Mariana Mazza : imparfaitement libre

Devant elle, une procession de dates qui affichent complet jusqu'à l'automne.... (La Presse, David Boily)

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La Presse, David Boily

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Devant elle, une procession de dates qui affichent complet jusqu'à l'automne. Au moment d'écrire ces lignes, seuls cinq petits points éparpillés restent verts sur le plan de la salle Maurice-O'Bready le samedi 18 février (faites le calcul : 3000 Estriens la verront en deux jours). Sa semaine de rodage présentée l'été dernier au Vieux Clocher de Magog fut également à guichets fermés.

Cette folie, c'est celle qui accompagne la visite de Mariana Mazza... Mais on pourrait aussi parler de phénomène « Sable dans le vagin ».

Du moins, selon Mariana, c'est lorsque son numéro sur les insultes de gars éconduits par des femmes s'est retrouvé en ligne que sa popularité a décollé vers le firmament des étoiles. Beaucoup plus que l'Olivier qu'elle a reçu l'an dernier pour ledit numéro. Ou que son passage à Tout le monde en parle peu avant. Ou le doigt d'honneur qu'elle a fait à Sugar Sammy au gala des Olivier de 2015, lequel a fait passer sa page Facebook de 15 000 à 37 000 admirateurs en trois jours.

« Évidemment, c'est ma perception, mais lorsque quelqu'un a piraté sur Indigo mon numéro Sable dans le vagin au Festival Juste pour rire et l'a mis sur Facebook, tout a déboulé. En une semaine, il y a eu deux millions de visionnements. Après, ça a été Code F qui est arrivée à Vrak, puis MED sur Vrak2, puis ma première partie de Peter MacLeod, puis le lancement de mon spectacle. Ça a été du graduel accéléré exponentiel! »

Et comment la jeune femme de 26 ans vit-elle cette période de popularité extrême? Disons que ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de sable dans... l'engrenage que tout baigne.

« Ça dépend des jours. Au début, j'ai été ébranlée, avoue-t-elle. Maintenant, je considère que le plus difficile est derrière moi. Mais il y a des moments où c'est encore tough. Aujourd'hui, tu vois, je suis dans une bonne vibe, mais ça se peut que demain, en me réveillant, je le vive un peu plus mal. J'essaie donc de prendre ça au jour le jour. »

« Il y a beaucoup de pression, une pression presque invisible, incompréhensible même, voire ridicule. Car je pourrais me lever en me disant que je donne plein de spectacles et que tout va bien aller. Mais quand je me fais dire par une admiratrice "ça fait un an que j'attends ton show, j'ai vraiment très hâte", moi, j'entends dans cette phrase tout à fait honnête et inoffensive : "C'est mieux d'être bon en ta..., ton spectacle !" C'est moi qui suis exigeante, je veux que ce soit bon. »

Le plaisir de la parole

Intitulé Femme ta gueule, en référence à la fois à la condition féminine souvent au coeur de l'humour de Mariana Mazza et au grand plaisir que la parole a toujours procuré à cette Montréalaise d'origine libano-uruguayenne, le spectacle, réservé aux 16 ans et plus, est offert dans un long souffle de 90 minutes sans interruption. Avec plusieurs pans d'improvisation à l'intérieur.

« Je ne suis pas le genre d'artiste qui va répéter le même spectacle béton, à 100 pour cent comme il est écrit. Le show évolue encore. Je continue d'extrapoler sur certains gags... et parfois je dois couper, car je ne veux pas que ça devienne trop long. La soirée n'est donc jamais totalement pareille. Mais il n'y a plus de pression, parce que je sais que le show est complet. »

Ses trois semaines de rodage consécutives à Trois-Rivières et sa semaine à Magog ont toutefois été déterminantes pour les fondations du spectacle. « Quand tu t'installes pour plusieurs jours ou plusieurs semaines de suite dans la même salle, ça fait toute la différence. Tu apprends de nouvelles choses chaque soir. »

Le rodage a aussi permis à cette hyperactive extravertie à canaliser son énergie. « Le rush que quelqu'un a en huit heures de travail, moi, je l'ai en une heure et demie. Quand tu exploses sur scène tous les soirs, ça se peut que la drop soit très violente après. Ça a l'air bien le fun, de faire le clown, mais c'est vraiment très intense. J'ai donc développé une façon d'exploser modérément. À mes débuts, j'écrivais de l'humour comme une malade. J'ai appris à me reposer la tête et à regarder ailleurs. C'est essentiel pour la créativité. »

« Cela étant dit, je crois que ma semaine à Magog a été ma meilleure de toute ma tournée. Je venais de déménager, j'achevais le tournage de De père en flic 2, j'avais loué un chalet dans la région, il faisait beau, je jouais au tennis, il y avait plein de monde dans la salle... Tout était euphorisant et j'étais en feu ! Et je pressentais que ce serait cette semaine-là qui me ferait dire : "OK ! Mon show est prêt !" »

Pourcentage de lousse

Devant une personnalité aussi forte que celle de Mariana, on pourrait se demander quelle part est la véritable Mariana et quelle autre est un personnage de scène.

« Mais un humoriste, ce n'est pas si souvent que ça un personnage, répond-elle. On est pas mal toujours le reflet de soi. André Sauvé, même s'il a une drôle de façon de parler, est quand même comme ça dans la vraie vie. Je dirais que Femme ta gueule, c'est peut-être 96 pour cent Mariana, et il reste environ quatre pour cent de personnage, notamment quand je fais des montées de colère. Tout ce que je dis et écris est vrai et senti, mais une fois sur scène, ça évolue, il y a un petit pourcentage de lousse qui s'installe. »

Cette grande liberté que Mariana Mazza dégage, en disant ce qu'elle pense et en se foutant des préjugés ou des conséquences, fait parfois des envieux, reconnaît-elle.

« Mais je fais une différence entre jalousie et envie. Pour moi, l'envie, ce n'est pas malsain. Certaines personnes m'envient parce qu'elles aspirent à la même liberté et sont prêtes à travailler pour y arriver, sans me détester. Maintenant, est-ce que je suis totalement libre? Bien sûr que non ! Plus ça va bien dans ta vie, plus tu dois vivre avec le jugement, plus tu dois apprendre à t'en câlisser, mais c'est impossible, à moins d'avoir 50 ans de vie ou 40 ans d'expérience. Mais je suis encore une jeune fille qui a envie d'être belle et aimée comme n'importe qui. J'ai les mêmes complexes que tout le monde. Ça tombe bien : les gens veulent justement entendre que je ne suis pas parfaite. »

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PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE-09/MAI/2016-- ARTS--Rencontre de presse du film Bon Cop Bad Cop 2. Avec Patrick Huard et Colm Feore. #818501-30-

La Presse photo Robert Skinner ,

Deux suites attendues... et une fille qui n'aime pas attendre

Apparaître dans deux des films québécois les plus attendus de 2017, soit les suites de Bon cop bad cop et de De père en flic : tel est le doublé réussi par Mariana Mazza. Une expérience que l'humoriste est heureuse d'avoir vécue, mais qu'elle relativise tout de même. Oui, un plateau de cinéma peut être très excitant, mais pour une hyperactive comme elle, les longues minutes d'attente entre deux scènes peuvent devenir une véritable torture.

« Mes rôles sont quand même très secondaires. Ce sont de bons appuis, mais je ne pense pas que la critique va parler de mon jeu. Dans Bon cop bad cop, je fais une geek de l'informatique, et dans De père en flic, je ne suis pas très présente : je joue une jeune femme qui vient d'avoir un bébé et donc le couple en crise fait partie du groupe de thérapie. Le plus souvent, j'ai été doublée. Il y a eu beaucoup de prises aériennes dans les scènes de groupe, mais je ne pouvais pas souvent être là, à cause des spectacles. »

Le premier de ses deux personnages recourt à la Mariana vibrion, et le second, à la Mariana déprimée, résume-t-elle.

« J'ai trouvé l'expérience le fun en termes d'apprentissage et pour les incroyables rencontres. Mais de répéter toujours les mêmes phrases sous différents angles, attendre des heures et des heures que ce soit son tour... En fait, tu attends plus que tu travailles. Ça, c'est moins le fun. Disons que je préfère encore la scène. »

Bon cop bad cop a été plus gratifiant. « J'avais seulement trois jours de tournage, mais trois jours intenses, comme une malade. C'était vraiment comme en humour... mais je reste quand même une fille qui n'est pas capable d'attendre. »

Vous voulez y aller

Femme ta gueule

Mariana Mazza

Vendredi 17 février : complet

Samedi 18 février, 20 h

Vendredi 1er décembre, 20 h

Salle Maurice-O'Bready

Entrée : 43 $

Samedi 14 octobre, 20 h

Maison des arts, Drummondville

Entrée : 46 $

Vendredi 10 novembre, 20 h

Carré 150, Victoriaville

Entrée : 45 $

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