Réjean Ducharme, le célèbre inconnu

L'auteure et journalise Huguette O'Neil tente, dans une... (Spectre Média, Marie-Lou Béland)

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L'auteure et journalise Huguette O'Neil tente, dans une courte biographie, de lever une partie du mystère entourant Réjean Ducharme, ce célèbre inconnu.

Spectre Média, Marie-Lou Béland

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Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) Alors que 2016 marque le 50e anniversaire de la publication de L'avalée des avalés, le premier roman de l'énigmatique Réjean Ducharme qui allait stupéfier le petit monde de la littérature québécoise de l'époque, l'auteure et journaliste Huguette O'Neil tente, dans une courte biographie, de lever une partie du mystère entourant ce célèbre inconnu.

« On a énormément écrit sur Ducharme. C'est un type qui va passer à la postérité malgré le fait qu'il se cache et qu'il ne veut rien savoir. Ça témoigne de l'importance de son oeuvre et des difficultés qu'il a eues », explique l'auteure de Vivre caché, Réjean Ducharme écrivain génial, publié chez Formatexte.

Le parcours de cet écrivain natif de Saint-Ignace-de-Loyola est rocambolesque : après avoir essuyé un refus de l'éditeur montréalais Pierre Tisseyre pour un premier manuscrit, L'océantume, l'auteur soumet ce roman à la prestigieuse maison Gallimard, à Paris, puis un deuxième, Le nez qui voque, pour lesquels il obtient un contrat de publication.

Mais c'est L'avalée des avalés, un roman écrit à l'adolescence, qui sera publié en premier et qui va le propulser dans le monde littéraire.

Aussitôt, une polémique éclate au sein de l'intelligentsia québécoise qui doute qu'un inconnu de 24 ans, fils d'un chauffeur de taxi et peu instruit, ait pu écrire une oeuvre d'une telle maturité littéraire, de surcroît publiée à Paris!

On s'interroge même sur l'existence de Réjean Ducharme et les rumeurs les plus invraisemblables courent à son sujet.

Mais l'auteur, plus que discret, refuse de se montrer et de jouer le jeu des médias.

Même son éditeur parisien tente de savoir qui est au juste Réjean Ducharme, lequel accordera une rare entrevue à Gérald Godin, alors journaliste, à l'émission Aujourd'hui de Radio-Canada, en 1966.

« Il était tellement peu préparé [à la célébrité] que ça a dû être une catastrophe pour lui. Quand il s'est vu pris comme dans une sorte d'étau, il a dû se dire : "Moi, je ne dis plus un mot, je me cache." Il était incapable d'affronter la situation », explique Mme O'Neil.

Par la grande porte

« Lorsque le manuscrit de L'avalée des avalés est arrivé à Paris, les gens de Gallimard cherchaient du nouveau, alors ils ont dit : "C'est ça qu'il nous faut!" » ajoute-t-elle au sujet du parcours très particulier de cet auteur entré par la grande porte de la littérature française grâce à ce roman écrit avec les particularités de la langue québécoise et que Gallimard décidera de publier presque tel quel.

« Un tel roman ne pouvait pas être publié ici en 1966 : on était pendant la Révolution tranquille, mais on parlait encore mal et on écrivait encore mal. D'une certaine manière, Gallimard a contribué à ouvrir les portes pour la littérature québécoise. Ce n'est pas rien. Je pense que l'impact des L'avalée des avalés a été majeur », dit Huguette O'Neil.

« Quelques auteurs québécois avaient été publiés en France à l'époque, mais c'était terriblement difficile. Ceux qui avaient été publiés étaient des écrivains qui se prenaient pour des Français, alors que Ducharme n'avait jamais mis les pieds en France. Moi, je dis que Ducharme écrivait en français québécois », ajoute-t-elle.

Malgré plusieurs prix littéraires ici comme en France, Réjean Ducharme a toujours refusé de se montrer en public et c'est sa compagne Claire Richard, décédée en juin dernier, qui le représentera lors d'événements publics et qui lira les mots de remerciements.

Erreur sur la personne

L'auteur, aujourd'hui âgé de 75 ans, a publié une dizaine de romans entre 1966 et 1999. Il a aussi écrit plusieurs pièces de théâtre, des scénarios de film (Les bons débarras et Les beaux souvenirs, notamment) et des chansons pour Robert Charlebois. Il a aussi réalisé des sculptures-collages sous le pseudonyme de Roch Plante. Ducharme n'a pas écrit depuis 1999, année de la publication de Gros mots.

« Je pense que mon livre est un chapitre de l'histoire littéraire du Québec, parce que j'ai vraiment ramassé tout ce que je pouvais sur Ducharme. Les étudiants en littérature et les enseignants devraient beaucoup s'y intéresser », pense Huguette O'Neil.

En publiant cette biographie, Huguette O'Neil a aussi voulu corriger « l'erreur sur la personne » qu'elle avait faite en 1991 en laissant entendre dans un article publié dans La Presse que Réjean Ducharme était dans les faits la comédienne Luce Guilbeault, décédée cette année-là, en raison notamment de similitudes entre la vie de cette artiste et les romans de l'écrivain.

« On lui a souvent enlevé la paternité de son oeuvre. Je voulais aussi, par ce livre, faire réparation », souligne-t-elle.

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