Un autre remarquable oublié

Sébastien Hudon, commissaire de l'exposition Jean Soucy, peintre... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Sébastien Hudon, commissaire de l'exposition Jean Soucy, peintre clandestin, qui termine sa tournée au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, après avoir visité Québec, Montréal et Jonquière. À gauche, Les Pénélopes, et à droite, Lumière froide, deux huiles datant de 1954.

Spectre Média, Maxime Picard

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Si le nom du peintre Jean Soucy est inconnu de la plupart des amateurs d'art québécois, c'est un peu de sa faute : l'artiste de Québec a pratiquement arrêté toute production et exposition lorsqu'il est devenu directeur du Musée du Québec, en 1967. Un anonymat dont il ressort 50 ans plus tard, grâce au travail du commissaire Sébastien Hudon et au désir de la succession du peintre de le faire mieux connaître.

« En fait, on pourrait pointer trois causes à son oubli », explique celui qui est aussi historien d'art et qui a monté l'exposition Jean Soucy, peintre clandestin.

« Jean Soucy s'est d'abord plongé lui-même dans une forme de clandestinité, alors qu'il avait pourtant un énorme succès et qu'il était même perçu comme un chef de file, capable de changer les choses. »

Mais le peintre, né en 1915 à L'Isle-Verte et ayant passé la majeure partie de sa vie dans la capitale, était d'une telle humilité qu'il a non seulement arrêté de créer et d'exposer, mais il a également caché ses oeuvres, ses amis confirmant que ses toiles n'étaient pas accrochées chez lui. C'est après son décès qu'on a redécouvert son travail.

« Jean Soucy a aussi été négligé parce que l'histoire a mis l'accent sur les groupes montréalais. Ce qui était en marge des courants, dont l'école de Québec (où c'est la subjectivité propre à l'artiste qui primait), a été écarté. Et finalement, c'est notre faute à nous, les historiens d'art : nous avons laissé oublier certaines oeuvres de ces années-là. Pourtant, Jean Soucy, dans sa période active, a eu droit à une grosse couverture de presse. Lors de ses expositions, il n'était pas rare qu'il vende tout. »

Enseigner à son maître

L'oeuvre de Soucy s'avère intéressante sous plusieurs aspects. Primo, on y retrouve des scènes de Québec de l'époque. Secundo, sa peinture dégage une certaine audace de la couleur, de la forme et de la représentation de l'espace. Tertio, les influences de la France, des États-Unis et du Mexique coexistent chez le même artiste.

Un des exemples de l'importance de Jean Soucy, c'est que celui qui fut l'élève de Jean Paul Lemieux, à l'École des beaux-arts de Québec, enseigna à son ancien maître à son retour de Paris, où il vécut quatre ans.

« Au point où Lemieux, quelques années plus tard, se rendra à son tour en Europe, en suivant les traces de Soucy », souligne Sébastien Hudon. « Quand on regarde certaines oeuvres de Soucy, notamment sa période grise, on retrouve d'étonnantes similitudes avec Lemieux », ajoute-t-il en montrant Éclipse, une toile datant de 1954.

L'exposition est divisée en quatre parties : Premières armes (1934-1946), Le Grand Tour (son séjour à Paris, de 1946 à 1950), Période grise (1951-1959) et Visions abstraites (1960-1967). Des quelque 250 oeuvres retrouvées, Sébastien Hudon en a gardé une soixantaine.

Fortement influencé par les postimpressionnistes au début de sa carrière (plusieurs tableaux rappellent Matisse), Jean Soucy vivra les plus belles années de sa vie à Paris. « Mais à son retour, il change complètement sa façon de travailler », souligne Sébastien Hudon à propos de cette période grise où s'insinue un cubisme évoquant inévitablement Braque et Picasso.

Désertifier les paysages

« Sa manière de s'approprier les paysages de la ville, avec ses grandes diagonales et ses tons affadis, tranchait avec ce qu'on voyait à l'époque, Avec Soucy, le paysage se désertifie. Par contre, il travaille notre lumière d'une façon alors nouvelle, par exemple le gris automnal. Il n'avait pas besoin d'exotisme : il s'inspirait de ce qui lui était très proche », ajoute l'historien d'art.

À partir de 1960, Jean Soucy se met aussi à l'abstraction. « Il ne refait jamais deux fois le même tableau, il se renouvelle constamment. C'est au début de la Révolution tranquille qu'il s'épanouit. Son oeuvre voyage alors dans les grandes biennales, aux côtés de celles de Roland Giguère et de Claude Tousignant. »

Jean Soucy, qui s'est éteint en 2003, laissera aussi la trace d'un « grand pédagogue » et d'un « désir de démocratiser le Musée du Québec [aujourd'hui le Musée national des beaux-arts du Québec] », appuie Sébastien Hudon. « Il a ouvert la porte aux jeunes artistes et aux expositions de la nouvelle génération. Il fut vraiment un acteur important de son époque. C'était aussi un bon vivant, très chaleureux, qui avait un don pour s'entourer. Il possédait un très grand cercle d'amis. »

Vous voulez y aller?

Jean Soucy, peintre clandestin

Musée des beaux-arts de Sherbrooke

Jusqu'au 26 mars 2017




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