bon train. On songe à une distribution. Un producteur a été trouvé. L'étape cruciale du financement est entamée.

Il y a aussi un intérêt pour que le tome 2 suive le même chemin. « Mais c'est un gros autobus », commente l'écrivain.

David Goudreault a également commencé à travailler sur un nouveau spectacle, la tournée de La faute au silence étant terminée. « Je pense cette fois à une prestation où j'assumerais davantage mon côté humoristique, à mi-chemin entre le stand-up et la poésie. Une sorte de mélange de Fabrice Luchini... et David Goudreault. »

Une chose est sûre : une grande scène l'attend pour le 23 juin au soir, souligne-t-il sans en dire davantage.

Il poursuivra aussi les ateliers de création auprès de certaines clientèles, dont celles du milieu carcéral et des centres jeunesse, même s'il a définitivement quitté son poste de travailleur social au Cégep de Sherbrooke l'automne dernier. « Ce sont toujours de belles rencontres, parce que ces jeunes-là en ont tellement à dire! »

Lancement en douze temps

Il y a deux moments que David Goudreault affectionne particulièrement dans le processus littéraire : la première écriture et le lancement (avec la rencontre des lecteurs qui vient avec), une fois la pénible étape de la relecture terminée. En fait, l'auteur aime tellement les lancements qu'il en aura douze! Outre Sherbrooke et ses environs, Montréal, Québec, Saguenay, Rimouski, Joliette, sans oublier Trois-Rivières, sa ville natale, sont tous à l'agenda. Et ajoutez... Genève et Paris!

« Je suis invité au Salon du livre de Genève par l'Association des libraires pour donner un spectacle. J'en ai donc profité pour organiser un lancement. Même chose pour Paris où je suis invité chaque année pour animer une soirée de l'Association France-Québec. »

Pour son lancement sherbrookois, le duo d'artistes Alicia Burton s'est inspiré de tous ses écrits pour réaliser une vingtaine de toiles. « Pour toutes celles qui restent à vendre (car j'en ai acheté quelques-unes et plusieurs de mes proches en ont réservé), les profits seront versés au Tremplin, l'organisme communautaire qui m'a aidé à prendre mon élan avec le slam. C'est très généreux de la part d'Alicia Burton. »

ABATTRE LA BÊTE

ROMAN

Stanké

240 pages

En librairie le 12 avril

Bibliographie (ROMANS ET POÉSIE)

2012 Premiers soins

Mines à vacarme

2014 S'édenter la chienne

2015 La bête à sa mère

2016 La bête et sa cage

Testament de naissance

2017 Abattre la bête

Discographie

2009 Moins que liens

2011 À]pprofon[dire

2014 La faute au silence

Vous voulez y aller

Lancement d'Abattre la bête

Samedi 8 avril, 17 h

Publibrairie Le Buvard, Gould

Lundi 10 avril, 17 h

Boquébière, Sherbrooke

Dimanche 16 avril, 11 h

Maison des auteurs, Sherbrooke

Dimanche 23 avril, 14 h

Centre Yvonne L. Bombardier, Valcourt




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