Bouleversant 887 de Robert Lepage

Dans 887, Robert Lepage occupe la scène pendant... (Archives, La Presse)

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Dans 887, Robert Lepage occupe la scène pendant 120 minutes. Il nous raconte son histoire sans trébucher, avec une scénographie à la fois belle, dépouillée, et très ingénieuse, où l'on retrouve notamment des personnages miniatures qui redonnent vie à son passé.

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(Sherbrooke) CRITIQUE / Ceci est un avertissement. Je suis arrivée au spectacle 887 déjà conquise. Me sachant privilégiée de revoir cette oeuvre magistrale une deuxième fois.

L'Université de Sherbrooke a profité de la présentation... (Spectre Média, Julien Chamberland) - image 1.0

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L'Université de Sherbrooke a profité de la présentation de 887 afin de décerner au dramaturge Robert Lepage un doctorat honorifique. On le voit ici aux côtés du vice-recteur aux relations gouvernementales Alain Webster, et du président du conseil d'administration de l'UdeS, Vincent Joli-Coeur.

Spectre Média, Julien Chamberland

Arrêt sur image. Retour sur cette première fois, au Théâtre du Nouveau Monde, l'an dernier à Montréal. Je suis sortie du TNM sans voix, totalement émue. Sans l'envie de demander spontanément à celle à mes côtés si elle avait aimé. Le silence permettait de nous remettre de nos émotions. De laisser durer le plaisir, aussi.

Une oeuvre est d'une grande puissance quand elle parvient à nous chambouler autant.

Une oeuvre est d'une grande puissance quand elle habite notre mémoire longtemps.

Et la magie a de nouveau opéré, jeudi soir, dans une salle Maurice-O'Bready bondée.

On a écrit sur 887, acclamé par la critique, que des gens sont sortis en pleurant. Vrai. L'amie qui m'accompagnait l'an dernier - celle qui ne pleure jamais - est sortie en versant des larmes. C'est tout dire.

Dans ce spectacle où il signe la mise en scène et les textes, Lepage, seul sur scène, nous fait plonger dans son enfance et son adolescence, dans la maison familiale du 887 de l'avenue Murray à Québec.

On est ému, mais on rit aussi. En voyant la réaction de l'acteur devant sa propre viande froide - ces reportages nécrologiques - ou en s'imaginant la vie des voisins, dont celle de la « famille gorille ». On s'attendrit devant ce père chauffeur de taxi qui travaille d'arrache-pied pour faire vivre sa famille, ce « parfait super héros ».

On s'émeut quand Robert Lepage nous raconte comment sa classe sociale a influencé son parcours d'étude. Comment, malgré un dossier excellent, il a été refusé dans des écoles privées.

« Votre fils serait un excellent candidat, mais son père est un chauffeur de taxi... On n'a aucune garantie que vous allez pouvoir payer les études de votre fils pendant cinq ans », a expliqué un curé à sa mère.

Tout en se plongeant dans ce Québec de la Révolution tranquille et de la crise d'octobre, on suit l'acteur et ses embûches à mémoriser le mythique poème Speak White de Michèle Lalonde, qu'il doit apprendre par coeur pour le 40e anniversaire de la Nuit de la poésie. Il fait ressurgir, du coup, de grands moments de l'histoire, comme le passage du général de Gaulle au Québec et la naissance du Front de libération du Québec (FLQ).

Bouleversant Lepage. Qui occupe la scène pendant 120 minutes, qui nous raconte son histoire (des pages et des pages de textes!) sans trébucher, avec une scénographie à la fois belle, dépouillée, et très ingénieuse, où l'on retrouve notamment des personnages miniatures qui redonnent vie à son passé.

Seul sur scène, il nous emmène dans sa bulle, sans un entracte qui aurait pu casser le rythme. Il nous en fait sortir qu'à la toute fin, après nous avoir coupé le souffle en récitant, d'un bout à l'autre, Speak White.

À l'extérieur de Montréal et Québec, il n'y a qu'à Sherbrooke que 887 s'arrêtait.

L'Université de Sherbrooke a profité de ce moment pour remettre un doctorat honorifique au dramaturge, reconnaissant ainsi les « mérites exceptionnels d'un très grand Québécois », a souligné Alain Webster, vice-recteur au développement durable et aux relations gouvernementales de l'UdeS.

« Je ne suis pas allé à l'école très longtemps et on n'a pas voulu de moi dans les écoles privées, alors ça me récompense doublement. (...) Même si je ne suis jamais allé à l'université, j'ai quand même eu la chance d'aller dans des ateliers et des conférences. Je dis toujours trois choses. Finissez vos études, travaillez fort; oubliez tout ce que vous avez appris de vos professeurs... Et la troisième chose, il ne faut surtout pas essayer d'être numéro un : il faut essayer d'être unique », a lancé celui qui a chaudement été applaudi.




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