L'étoile en Klô

Klô Pelgag... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Klô Pelgag

Spectre Média, Jessica Garneau

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Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) Il y a des étoiles, des nuages, du firmament, des étreintes et du feu dans la deuxième galette musicale de Klô Pelgag. Les paroles de ses chansons toutes personnelles transportent aussi de la neige, des horizons blancs, des edelweiss.

« J'aime les pays nordiques, ils me fascinent. Dans ma vision des choses, ils ont quelque chose de super romantique. Cette immensité, cette grandeur, ce froid mordant... On a envie d'y aller et de savourer tout ça dans un cocon chaud. Et puis c'est vrai, il y a le feu, aussi, qui revient souvent dans mes textes. C'est une image récurrente. Probablement parce que c'est un élément fort. Le feu peut nous réchauffer, mais il peut également tout détruire. »

Les images qui portent, elle aime. En témoigne le titre de son second album. L'étoile thoracique. C'est joli. Mais c'est surtout une magnifique tournure pour évoquer le coeur.

« Le coeur, ça représente bien le fil conducteur de l'album. J'aime cette idée de créer un choc, une image complètement nouvelle en accolant deux mots dans un contexte inhabituel. J'ai toujours écrit comme ça. C'est le grand pouvoir de la poésie : arriver à imprégner les mots d'un sens autre. »

L'auteure-compositrice-interprète n'a que 26 ans, mais avec déjà deux disques en poche, sa voix singulière et sa façon à nulle autre pareille de raconter des histoires en chansons, elle a réussi à ancrer son univers bien à elle dans le panorama musical québécois.

La lourdeur du cinéma

Pourtant, elle a hésité avant de faire le bond dans la chanson. L'envie de faire de la musique était là depuis le secondaire, mais le rêve semblait inaccessible.

« Autour de moi, personne n'exerçait de métier artistique. Il faut quand même être audacieux pour dire qu'on se lance complètement et intensément dans la musique. Au début, personne n'y croit. »

Elle s'est d'abord inscrite en cinéma à l'Université de Montréal. « Parce que j'avais besoin d'une raison concrète pour déménager à Montréal », explique la chanteuse native de Rivière-Ouelle.

Elle a complété un premier trimestre universitaire. « J'aimais vraiment ça, les études en cinéma, mais quand c'est pour ta culture personnelle, la fin de session, tu la trouves plus lourde. »

Cette lourdeur pesait trop dans la balance pour Chloé Pelletier-Gagnon. Une fois son semestre terminé, elle a réévalué ses options. Elle en a conclu qu'elle préférait le piano à la caméra. Sous le coloré diminutif Klô Pelgag, elle a tissé un premier bouquet de chansons.

« J'ai fait la petite route des concours. Je suis allée à Granby en 2012 et c'est là que j'ai rencontré mon gérant. »

Ce fut un tournant. En lettres majuscules.

« Pour être tout à fait franche, je ne crois pas tant que ça aux concours. Comparer les prestations, faire croire aux gens que certains artistes sont meilleurs que d'autres, pfff!, c'est un concept complètement faux. Mais les rencontres qu'on fait dans ces contextes-là, par contre, sont riches et porteuses. Les expériences qu'on vit aussi. »

Des prix et du chemin

Son premier album, L'alchimie des monstres (2013), ravit la critique. Elle est sacrée Révélation de l'année 2014 à l'ADISQ et elle remporte le Prix Barbara en France, l'année suivante.

« Le Félix que j'ai gagné m'a donné un réel coup de pouce. Des gens m'ont découverte à ce moment-là. J'ai vu une réelle différence après. Il y a beaucoup de bonne musique qui se fait, mais elle ne se rend pas facilement aux oreilles des gens. Le grand public n'a pas toujours l'occasion ni le temps de découvrir les nouveaux talents qui font leur chemin en dehors des grandes radios commerciales. Faire une apparition dans un gala télévisé, ça aide à se faire connaître. »

Ça crée aussi de petites tempêtes, parfois. Les remerciements déjantés de la lauréate avaient, à l'époque, fait réagir sur les médias sociaux. Certains saluaient son côté rafraîchissant, d'autres tiraient à boulets rouges sur son discours un peu décalé.

« Les réseaux sociaux, c'est toute une affaire. Ça a du bon, mais en même temps, c'est fou comment ça crée des scandales sur des sujets banals. Je pense à Safia Nolin et à son t-shirt de Gerry Boulet ou au chanteur du groupe acadien Les hôtesses d'Hilaire qui a reçu de violents commentaires après avoir porté une robe à l'émission Entrée principale. Sérieux, a-t-on envie de donner la parole aux gens qui chialent sur des sujets aussi peu importants que ça? On fait du tapage avec rien. Ça finit par prendre beaucoup de place parce que les médias traditionnels embarquent et en parlent eux aussi. Pendant ce temps-là, il y a de vrais enjeux, de vrais trucs scandaleux qu'on passe sous silence. Ce vide ambiant, je trouve ça pesant. Et triste. »

Sacrée Révélation de l'année 2014 à l'ADISQ, Klô... - image 2.0

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Sacrée Révélation de l'année 2014 à l'ADISQ, Klô Pelgag avait fait des remerciements déjantés qui avaient fait réagir sur les médias sociaux. Certains saluaient son côté rafraîchissant, d'autres tiraient à boulets rouges sur son discours un peu décalé. « Les réseaux sociaux, c'est toute une affaire. Ça a du bon, mais en même temps, c'est fou comment ça crée des scandales sur des sujets banals », commente-t-elle. 

Cire superflue

Au lieu de déprimer, elle choisit d'écrire. Sa chanson Musée Grévin traduit d'ailleurs une certaine vision désenchantée du futur.

« J'ai écrit ça après avoir vu une pub du musée dans le métro de Montréal, avec les statues de George Clooney, Céline Dion et Guylaine Tremblay. Je trouvais ça tellement drôle! C'est comme si on voulait créer un culte de la célébrité au Québec. Je veux dire, on est au Québec : a-t-on vraiment besoin d'aller se faire photographier avec George et Guylaine en cire? »

Poser la question, c'est déjà y répondre.

« Bon, l'exercice de création derrière ces reproductions est sûrement tout aussi valable que d'autres formes d'art, mais c'est très étrange, aussi. Ça me rappelle les vieux films de science-fiction futuristes qui décrivaient la fin du monde. On dirait que pour moi, ce vide-là, ces trucs désincarnés, ça évoque ces visions tristes. »

Mais pas question de mariner dans le spleen. « Je parle de tout ça, mais j'ai quand même du fun dans la vie! » précise la chanteuse en riant.

La scène, d'ailleurs, est pour elle une joie. Un moment où tous les éclats sont permis. Au cours des prochains mois, elle enchaînera les tours de pistes ici, avant la France, où son disque vient d'être lancé.

« On parle souvent de ma théâtralité. Lorsque je suis en spectacle, ce que les gens voient, c'est ma personnalité, mais à l'exposant dix. Il y a toujours beaucoup d'humour et de vivacité parce que refaire 300 fois la même chose et la même joke, ça ne m'intéresse pas. Je ne veux jamais me répéter. Le spectacle, pour moi, c'est un art vivant. »

Fun à velcro

Son disque très (très!) orchestral a beaucoup d'ampleur. Des cordes, des cuivres, des percussions, du piano, des voix plurielles. Tellement qu'on se demande comment elle arrive à faire vivre les 13 chansons de L'étoile thoracique sur scène.

« L'industrie nous encourage à toujours aller plus rapidement, à boucler un album en une semaine, parce que les heures en studio sont comptées. Nous, on a pris le temps de faire les choses. C'était un beau luxe. On a enregistré en partie au Studio B-12 de Valcourt. Là-bas, on a créé notre petite bulle créative et on n'a pas pensé à la scène, on n'a pas voulu se limiter à cause du spectacle qu'il faudrait ensuite construire. Il y avait beaucoup de musiciens, on a fait l'album qu'on imaginait. Le show, on le voit comme quelque chose de complètement différent. Ça correspond à ma vision personnelle. Quand je vais voir un spectacle, je ne veux pas nécessairement entendre une copie du disque. Cela dit, on est six musiciens, on est capable de créer pas mal d'ambiances. Je pense qu'on réussit à faire quelque chose qui a sa propre couleur, mais qui est en accord avec ce que dégage l'album. Et à Sherbrooke, c'est bien, parce qu'on aura tout notre décor. Il est gros, alors on ne peut pas l'emmener dans toutes les salles. Jusqu'ici, on l'a trimballé à Montréal et à Québec seulement. »

Dans l'habillage de la scène, on reconnaîtra la signature singulière de l'artiste qui adore les livres illustrés et les prestations qui étonnent.

« Un show qui m'a marqué, c'est celui des Goules. J'avais 15 ans et j'étais allée à Québec pour assister au spectacle. J'avais trouvé ça tellement bon! Il y avait des figurants sur scène, il régnait une liberté pleine de chaos que je n'avais jamais vue auparavant. J'avais beaucoup aimé. Pour L'étoile thoracique, on s'est fabriqué des costumes avec quantité de velcros. On a plein d'objets qui collent, qu'on se lance... C'est du gros fun. C'est drôle parce que les gens associent la simplicité à l'intimité, mais moi, quand je vois qu'un artiste a travaillé une mise en scène et un décor à partir d'idées qui viennent de lui, je trouve qu'on accède à quelque chose de super intime. C'est comme si on ouvrait une fenêtre sur l'univers très personnel de quelqu'un. »

Peut-être même qu'on ouvre une porte sur son étoile thoracique.

Vous voulez y aller?

Klô Pelgag

Samedi 1er avril, 20h

Théâtre Granada

Entrée: 28,50$




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