• La Tribune > 
  • Arts 
  • > Pierre Hébert : l'heureux risque de rire de soi 

Pierre Hébert : l'heureux risque de rire de soi

L'humoriste sherbrookois Pierre Hébert a à nouveau fait... (Spectre Média, Maxime Picard)

Agrandir

L'humoriste sherbrookois Pierre Hébert a à nouveau fait salle comble hier soir au Vieux Clocher de Magog, alors qu'il y présentait son deuxième spectacle solo, Le goût du risque. Le spectacle a failli être annulé, la conjointe de l'humoriste ayant accouché la veille.

Spectre Média, Maxime Picard

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

CRITIQUE / Est-ce parce qu'il est devenu une deuxième fois papa la veille? Toujours est-il que Pierre Hébert a été extrêmement drôle et touchant hier soir lors de son passage à guichets fermés au Vieux Clocher de Magog. Drôle, touchant, mais, en même temps, très solide, alors que les émotions auraient pu le fragiliser.

Mais son Goût du risque, titre de cette nouvelle prestation scénique, atteint son but : il donne une forte envie d'imiter l'humoriste et d'affronter ses peurs, la principale étant, on s'en doutera, celle du ridicule. Sauf que, quand Pierre Hébert affronte le ridicule, ça donne de l'excellente matière à spectacle. Et tout le monde en récolte les bénéfices, en rires à gorge déployée.

Les habitués de l'artiste ne seront pas dépaysés : Pierre Hébert exploite à merveille le personnage de scène qu'il s'est créé, celui d'un homme qui, comme plusieurs d'entre nous, a un don particulier pour se mettre les pieds dans les plats et préfère donc une petite vie pépère à la grande aventure. Mais aussi un homme qui dégage une forme de courage, celui de repousser constamment ses limites (aussi étroites soient-elles) et, surtout, de se moquer constamment de lui. Avouons-le, ce courage-là, il n'est pas donné à tous.

En fait, l'ironie de cette prestation née du désir de se remettre en danger et livrée dans un seul long souffle de 90 minutes environ, c'est que les risques auxquels l'humoriste se frotte sont à hauteur de Québécois élevés dans la ouate. Pas d'Everest à gravir, mais plutôt suivre un premier cours de moto, oser une excursion dans le sous-sol après avoir regardé un film d'horreur, faire l'amour un mardi et, le plus grand de tous, devenir papa.

Et Pierre Hébert se donne un malin plaisir à se passer dans le hachoir à viande. Tous les complexes y passent : couardise, faible force physique, impatience et, surtout, une pingrerie qu'il sèmera habilement à intervalle régulier dans la soirée, faisant un usage remarquable du procédé de répétition.

Pire : il semble avoir la blonde la moins empathique du monde, tellement il la met souvent en scène en train de se moquer de lui. Le public embarque, en redemande et il lui en redonne toujours et toujours.

En même temps, l'humoriste se permet quelques moments de douce vengeance, évitant ainsi que la moquerie se transforme en pitié.

Hébert: 1; Verre: 0

Le spectacle se déroule dans la plus pure tradition du stand up comic, la mise en scène de Charles Dauphinais étant axée essentiellement sur le jeu d'acteur (quel travail de précision dans les mimiques!). Seuls véritable élément de scène : les éclairages et quelques effets sonores, notamment un effet de sursaut typique des films d'horreur, tellement bien réussi qu'un spectateur à l'avant en a renversé son verre. « C'est la première fois que ça arrive... », de commenter l'artiste, décrochant quelques instants pour s'excuser.

Hormis le très drôle récit de l'achat de la poussette chez Sears, le clou du spectacle est certainement la randonnée en dos d'âne, un numéro qui aurait pu devenir d'une extrême longueur. Mais le crescendo de pensées meurtrières qui traversent le cerveau de son personnage envers sa monture est tellement bien calculé que l'hilarité ne cesse de s'accroître.

Le goût du risque se termine avec un monologue expliquant l'origine du spectacle : celui de devenir un père qui donnera l'exemple à sa fille aînée dans les défis qu'on se donne à soi-même. Ce qui donne une conclusion extrêmement bien attachée, émouvante même, mais les lumières s'éteignent avant que les émotions prennent le dessus.

Pierre Hébert a maintenant une deuxième raison pour mettre cette philosophie de vie en pratique.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer