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Petite salle du Centre culturel: un lieu chargé d'âme (vidéo)

Le directeur général du Centre culturel de l'Université... (Spectre Média, René Marquis)

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Le directeur général du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke, Mario Trépanier, ouvre les rideaux de la Petite Salle. Sise sous le parterre de la Salle Maurice-O'Bready, celle-ci peut accueillir 120 spectateurs en formule cabaret. Cet hiver, une poignée d'artistes se produiront dans le ventre de l'endroit, qui n'a accueilli aucun spectacle depuis la fin des années 1990.

Spectre Média, René Marquis

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Vous l'ignorez peut-être : la salle Maurice-O'Bready a une petite soeur. Un mini-format qui loge un étage en dessous de ses bancs. L'endroit a accueilli moult premières théâtrales, il y a 30, 40 ans. Et puis, au milieu des années 1990, le couperet est tombé sur l'option théâtre du baccalauréat en études françaises, offerte à l'Université de Sherbrooke depuis 1972. Le rideau s'est peu à peu refermé sur le lieu de diffusion. La Petite Salle est en quelque sorte tombée dans l'oubli. Jusqu'à aujourd'hui.

Scènes de chasse en Bavière de Peter Weiss,... (Archives, Université de Sherbrooke) - image 1.0

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Scènes de chasse en Bavière de Peter Weiss, dans les années 1980.

Archives, Université de Sherbrooke

« C'est-à-dire qu'elle a servi à divers trucs au fil des ans, quelques répétitions de l'Orchestre symphonique, notamment, mais on n'avait pas programmé de spectacles à cet endroit depuis 1996 », explique le directeur général du Centre culturel, Mario Trépanier.

C'est lui qui, cet hiver, redémarre la machine avec une poignée d'événements qui se prêtent bien à l'ambiance cabaret de l'endroit, lequel peut accueillir 100 à 120 spectateurs : « On fait un premier essai cette saison. Ça nous permet d'élargir notre offre, de proposer des spectacles en petits plateaux, d'autres en rodage. Ces shows-là, on ne pourrait pas les présenter à Maurice-O'Bready, parce que la jauge y est trop grande. On programmera aussi des spectacles de la série Arrière cours, destinée aux étudiants. »

Louis Champagne (en rodage), Mouse on the Keys, Martin Perizzolo

(déjà complet), Fred Dubé ainsi que Fanny Bloom et Dimoné s'amèneront donc dans la Petite Salle au cours des prochaines semaines. Une Petite Salle chargée d'histoire.

Des premières plein la scène

« Tant de premières y ont été présentées! C'est un endroit qui a eu toute son importance pour la communauté théâtrale de Sherbrooke. Je trouve ça fantastique qu'on le fasse renaître. Les petites salles sont rares et celle-ci a été un lieu habité et très animé, où sont nées plusieurs créations », souligne la comédienne et auteure Anne Dansereau.

Comme plusieurs autres artistes de la région, Anne Dansereau est issue du programme théâtral de l'Université. Pendant ses belles heures, celui-ci a été ce qu'on pourrait appeler une pépinière de créateurs. Si les arts de la scène sont aussi dynamiques à Sherbrooke aujourd'hui, c'est en partie à cause de la défunte formation. Parce qu'elle a permis de faire éclore des talents, parce qu'elle a su semer chez plusieurs le goût de créer pour les planches.

« Ce programme a jeté les assises du théâtre professionnel à Sherbrooke et la Petite Salle a été, pour plusieurs, le premier lieu de diffusion », assure la directrice générale du Double Signe, Lilie Bergeron.

Le Double Signe (né en 1985) y a présenté ses premières créations, tout comme le Théâtre du Sang neuf et le Théâtre Entre chien et loup, deux compagnies formées dans les années 1970, qui ont fusionné en 1997 pour devenir le Petit Théâtre de Sherbrooke qu'on connaît aujourd'hui. Le Théâtre de l'Atelier, le Théâtre de L'Aire de jeu et le Théâtre de la Poursuite sont autant de compagnies qui ont jadis créé dans le ventre de la Petite Salle.

« J'ai joué dans plusieurs productions à cet endroit. C'était bien, parce qu'elles étaient inscrites dans la programmation du Centre culturel, ce qui nous donnait un coup de pouce. Menaques et les tieux, la première pièce que j'ai écrite lorsque j'étais étudiant, a aussi été montée là », se souvient le directeur artistique du Double Signe, Patrick Quintal, en précisant que le titre de sa création était une déformation langagière à la Gauvreau, en référence à la locution « mesdames et messieurs ».

« En 1990, c'est encore à la Petite Salle que j'ai joué ma première pièce solo avec le Double Signe, 100 % humain. Je me souviens qu'on avait transformé les lieux en immense appartement. C'était comme si le public entrait chez moi », dit le comédien et dramaturge.

C'est la dernière production que le Double Signe a présentée sur le campus universitaire. Après, la compagnie sherbrookoise a mis le cap sur le Théâtre du parc Jacques-Cartier. Lorsque le bâtiment a été incendié par un pyromane, en 1998, la troupe a commencé à planter les décors de ses pièces sur la scène du Théâtre Léonard-Saint-Laurent.

« Je n'ai pas remis les pieds dans la Petite Salle depuis cette époque, confie Patrick Quintal, mais j'en garde le chouette souvenir d'un endroit très intimiste, même si ses trois colonnes et sa configuration particulière amenaient leur lot de défis. »

Plafond de carton

L'insonorisation était aussi un travers avec lequel il fallait composer.

« Lorsqu'un spectacle était présenté à la salle Maurice-O'Bready et qu'on jouait le même soir à la Petite Salle, on savait très précisément quand l'entracte débutait : on entendait les bancs se rabattre au-dessus de nos têtes », note Serge Maurice.

Celui-ci connaît l'endroit comme le fond de sa poche.

« J'ai en quelque sorte vécu là entre 1976 et 1993, alors que j'étais régisseur et responsable des lieux. C'était une petite boîte toute noire, tout en béton, très malléable. L'atmosphère de la place changeait selon les productions qu'elle accueillait. Elle prenait vie avec les pièces. Pour les techniciens, il y avait énormément de contraintes, mais en même temps, ça nous poussait à être créatifs », dit celui qui est aujourd'hui conseiller à l'Agence des relations internationales de l'Université de Sherbrooke.

« Je suis retourné dans la Petite Salle quelques fois, au fil du temps, poursuit-il, mais l'endroit avait à ce point changé, j'avais l'impression de retrouver un vieux pyjama qui avait été complètement refait. »

Chose certaine : l'insonorisation n'est plus un irritant, les lacunes ont été corrigées. L'aménagement de la scène, l'installation de rideaux (sur deux faces), d'une toile motorisée, d'un système de sonorisation et d'un peu d'éclairage a aussi aidé à revamper les lieux. Éventuellement, on ajoutera sans doute du mobilier de style cabaret pour remplir l'espace « spectateurs ». Pour l'instant, ce sont les tables et les chaises des foyers latéraux qui sont utilisées. L'ensemble est beaucoup moins sombre qu'il l'a déjà été. Les murs de côté, maintenant, sont couleur crème.

Animer le campus

« L'Université se cherche toujours des pieds carrés pour la tenue de différents événements ou activités. On a équipé l'endroit avec l'idée de répondre à ces besoins-là. L'espace peut servir à un prof qui veut y présenter une conférence ou un film, par exemple, mais on souhaite aussi l'utiliser pour créer une vie culturelle sur le campus », souligne Mario Trépanier. 

Cette dernière vocation est en quelque sorte un retour aux sources. 

« Dans le temps, les étudiants venaient beaucoup à nos spectacles. Le campus était un endroit très effervescent, très dynamique », se souvient Anne Dansereau. Celle-ci se rappelle avoir joué dans moult pièces, dont Dollars en bars, Camomille ou l'Illusion et L'assemblée des femmes (que le professeur et metteur en scène Hervé Dupuis avait lui-même traduit du grec). 

« J'avais la piqûre du théâtre. Mon parcours professionnel a été marqué par ces années-là et l'espace de grande liberté qu'on trouvait à la Petite Salle. On pouvait être assez intrépides et audacieux dans nos productions. »

L'endroit profite aujourd'hui du même permis d'alcool que le Centre culturel et dispose d'un bar mobile. L'utilisation d'équipement technique est facilitée par la disposition des lieux. 

« La Petite Salle se trouve en dessous du plancher de la Salle Maurice-O'Bready, ça explique son plafond bas, en angle. Elle est près de l'endroit où on entrepose les pianos, ce qui fait qu'on peut aisément avoir accès aux instruments », explique Mario Trépanier. 

Ce dernier a aussi étudié en théâtre à l'Université. 

Emploi étudiant

« Mon emploi étudiant, c'était justement à la Petite Salle. J'y ai fait le ménage pendant mes études, à la fin des années 1980. En plus de jouer là lors du show de troisième année. On avait interprété un texte d'Hervé Dupuis, qui a fondé et dirigé l'option théâtre. »

Lilie Bergeron y était, elle aussi.

« Je garde un souvenir tendre, tendre, tendre de cette époque-là », commente-t-elle.

L'époque est peut-être révolue, mais les souvenirs restent. Et la Petite Salle entame un nouveau cycle au moment où on espère la construction prochaine d'une salle intermédiaire pour l'enfance et la jeunesse, en annexe au CASJB, au centre-ville. 

« Il y a de la place, à Sherbrooke, pour plusieurs diffuseurs, dans la mesure où chacun trouve sa niche. Le grand défi qu'on a, ensuite, c'est la concertation. En ce qui concerne la salle intermédiaire au centre-ville, elle aura son propre créneau, elle répondra à un besoin précis en étant un lieu de diffusion pour les productions d'ici. Dans un autre créneau, notre Petite Salle a aussi un mandat très pointu. »

« On ne peut qu'applaudir devant l'initiative de faire revivre la Petite Salle, insiste Serge Maurice. Pour moi, l'important, c'est qu'il y ait des lieux de diffusion, pour que la culture circule. Il y avait beaucoup d'âme, entre les murs de l'endroit, dans le temps où nous y étions. Peut-être qu'il en reste un peu de cette époque-là. »

Vous voulez y aller ?

À la Petite Salle du Centre culturel cette saison

Louis Champagne

Champagne pour tous! (en rodage)

8 février, 20 h

Entrée : 35 $

Mouse on the Keys

17 février, 20 h

Série Arrière cours

Entrée : 5 $ pour les étudiants de l'UdeS

Fanny Bloom et Dimoné

14 mars, 20 h

Entrée : 30 $

Fred Dubé

29 mars, 20 h

Entrée : 35 $

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