Phil Roy : solide dans le solo

Phil Roy lors du 18e gala Les Olivier.... (La Presse archives, Olivier Jean)

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Phil Roy lors du 18e gala Les Olivier.

La Presse archives, Olivier Jean

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) C'est un spectacle qui aurait pu ne jamais voir le jour. Parce que Phil Roy avait mis une croix sur la possibilité d'un one-man-show. Celui que plusieurs ont découvert à travers les sketchs de SNL Québec gardait en mémoire une désastreuse soirée passée à Chicoutimi. Alors qu'on l'avait invité à venir faire un spectacle d'entreprise... dans un restaurant de pâtes!

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L'humoriste Phil Roy

La Presse archives, David Boily

« Je sortais de l'École nationale de l'humour et j'étais l'invité inattendu. Ça, ce n'est jamais une très bonne idée. Les organisateurs disent aux gens sur place : surprise! on a invité un humoriste! Tout de suite, tout le monde s'attend à voir débarquer Louis-José Houde ou Martin Matte. Et c'est toi qui arrives. Toi qui n'es pas connu. Toi que le présentateur annonce comme Félix Roy au lieu de Phil. Dans la face du monde, tu lis la déception. Et tu n'as pas le bagage pour t'en sortir. Tu patines pas pire... »

Et tu te plantes dans la bande. Le spectacle qui devait durer 45 minutes a pris fin à la mi-temps. Le supplice avait assez duré. L'humoriste s'est dit : plus jamais.

« Le lendemain, tu traverses le parc des Laurentides, pis ça dure deux heures qui te semblent deux jours! Tu te sens mal comme c'est pas possible. »

Après ça, Phil Roy s'est lancé dans les projets d'équipe. Il y a trouvé son compte. Son agente Marilou le talonnait pour qu'il bricole un spectacle solo. Lui, il avait décidé qu'il serait comédien comique. Point. « Ça faisait un an que je n'avais pas écrit de nouveau numéro. Je m'étais fait une image un peu triste de la tournée. »

C'est François Bellefeuille qui, plus tard, été 2015, a rebrassé les cartes.

« Avant même qu'il soit connu, François a été mon mentor, en quelque sorte. On était voisins de ruelle, alors on se croisait souvent. Je me souviens, on débarrait chacun nos vélos quand il m'a dit qu'il pensait que je faisais une erreur et que la scène, c'était ma force. Il m'a demandé pourquoi je ne voulais pas faire de show. Je lui ai tout déballé. Il a désamorcé mes craintes une à une. »

Le lendemain de cette « conversation de bicycle », Phil téléphonait à son agente pour lui dire qu'il allait essayer. Une soirée au Petit Medley, à Montréal, a fait fondre ses appréhensions et l'a réconcilié avec la scène. Cent-vingt personnes venues expressément pour l'applaudir lui ont redonné le goût de plonger dans l'arène scénique.

« Cette soirée-là a été tellement formidable que j'ai réalisé que je serais fou de me priver de ça. Quand une joke ne fonctionne pas, maintenant, j'en ris, ce n'est plus la fin du monde. Et j'ai dorénavant l'expérience pour désamorcer ce genre de situation sans tomber dans le malaise. C'est un peu quétaine de dire ça, mais j'ai aussi réalisé que, sur scène, ce qui se passe, c'est un dialogue. On envoie quelque chose au public, celui-ci réagit. Si ça répond moins bien, c'est à moi de modifier le scénario. »

Des REER et un skate

Sacré Révélation de l'année au dernier gala des Olivier, l'humoriste de 28 ans s'est entouré d'amis pour partir sur la route. Jusqu'en janvier, il rode son premier tour de piste, largement inspiré de son parcours et mis en scène par Réal Béland.

« C'est encore du rodage parce que je n'ai pas de décors et j'en suis encore à placer les affaires, à essayer des trucs. Depuis deux semaines, par exemple, je teste deux nouveaux numéros. L'idée, c'est d'arriver avec la formule qui provoquera le maximum de rires. C'est mon premier show, alors pas mal tout part de moi parce que, avant de parler des voisins, il faut quand même faire le tour de son jardin. Et moi, j'ai parfois l'impression d'être un peu en retard par rapport à d'autres jeunes de mon âge qui sont mariés, qui ont déjà deux enfants et une maison. En comparaison, j'ai encore un pied dans l'adolescence. Je cotise à mes REER, oui... mais je fais aussi du skate et je continue de jouer à la tag! »

À parts égales?

« Mon conseiller financier dirait sans doute que je devrais moins jouer à la tag et cotiser plus à mes REER, mais bon. »

Dans le combiné, l'humoriste rigole et enchaîne : « C'est un show qui me ressemble. Je pense qu'il va toucher ceux qui, comme moi, ont grandi avec Télé-Pirate et Dans une galaxie près de chez vous. Je dis ça, mais en même temps, ça rejoint un public plus vaste que ça. Une dame de 66 ans est venue me voir après un spectacle pour me dire qu'elle avait l'impression que j'avais écrit des numéros sur sa vie. On a tendance à penser qu'on est les premiers de la race humaine à faire des choses, à sortir en cachette par la fenêtre de sa chambre, par exemple. En vérité, les générations qui nous précèdent ont fait exactement la même chose! »

Pour la petite histoire, Phil Roy est retourné à Chicoutimi depuis sa première virée traumatisante. Les spectacles qu'il a donnés au royaume des bleuets se sont tous déroulés sans anicroche. Même le dernier soir où, à Alma, il a accidentellement fendu son pantalon sur scène pendant un numéro.

« J'ai su en rire. Le public était formidable, j'ai été bien reçu partout. »

Le lendemain, la traversée du parc des Laurentides avait beau durer deux heures, elle lui a semblé deux minutes.

Jouer de la guitare classique, rêver d'impro

Tout au long de ses études secondaires, le jeune Phil Roy passait ses mardis soir à regarder les matchs d'impro de son école. Il rêvait du jour où il finirait par être sur la glace, lui aussi. 

« Sauf que ce n'est pas arrivé. J'étudiais en guitare classique et mon prof me déconseillait de faire de l'impro en même temps. Il souhaitait que je consacre tous mes temps libres à mon instrument. Je m'étais dit que je me paierais quand même la traite en joignant l'équipe d'impro en 5e secondaire. Et bang! cette année-là, les répétitions se sont retrouvées dans la même case horaire que mes soirs avec l'orchestre. »

Il s'est repris au cégep. Lassé de la musique, il a remisé sa guitare pour plonger tête première dans la marmite de l'improvisation. Pendant quatre ans, il était de tous les matchs.

« Le cégep, ça ne m'a pas donné de diplôme, mais ça m'a orienté vers une carrière. À partir de là, moi, je savais que je voulais être dans le rire. »

C'est fort de cette certitude qu'il s'est inscrit à l'École nationale de l'humour.

Il y a entre autres rencontré Sébastien Ravary, avec qui il signe les textes de son premier spectacle.

« Un certain midi, tout le monde est parti dîner au resto. On était les deux seuls pauvres à rester à l'école avec nos sandwichs. On a lunché ensemble et on a vite réalisé qu'on se faisait rire mutuellement. Depuis ce temps-là, tous mes textes, je les révise avec Sébastien. »

Et la guitare dans tout ça?

« J'aime encore la grattouiller, mais je ne joue plus d'études en mi majeur, par exemple. »

Il reste qu'il la traîne avec lui en tournée.

« Pour savoir quel usage j'en fais, il faut venir voir le spectacle! »

Le tournant SNL

Phil Roy a été finaliste de l'émission En route vers mon premier Gala Juste pour rire, en 2013. Mais ce qui l'a vraiment révélé au public, c'est sa participation à SNL Québec. Avec les Léane Labrèche-Dor, Virginie Fortin, Pier-Luc Funk, Guillaume Girard et Katherine Levac, il a multiplié les sketchs. Et il a appris beaucoup. 

« C'était une formidable vitrine pour nous. Tout le monde a fait son chemin, après ça. C'était un beau trip de gang. Je me sentais comme lorsqu'on était jeunes et qu'on patentait des spectacles pour nos parents. On s'entend que, dans le temps, le spectacle n'était jamais ben bon. Mais le plaisir était toujours là. SNL, c'était ça. Du plaisir pur. On était comme une gang de chums qui s'achètent des perruques et qui font des numéros dans leur salon. L'esprit derrière ça, c'était de divertir. Et comme j'étais entouré de comédiens, j'ai vu ce que ça commandait d'apprendre des textes qu'on n'avait pas écrits soi-même. J'ai vu aussi qu'on pouvait les jouer différemment. Ça m'a amené à me poser des questions sur le jeu théâtral et sur les diverses façons de livrer un texte pour que la blague produise son effet. Ça me sert aujourd'hui », dit celui qui anime aussi l'émission ALT, sur Vrak TV, depuis septembre, un rendez-vous hebdomadaire au cours duquel l'actualité est passée en revue de façon humoristique.


Vous voulez y aller ?

Phil Roy 

11 et 12 novembre, 20 h 30

Vieux Clocher de Magog

Entrée : 29 $

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