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Le regard fixé vers l'ailleurs de Damien Robitaille

Le Franco-Ontarien Damien Robitaille fera paraître le 7... (Archives, Le Soleil)

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Le Franco-Ontarien Damien Robitaille fera paraître le 7 avril Univers parallèles, un disque aux influences pop, funk et gospel.

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Un concert ottavien - pour célébrer l'anniversaire de SOS Monfort - il y a une dizaine de jours. Une vitrine du côté gatinois - au Minotaure, le 31 mars, avec Bernhari et Jason Bajada, cette fois à l'invitation du JunoFest. Il peut sembler être partout, Damien Robitaille. Et pourtant, le chanteur n'a jamais été aussi loin du mode «omniprésent», lui qui a lâché la musique des îles d'Omniprésent, disque paru en 2012, pour mieux ouvrir des Univers parallèles.

Sur ce nouvel album, qui paraîtra le 7 avril, le Franco-Ontarien revient à l'esprit de L'homme qui me ressemble (2006) et Homme autonome (2009), ses deux premiers opus. Avec nettement plus de moyens pour le produire.

De là à dire qu'il s'agit de l'album  qu'il aurait voulu faire à ses tout débuts... il y a un grand pas qu'il se garde bien de franchir: «À mes débuts, j'aurais voulu faire un album à la Hank William, quelque chose en solo, mais pour L'homme qui me ressemble, on m'a dit: 'Damien, il faut que tu joues avec des musiciens!'. Alors on a mis des musiciens et on a arrangé tout ça...» rigole-t-il. 

Envie d'être ailleurs

Univers parallèles se décline en 11 chansons où se télescopent des soleils radieux et des lunes taciturnes. Aux éléments musicaux plutôt sautillants et toujours très dansants (du funk et du disco rescapés des années 70; des élans soul et gospel enthousiastes, entre autres réjouissances), le Franco favori des Québécois a greffé des paroles moins ouvertement joyeuses.

Comme si les textes, bien qu'ils soient toujours farceurs, truffés de jeux sur les mots et d'espiègles métaphores filées, ne pouvaient cacher la mélancolie qui affleure. 

«Je ne planifie pas les thèmes à l'avance. Pour moi, l'écriture, c'est le subconscient qui sort. [Mais] ce que je sens, dans ce disque-là, c'est le désir d'être ailleurs», résume Damien Robitaille. 

«Sur [le morceau] S.O.S., je dis clairement vouloir être tout seul sur une île déserte. Sur Le fleuve, je dis vouloir partir dans le courant. Ennemi imaginaire est un peu dark, aussi. Sur Sortie de Secours, ça va mal partout, il faut s'organiser pour sortir au plus vite. En fait, le disque est pas mal dark partout», étaye-t-il. 

Même le premier extrait, Tout feu tout flamme, ritournelle pourtant joyeusement pulsive, contient des traces d'insatisfaction, voire d'étiolement. La chanson dessine un moment dans la vie «où ça va moins bien... je dis que je voudrais mon âme tout feu tout flamme, qu'il faut rallumer ça», indique le chanteur. En riant - car l'amertume du disque ne correspond en rien au ton de sa vie personnelle, ni sur le plan affectif, ni d'un point de vue professionnel, prend-il soin de préciser. 

L'eau et le feu

On lui demande s'il a cherché à filer en parallèle, à travers ses chansons, les métaphores du feu, gage d'une joie lumineuse, et de l'eau, porteuse d'un flot plus mélancolique. «J'aime la nature et les forces naturelles de la terre», d'où, peut-être la présence régulière d'images d'eau et de feu, rétorque-t-il. «Il y a trois ans, j'ai déménagé sur la rive sud de Montréal, à Longueuil, et maintenant j'ai un accès presque direct au fleuve, où je vais très souvent me promener. C'est peut-être pour ça. Quant au feu, je ne sais pas... C'est vrai que je me suis acheté un poêle à bois», poursuit-il avant d'éclater de rire.

«Mais c'est vrai que j'ai grandi au bord de l'eau. À Lafontaine [son village natal, dans la baie Georgienne], on faisait beaucoup de feux sur la plage. Peut-être que ça vient de là, l'eau et le feu.»

Damien Robitaille avoue avoir cherché à incorporer sur Univers parallèles «un peu tous les styles» qu'il a appris à maîtriser un peu, ces 10 dernières années. Il assume aussi une rupture totale avec les rythmiques tropicales qui caractérisaient Omniprésent

«Je suis un gars d'obsessions. Je vais m'accrocher à un style musical, puis je vais l'épuiser. Au bout d'un moment, je me fatigue. Ou, plutôt, j'ai l'intérêt d'aller ailleurs. Je cherche de la nouveauté. À l'époque d'Homme autonome, j'étais dans une période reggae, [même si] je ne sais pas si ça s'entend tant que ça. Avant, c'était beaucoup plus country. J'aime toujours la musique latino-américaine, mais je pends un break.» 

Les influence qui ont nourri ce quatrième disque ne sont pas clairement identifiables, estime Damien Robitaille. «Je n'ai pas beaucoup écouté de musique, ces dernières années. Ça me fatigue vite les oreilles. J'apprécie énormément le silence. J'en ai tellement écouté dans ma jeunesse, ça me fait une pause!»

Bain de pop

«Mais il y a quand même quelques petites choses qui sont ressorties», comme le côté funk des chansons, et le désir de «faire quelque chose de plus pop».

Le Franco-Ontarien a scruté le travail du compositeur et producteur Max Martin. S'associant à de nombreuses vedettes - The Weeknd, Britney Spears, Katy Perry, Maroon Five, etc. - ce Suédois multiplie les hits. «C'est lui, je crois, qui a composé le plus de 'numéros un' de tous les temps [NDLR: Wikipédia lui attribue la paternité de 22 simples s'étant retrouvés au sommet du Billboard américain, tout juste derrière George Martin, le producteur des Beatles]. En écoutant ses affaires, je me disais que ce serait le fun de faire des trucs pop, comme ça.»

«Mais je ne me suis pas accroché à un style en particulier. Je compose [spontanément], on verra ce qui en sort... Prends la chanson Rêve récurrent, par exemple: au début c'était rag. Je la travaillais au piano et ça faisait penser à du Supertramp. Après, je l'ai modifiée à la guitare et c'est devenu funky. Mais il y encore un peu le côté latin, à cause des percussions et des cordes de nylon. Finalement, c'est un mélange de tous les styles que j'ai explorés à travers les années.» 

Le reste de l'album aussi.

Carl Bastien sur scène

Le seul incontournable lien avec Omniprésent, finalement, c'est la présence de Carl Bastien aux manettes. Le musicien originaire de l'Outaouais est complice de Damien Robitaille depuis Homme autonome (d'abord au mixage; à titre de réalisateur, par la suite).

«Carl, c'est comme mon frère. [...] Ça fait 10 ans qu'il n'a pas fait de scène. Là, il va partir en tournée avec moi. La dernière fois, ça devait être avec Daniel Bélanger ou Dumas.» 

C'est le très polyvalent Carl Bastien qui a proposé ses services. «J'étais surpris [...] puisqu'il ne faisait plus que du studio. Je me demandais s'il serait aussi bon sur scène. On vient de sortir d'une semaine de répétitions, et... wow! Il m'impressionne! Il joue de tout, il chante, et il apprend vite. »

«Les Juno, pour ma famille, c'est impressionnant»

Damien Robitaille, qui était en nomination aux Juno l'an dernier, n'avait pas d'album à proposer cette année. Il participait vendredi en revanche au JunoFest d'Ottawa, au sein d'une vitrine organisée au Minotaure par son étiquette de disque, Audiogram.

Bien entendu, «c'est toujours trippant» de se retrouver en nomination d'un gala, que ce soit celui de l'ADISQ, des Trille Or - auxquels est désormais habitué Damien Robitaille, un des rares chanteurs franco-ontariens à réussir une carrière au Québec - ou celui des Junos. Mais il y a quelque chose dans ce «grand rassemblement canadien» qui séduit davantage le petit gars de Lafontaine, son village natal, situé sur la côte de la baie Georgienne. «Je ne connaissais pas ça, l'ADISQ, quand j'étais jeune», reconnaît volontiers Damien Robitaille. 

«Ce que j'aime, c'est que ma famille à l'extérieur du Québec, ça les impressionne de voir que je suis aux Juno. Ils connaissent, ils peuvent accrocher, alors que ce qui se passe au Québec... ça leur parle moins. Comme mon nom est associé aux Juno cette année, ils ont sûrement pu voir apparaître des affiches à Penetanguishene, et lorsqu'ils me croiseront, ils vont me dire: 'Hey! Félicitations!'»

Mais L'euphorie que ressent Damien Robitaille à l'égard des prix pancanadiens n'est pas suffisante pour qu'il envisage de produire un album en anglais, ou même bilingue, dit-il, rassurant. 

Quand il était adolescent, il a d'abord envisagé une carrière musicale en anglais. Aujourd'hui, «je ne vois pas le besoin. Je trouve qu'il y a assez de monde qui chante en anglais. J'ai quelque chose de plus original à offrir en français».  

Au gala des Juno, Damien Robitaille a été finaliste deux fois dans la catégorie Album francophone de l'année : en 2008, pour L'homme qui me ressemble, puis en 2014, pour Omniprésent. Il n'a pas été lauréat. Au Gala de l'ADISQ de 2010, le Franco-Ontarien recevait son tout premier Félix (Scripteur de spectacle de l'année). Il était en nomination dans huit catégories, soit quatre de plus qu'en 2007.

En 2011, il a empoché six Trille Or (sur huit nominations) lors du gala récompensant les artistes de l'Ontario français.




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