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Battements de coeur et gouttelettes de créativité

Le sculpteur Matthieu Binette propose de se plonger... (Spectre Média, René Marquis)

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Le sculpteur Matthieu Binette propose de se plonger dans le processus de création plutôt que dans l'oeuvre finale uniquement.

Spectre Média, René Marquis

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(Sherbrooke) On vous le conseillera rarement, mais en entrant dans la galerie principale du Musée des beaux-arts de Sherbrooke, vous pourriez commencer par fermer les yeux. Juste quelques secondes, une minute peut-être. Vous fermez vos yeux et vous vous concentrez sur les battements de votre coeur. Vous l'entendez? Imaginez maintenant chacun de ces battements comme autant d'élans créatifs vous unissant à ceux (et à ce) qui vous entourent.

C'est avec cette conscience nouvelle qu'on vous invite à vous plonger dans l'univers du sculpteur sherbrookois Matthieu Binette, artiste solidement soudé dans son art et sa communauté depuis près d'une vingtaine d'années déjà, torche à la main, masque au visage et envie au coeur de créer du beau.

Pour sa première installation en solo entre les murs du MBAS, Matthieu Binette désirait donc évidemment offrir du beau par l'entremise d'une volée de bronzes et une série de toiles aussi aspirantes qu'inspirantes, mais aussi proposer au visiteur une immersion dans le processus de création.

« Dans le fond, l'expo, c'est un peu une démarche créative pour amener les gens à l'intérieur de ce monde-là, explique Binette avec insistance. C'est pas juste la création pour la création. Je ne voulais pas juste montrer des oeuvres finales, mais exposer le processus. »

Aussi retrouve-t-on au centre de l'exposition un autoportrait de l'artiste au travail et une horde d'oiseaux de bronze en vol, mais également, tout autour et alignées sur les murs blancs du musée, des toiles plus blanches encore, une douzaine peut-être, où Binette est venu minutieusement déposer des gouttes de métal comme il le fait lors de la conception de ses sculptures. Chaque ensemble est unique, magnifique de mouvement et d'une certaine délicatesse.

« Là, on est dans la goutte qui fond et qui tombe pour prendre sa place et créer un tout, explique Matthieu Binette. Chacune de ces gouttes a sa forme et son chemin propres. En même temps. C'est un peu un hommage aux battements du coeur, qu'il y en ait 7200 ou pas. »

Genre d'idéosphère

Car ces 7200 battements à l'heure, c'est le titre de cette exposition de Binette. Parce que « le battement de coeur, c'est la seule affaire qui nous rassemble, peu importe qui on est, peu importe le sexe, la religion, la nationalité ou quoi que ce soit. On a tous ce battement de coeur qui fait circuler le sang dans nos veines et qui nous unit. »

« Pour moi, la création, l'élan créatif, c'est exactement ça : un battement de coeur. C'est en nous, dans un genre d'idéosphère, ça flotte et ça vit. Si tu y penses, tu peux créer chaque seconde. Et je voulais amener les gens de l'action de regarder une oeuvre à l'état d'être dans la création. On peut tous créer. »

Histoire d'aller un peu plus loin encore, celui qui aurait pu connaître des heures glorieuses comme chanteur de pomme et de pop a décidé d'ajouter un volet sonore et une projection à l'expérience des 7200 battements à l'heure. Après avoir lui-même composé la bande sonore et en avoir confié l'interprétation, le son et le montage à son ami Charles Van Goïdtsenhoven, il a aussi livré les dessous de la création à l'objectif de Jocelyn Riendeau.

« Mais la vidéo n'est pas dans le descriptif : on est dans l'ambiant, dans la matière, dans le métal », précise Binette, qui avait envie qu'on filme ce que lui-même ne voit pas pendant qu'il travaille, les yeux rivés sur la flamme de sa torche et le métal qui fond.

« On entre carrément dans la matière, dans la fusion, dans le métal qui dérougit », reprend-il, avant d'avouer que, pendant tout ce processus exigeant la plus grande concentration, il songe fréquemment à toute la chaîne existante entre la matière et lui.

De la montagne à la goutte

« Tu sais, moi, comme artiste, je ne pense pas à un legs par rapport à moi, je m'en fous un peu, confie Binette. Mais dans 200 ans, chacune de ces gouttes sera encore là. Ça, ça va rester. Donc quand je travaille, quand je crée, je ne suis pas tant dans l'oeuvre finale que dans la goutte qui fond puis qui tombe. Je ne peux pas m'empêcher de penser non plus à la montagne d'où elle a été extraite, à sa matière, à l'ouvrier qui a travaillé pour qu'elle se retrouve là, sous mes yeux. »

« En fait, tout ça est là, déjà vivant. Le seul moment qui m'appartient vraiment en propre, c'est celui où j'enlève mon casque et que je constate que j'ai fini. »

Vous voulez y aller ?

7200 battements à l'heure

Matthieu Binette

Musée des beaux-arts de Sherbrooke

Jusqu'au 21 mai 2017




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